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Inculper ou ne pas inculper: le dilemme Trump

Les auditions parlementaires sur l’assaut du Capitole américain le 6 janvier 2021 ont mené l’enquête sur les liens entre Donald Trump et les événements qui se sont produits à Washington après les élections présidentielles. Il faut maintenant répondre à la question suivante : des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump ?

Temps de lecture: 4 min

Le portrait glaçant d’un président qui savait qu’il avait perdu l’élection, mais qui tentait tout de même de s’accrocher au pouvoir, a été dressé dans une avalanche de témoignages apportés ces derniers jours au Congrès américain par des figures de l’establishment républicain.

Des membres du personnel de la Maison Blanche ou de la campagne de Donald Trump, des avocats, et même des membres de sa famille ont esquissé les contours de possibles poursuites, mettant sur le devant de la scène plusieurs fautes potentielles commises par le milliardaire lors de sa présidence, qui ont connu leur apogée avec l’assaut sur le Capitole le 6 janvier 2021. Le dossier assemblé par les élus de la commission qui enquêtent sur cet assaut vise à démontrer que l’événement entrait dans le cadre d’une tentative plus large de « coup d’État » menée par le président vaincu et son avocat John Eastman.

Vers une inculpation ?

Se pose désormais une question capitale : des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump ? « Les probabilités vont dans le sens d’une inculpation de M. Trump par le ministère de la Justice », affirme à l’AFP l’ancien procureur fédéral de New York Kevin O’Brien.

« Le dossier légal est solide et paraîtrait probant pour un jury, à condition que les procureurs puissent établir un lien entre les plans de Trump et de John Eastman pour annuler le décompte des votes des grands électeurs d’une part, et l’insurrection au Capitole d’autre part », analyse-t-il.

La commission parlementaire a toujours affirmé qu’elle laisserait la question d’une inculpation aux autorités compétentes. Mais elle a fortement sous-entendu qu’elle accuserait Donald Trump d’au moins deux délits : obstruction du décompte des votes des grands électeurs, et participation à une entreprise criminelle à l’encontre des États-Unis. Les faits établis ne sont pas vraiment à l’avantage de l’ancienne star de téléréalité.

Le mensonge des « élections volées »

Avant les violences à Washington, Donald Trump a fait croire à ses partisans que l’élection lui avait été volée. Il les a encouragés à se rendre dans la capitale fédérale le 6 janvier. Il a ce jour-là harangué les milliers de personnes présentes et leur a demandé de se rendre au Capitole, quelques centaines de mètres plus loin, au moment où les élus certifiaient les résultats de l’élection.

L’enquête parlementaire a également mis en avant les procédés d’intimidation sur des assesseurs, mais aussi sur des responsables du vote et sur de hauts responsables au sein du ministère de la Justice.

Selon ses soutiens, Donald Trump était intimement convaincu de l’existence de fraude électorale et tentait, de bonne foi, de protéger les électeurs. Mais les auditions ont montré que le magnat de 76 ans savait pertinemment qu’il avait perdu, vu le nombre impressionnant de fois où ses conseillers les plus proches le lui ont dit.

« Un danger clair et actuel »

L’un des témoignages les plus forts a été celui du juge à la retraite J. Michael Luttig, considéré comme une star dans les milieux conservateurs. Il a dit que Donald Trump présentait « un danger clair et actuel » pour la démocratie américaine.

Malgré un consensus assez large en dehors des partisans du milliardaire sur le fait qu’il pourrait raisonnablement être inculpé, la question désormais pour le ministre de la Justice Merrick Garland est de savoir s’il doit l’être. « Des poursuites mal menées pourraient renforcer Trump, et même l’aider à être réélu », a affirmé Edward Luce, éditorialiste du Financial Times basé à Washington. « Quand on s’attaque à un roi, même un ancien roi, il faut l’abattre. »

« Aucun homme n’est au-dessus des lois »

Merrick Garland peut s’attendre à un fort soutien du public s’il décidait d’inculper Donald Trump : près de 60 % des Américains pensent que l’ex-président devrait faire face à des poursuites, selon un nouveau sondage d’ABC News-Ipsos.

