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Un greenwashing historique s’apprête à être adopté par l’Europe

Ce mercredi, les députés européens doivent se prononcer sur le projet de « taxonomie » de la Commission européenne. L’avaliser serait une erreur lourde de conséquences pour la lutte contre le changement climatique.

Carte blanche - Temps de lecture: 3 min

Qu’est ce qu’une activité « verte » et qu’est-ce qui ne l’est pas ? C’est cette question que les députés européens vont devoir trancher ce mercredi 6 juillet à Strasbourg lors d’un vote sur le projet de « taxonomie » de la Commission européenne.

Derrière ce mot très technique se cache une classification des activités durables afin de faciliter la tâche des investisseurs souhaitant soutenir des projets contribuant aux ambitions climatiques et environnementales de l’Europe. Sauf que, dans sa proposition actuelle, la Commission y a inclus le gaz fossile et le nucléaire – deux types d’énergie qu’il paraît impensable de qualifier de « durable » !

Une proposition insensée

En effet, après un lobbying intensif des industries de l’énergie fossile et du nucléaire soutenu par certains Etats membres, notamment l’Allemagne et la France, la Commission européenne a déposé cette proposition insensée qualifiée même de « plus grand exercice de greenwashing de l’histoire » par Greenpeace et un expert chargé de conseiller la Commission sur ce sujet.

Depuis, les réactions se sont enchaînées et de nombreuses campagnes ont été lancées pour tenter de convaincre les parlementaires européens de rejeter cette proposition incompatible avec les engagements climatiques de l’Europe.

En effet, accepter de labéliser le gaz et le nucléaire comme « verts » leur permettrait d’obtenir des milliards d’investissements privés pour de nouveaux chantiers et projets, milliards qu’il serait bien plus judicieux d’investir dans la transition énergétique.

Tout bénéfice pour la Russie

De plus, accepter cette proposition serait un affront sans nom au peuple Ukrainien qui subit l’agression de la Russie depuis plusieurs mois. En effet, une enquête de Greenpeace a montré que des entreprises russes telles que Gazprom, Lukoil et Rosatom ont activement influencé l’inclusion du gaz et du nucléaire dans la taxonomie. Selon cette enquête, la Russie pourrait gagner près de 4 milliards d’euros supplémentaires par an si la taxonomie incluait le gaz, et Rosatom, une entreprise d’énergie nucléaire nationale (appartenant donc à l’Etat russe) pourrait bénéficier de 500 milliards d’euros d’investissements dans de nouveaux projets nucléaires européens.

Se désinvestir du gaz russe est une urgence mais se désinvestir du gaz tout court l’est tout autant, surtout quand l’on sait que la durée de construction de nouveaux projets gaziers ne permettra pas à répondre à la crise énergétique que nous subissons de plein fouet actuellement, notamment à cause de notre dépendance au gaz étranger. La stratégie actuelle de la Commission qui consiste à chercher du gaz auprès d’autres pays aux bilans en droits humains peu recommandables tel que le Qatar ou Israël ou encore aux Etats Unis pour le LNG est un non-sens social et écologique.

Députés belges, opposez-vous !

Il est indispensable que les députés européens, notamment belges, s’opposent à ce greenwashing de grande ampleur. Les représentants des partis centristes et conservateurs belges tels que Frédérique Ries, Benoît Lutgen, Pascal Arimont, Olivier Chastel, Hilde Vautmans, Tom Vandendriessche, Gerolf Annemans, Filip De Man, Tom Vandenkendelaere et Cindy Franssen auront une responsabilité énorme cette semaine. Nous leur demandons de rejeter la proposition de la Commission et de s’assurer que la taxonomie reste un outil de la transition écologique et non une liste bénéficiant à une industrie climaticide et à des dictateurs.

 

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4 Commentaires

  • Posté par D L, jeudi 7 juillet 2022, 22:36

    Entre-temps nucléaire et gaz sont bien admis pour la transition. La prochaine étape est de mettre le nucléaire sur le même pied que le renouvelable et de préparer la transition vers la fusion nucléaire. Cependant si aucun effort n'est fait pour réduire la population mondiale par un contrôle strict des naissances et la mise en place de quotas pour les régions à taux excessif de natalité, aucune transition écologique ne réussira. Il est clair que 8 milliards d'êtres humains expirent 2 fois plus de CO2 que 4 milliards et tout le reste est en proportion.

  • Posté par D L, mardi 5 juillet 2022, 22:02

    Le texte entretient une confusion entre le gaz (fossile) et le nucléaire (non fossile). Par ailleurs il n'est pas souligné qu'a cause de la sortie précipitée de l'Allemagne du nucléaire à cause de/e Madame Merkel, il en revienne au charbon. Dès lors je vous engage à encourager le nucléaire (CO2 exempt) et fournisseurs nombreux. Dans ce cas votre carte blanche sera correcte.

  • Posté par Dupont Vincienne, mardi 5 juillet 2022, 19:11

    "Tom Vandendriessche, Gerolf Annemans, Filip De Man".... Les Zécolos n'hésitent même plus à draguer l'extrême-droite flamande !

  • Posté par Lhermitte Jean-Yves , mercredi 6 juillet 2022, 8:55

    Vous qui condamner les gens qui lisent mal les articles, vous tomber dans le travers que vous condamner aujourd'hui. Mettre un politique devant ses responsabilités n est pas "draguer " comme vous dites.

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