Accueil Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine: la Russie avance dans l’Est et Poutine joue avec la peur nucléaire

La ville stratégique de Severodonetsk est tombée aux mains de l’armée russe après des jours de combat. Parallèlement, le président russe a promis à son homologue biélorusse de lui livrer des missiles capables de transporter des charges nucléaires.

Temps de lecture: 5 min

Les forces russes ont obtenu samedi d’importants succès militaires dans l’est de l’Ukraine, s’emparant totalement, à l’issue d’une bataille acharnée, de la ville stratégique de Severodonetsk et pénétrant dans celle voisine de Lyssytchansk, à l’entame du cinquième mois de conflit.

Dans le même temps, le président russe Vladimir Poutine a annoncé que son pays allait « dans les prochains mois » livrer au Biélorussie, d’où des frappes ont été effectuées contre le territoire ukrainien, des missiles capables de transporter des charges nucléaires. Il s’agit d’Iskander-M, a précisé le chef de l’Etat russe au début d’un entretien avec son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko à Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie). Dans des déclarations qui risquent de tendre davantage encore les rapports entre Moscou et les Occidentaux, les deux dirigeants ont aussi dit vouloir moderniser l’aviation du Biélorussie pour la rendre capable de transporter des armes nucléaires.

Kiev avait peu avant accusé la Russie de vouloir « attirer » Minsk « dans la guerre » après le tir, selon l’armée ukrainienne, de 20 missiles à partir du sol biélorusse, ainsi que d’avions, sur un important centre militaire ukrainien, à Desna, dans le nord, samedi vers 05H00 (02H00 GMT). Ce village de la région frontalière de Tcherniguiv, où aucune victime n’a cette fois été signalée, avait déjà été la cible, le 17 mai, de bombardements qui avaient alors fait 87 morts, d’après les Ukrainiens. De premières attaques en provenance du territoire biélorusse avaient par ailleurs eu lieu au tout début de l’invasion de l’Ukraine, déclenchée le 24 février.

Le président américain Joe Biden est quant à lui parti samedi pour l’Europe, où il entend encore consolider, et sur la durée, les rangs des Occidentaux face à la Russie. Il doit d’abord participer, dimanche, à un sommet du G7 dans le sud de l’Allemagne, où l’aide à l’Ukraine sera évoquée, puis, à compter de mardi à Madrid, à un autre de l’Otan.

« Les Russes finissent ce qu’ils ont commencé »

Dans l’est de l’Ukraine, l’armée russe enregistrait samedi des avancées majeures. Severodonetsk est « entièrement occupée par les Russes », a ainsi reconnu en fin d’après-midi son maire Oleksandre Striouk, au lendemain de l’annonce par l’armée ukrainienne de son retrait de cette cité d’environ 100.000 habitants avant la guerre pour mieux défendre la localité de Lyssytchansk, située sur la rive opposée d’une rivière, la Donets.

Les séparatistes ont parallèlement déclaré avoir « pris le contrôle total de la zone industrielle de l’usine Azot » à Severodonetsk et être entrés avec les militaires russes à Lyssytchansk. « Des combats de rue s’y déroulent actuellement », ont-ils ajouté, sans qu’une confirmation de source indépendante puisse être obtenue dans l’immédiat. Une progression sur le terrain cruciale pour la Russie, qui veut conquérir l’intégralité du bassin industriel du Donbass, déjà partiellement aux mains des séparatistes prorusses depuis 2014.

A Kharkiv (nord-est), la deuxième plus grande métropole d’Ukraine, qui résiste à la pression des troupes russes depuis le début de l’offensive, les missiles s’abattent à nouveau quotidiennement sur le centre-ville. Dans la nuit de vendredi à samedi, l’un d’eux a touché un bâtiment administratif proche de l’hôtel où résidait une équipe de l’AFP et provoqué un incendie, selon les services de secours ukrainiens. L’immeuble avait déjà été bombardé auparavant. « Les Russes finissent ce qu’ils ont commencé », a commenté samedi pour l’AFP un militaire sur place, qui n’a pas décliné son identité.

Dans le Sud, le ministère russe de la Défense a déclaré samedi que « plus de 300 militaires ukrainiens et mercenaires étrangers et 35 unités d’armes lourdes » avaient été « liquidés en une journée dans la région de Mykolaïv ».

Retrait « tactique »

Dans ce contexte, Kiev a fustigé la condamnation par les Russes du feu vert donné jeudi par l’UE à la candidature de l’Ukraine. « Cela ne fait que montrer la faiblesse de la Russie », a tweeté le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba.

Vendredi, Moscou avait dénoncé un « accaparement géopolitique » de l’espace de la Communauté des Etats Indépendants (CEI, rassemblant plusieurs pays de l’ex-URSS) pour « contenir la Russie », assurant que « cette approche agressive de l’Union européenne a le potentiel de créer de nouveaux schismes et de nouvelles crises bien plus profondes en Europe ».

Les bombardements massifs dans l’Est ont fini par faire céder les soldats ukrainiens, mais sans nécessairement changer fondamentalement la donne sur le terrain, relèvent des experts. « Les unités ukrainiennes sont épuisées, exsangues. Elles ont eu des pertes terribles avec des bataillons complètement neutralisés », explique ainsi un officier français de haut rang sous couvert de l’anonymat, évoquant des unités de 300 ou 400 hommes dont il n’est resté qu’une vingtaine de valides.

Mais, pour autant, « la vision globale – une guerre lente de positions retranchées – n’a guère changé », assure à l’AFP Ivan Klyszcz, chercheur à l’université estonienne de Tartu. « Le retrait était probablement prévu auparavant et peut être considéré comme tactique », analyse-t-il, soulignant que la résistance ukrainienne a permis à l’armée de consolider ses arrières.

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

6 Commentaires

  • Posté par Z Pour Zorglub , samedi 25 juin 2022, 22:27

    En effet, l'offensive russe se déroule comme prévue. En tout cas, elle avance bien et on doit s'en rejouir car chaque pas vers l'objectif final de VP est un pas vers la fin de cette guerre.

  • Posté par Esquenet Alexandre, dimanche 26 juin 2022, 7:26

    Il admet au moins que ce sont les Russes qui ont attaqués, un grand pas en avant ...

  • Posté par Smyers Jean-pierre, dimanche 26 juin 2022, 0:41

    Le français enseigné à Saint Petersbourg n'est plus ce qu'il était: "En effet, l'offensive russe se déroule comme prévue [sic]. En tout cas, elle avance bien et on doit s'en rejouir [sic] " Tout va bien , la Propaganda Staffel?

  • Posté par massacry olivier, dimanche 26 juin 2022, 0:40

    Le pas le plus simple pour la fin de cette guerre, le retrait des forces russes, voila encore une évidence qui vou.s échappe

  • Posté par Lecocq Jean-Louis, samedi 25 juin 2022, 23:27

    Comme prévu? 4 mois pour prendre 20% de l’Ukraine pour la soi-disant deuxième armée du monde… je dirais bien que vous ne manquez pas d’humour s’il n’y avait autant de morts de part et d’autre.

Plus de commentaires

Aussi en Guerre en Ukraine

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une