Mais pour Neama Rahmani, un ancien procureur fédéral de San Diego (Californie), le ministre de la Justice n’a pas « le cran » d’entamer ce combat. « Inculper un ancien président serait sans précédent, et il faut un procureur offensif qui serait prêt à s’attaquer à un dossier difficile et politiquement chargé », a-t-il déclaré à l’AFP. « Je ne pense pas que Merrick Garland soit ce procureur. »

Selon Nicholas Creel, un professeur de droit au Georgia College and State University, ne pas inquiéter Donald Trump serait un affront à l’un des principes fondamentaux de la justice américaine : « aucun homme n’est au-dessus des lois ».

« Une inculpation enfreindrait les normes établies qui veulent que l’on ne poursuive pas d’anciens présidents, et elle déclencherait presque à coup sûr un soulèvement massif de ses partisans », a-t-il indiqué à l’AFP. « Mais l’alternative est de lui permettre d’avoir tenté un coup d’État, sans aucune conséquence. »

 

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8 Commentaires

  • Posté par De Ronde Michel, lundi 27 juin 2022, 11:02

    Voilà qui s’appelle finir en eau de boudin et rabaisse cette procédure démocrate incertaine à une vulgaire manœuvre politicienne. Une telle dramaturgie pour en arriver là ! Lamentable !

  • Posté par Grulois Stanislas, lundi 27 juin 2022, 13:08

    A toutes fins utiles, MDR, il n'y a pas que des démocrates dans cette commission. Mais comme d'habitude vous déformez les faits à votre "avantage". Chacun sait sur ce forum à quel point vous êtes inepte et que pour vous les principes mêmes de la démocratie sont à fouler du pied. Mal informé comme vous l'êtes, laissez faire les personnes concernées et certainement beaucoup plus compétentes que vous. Je suis sûr qu'elles trouveront la solution pour que votre poulain ne puisse plus nuire à la démocratie américaine. Parce que ce qui est lamentable, c'est bel et bien l'attitude du potus de pacotille qu' a été trump après les élections. Pas tellement surpris que vous n'ayez pas encore intégré ces faits dans votre petite tête. Vous êtes probablement du même acabit que lui...

  • Posté par Claude , lundi 27 juin 2022, 10:27

    Dommage qu'on n'a pas la preuve qu'ils sautent une petite stagiaire, ce serait plus expéditif!...

  • Posté par Van Obberghen Paul, lundi 27 juin 2022, 10:00

    Le problème de Merrick Garland est pour lui plus large que d'être sûr de pouvoir obtenir une condamnation s'il inculpe Trump. Il est parfaitement conscient qu'en inculpant Trump, il pourrait aussi bien déclencher une nouvelle guerre civile aux Etats-Unis. Le feu y couve depuis un bon moment et tous les éléments sont réunis pour un embrasement généralisé. Une inculpation de Trump pourrait bien être cet élément déclencheur, et Merrick Garland le sait bien.

  • Posté par Barban Marco, lundi 27 juin 2022, 10:27

    En gros, si je vous suis, mieux vaut ne pas l'inculper pour éviter une possible guerre civile et du coup, également accepter qu'il se représente et soit ainsi réélu les 2 doigts dans le nez dans 2 ans (toujours dans le même but d'éviter cette possible guerre civile... ) . Ainsi, il pourra se dire qu'il peut entuber son petit monde comme il l'entend. Et tant qu'à faire, changer ensuite la Constitution pour lui permettre de se présenter une 3ème fois (toujours dans le même but d'éviter cette possible guerre civile... ). Ne pensez-vous pas que la tolérance a aussi ses limites ? Si l'Amérique est la démocratie qu'elle prétend être et si les preuves sont là, il doit être inculpé.

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