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Nucléaire et Hydrogène vert: la Vivaldi opaque, irresponsable et incohérente

Nos gouvernants seraient bien avisés d’étudier les mérites d’utiliser d’ici 10 à 15 ans, la centrale de Doel 3 pour produire au moindre coût de l’hydrogène « propre ».

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

On parle beaucoup actuellement de la possibilité d’utiliser de l’hydrogène (dit « propre » s’il est produit à partir d’électricité d’origine décarbonée, c’est-à-dire renouvelable et nucléaire) notamment comme combustible non-polluant dans les industries sidérurgique et chimique, dans les transports et comme moyen de stockage de l’énergie.

Début février 2022, dans le cadre d’une visite royale au Sultanat d’Oman, le gouvernement belge a conclu un « Mémorandum of Understanding » (MOU) avec ce pays pétrolier pour y produire là-bas de l’hydrogène à partir d’électricité éolienne et photovoltaïque. Cet hydrogène (dit « vert ») devra ensuite être liquéfié puis transporté par bateau vers Zeebrugge et Anvers pour y être stocké.

Pour mieux comprendre l’impact d’un tel projet sur le réchauffement climatique et notre économie, j’ai voulu prendre connaissance de ce MOU. Je me suis adressé sans succès à des députés fédéraux du MR et d’Ecolo, puis au cabinet de la Ministre de l’Energie Tinne Van der Straeten. Quant au SPF Economie il m’a répondu « Nous vous remercions de l’intérêt que vous portez à la politique fédérale en matière d’hydrogène. Malheureusement, nous ne pouvons pas partager les documents demandés pour des raisons de confidentialité. » J’ai demandé « en vertu de quel article de la loi ce genre de document est confidentiel et ne peut être porté à la connaissance des citoyens ? » Pas de réponse.

Il serait pourtant utile d’analyser ce document pour examiner s’il n’existe pas, en Belgique, des alternatives plus favorables.

La fermeture arbitraire de Doel 3 et Tihange 2

Si notre gouvernement voulait bien adopter une vue à plus long terme qu’un mandat électoral, il serait bien avisé d’étudier les mérites d’utiliser d’ici 10 à 15 ans, la centrale de Doel 3 pour produire au moindre coût de l’hydrogène « propre » à proximité des ports d’Anvers et Zeebrugge, grâce à des investissements et la création d’emplois en Belgique, et sans dépendre d’un Etat pétrolier. La combinaison d’électricité nucléaire avec la production d’hydrogène permet de s’adapter facilement aux variations de la production des énergies renouvelables intermittentes (éolien et photovoltaïque) sans recourir à des centrales à gaz polluantes et subsidiées.

Alors qu’elle a un des coûts de production d’électricité des plus faibles, la centrale nucléaire de Doel 3 va fermer en octobre prochain et celle de Tihange 2 en juin 2023. En 2021 elles ont produit ensemble 18 % de notre consommation d’électricité. Cette perte de production bon marché sera compensée par des importations d’électricité coûteuses, incertaines, et produites, au moins en partie, par des énergies fossiles contribuant au réchauffement climatique.

La fermeture après 40 ans de fonctionnement de ces deux centrales (semblables à celles de Doel 4 et Tihange 3 que le gouvernement entend exploiter pendant au moins 50 ans) est parfaitement arbitraire et résulte d’une loi inique de 2003. Pourquoi 40 ans d’exploitation pour les unes et 50 ans pour les autres ?

Il n’y a à cela aucune raison logique puisqu’en décembre 2020 l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) n’a émis aucune objection au redémarrage de Doel 3 et Tihange 2 et considère que leur sûreté est toujours assurée. Elles représentent un investissement précieux qui ne nécessitera pas, comme en Hollande, la construction à grands frais de nouvelles centrales de grande puissance, en attendant l’arrivée des centrales modulaires de faible puissance (Small Modular Reactors) en phase de développement dans de nombreux pays.

Comme nous ne savons pas de quoi l’avenir sera fait, il serait irresponsable, de prendre des actions portant préjudice au redémarrage éventuel de ces centrales dans une dizaine d’années. Il faut les mettre sous cocon de façon, le moment venu, à produire nous-mêmes, en Belgique, avec de la main-d’œuvre belge, l’électricité nécessaire et le fameux hydrogène décarboné, sans dépendre d’un lointain pays pétrolier.

Parce que je crois dans le progrès scientifique et technologique, je me suis réjoui lorsque le gouvernement fédéral a annoncé en mai dernier que le Centre de Recherche Nucléaire SCK/CEN à Mol recevra un budget de 100 millions d’euros principalement dédié au développement des petits réacteurs modulaires du futur.

Une loi absurde

Ceci dit, n’est-il pas incohérent de financer le développement des réacteurs du futur alors qu’il y a toujours une loi de 2003 stipulant en son Article 3 que « Aucune nouvelle centrale nucléaire destinée à la production industrielle d’électricité à partir de la fission de combustibles nucléaires, ne peut être créée et/ou mise en exploitation » ?

N’est-il pas temps d’abroger cette loi dont l’absurdité se révèle chaque jour d’avantage ?

En Belgique il est interdit de brûler de l’argent, mais démanteler un investissement productif de plusieurs milliards d’euros semble être une politique gouvernementale.

 

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2 Commentaires

  • Posté par Naeije Robert, mardi 5 juillet 2022, 19:33

    A lire avant les prochaines elections!

  • Posté par H-DW M, mardi 5 juillet 2022, 14:02

    Carte blanche très intéressante. A mon humble avis tant que ce gouvernement (ou tout autre à venir) sera sous la coupe de ces partis (Ecolo/Groen) au dogmatisme aussi délirant que stupide rien ne pourra changer. Qu'importe l'accord de gouvernement signé, qu'importe cette vieille loi auxquels ces partis se rattachent, les temps ont drastiquement changé. CE serait faire preuve de grande sagesse, de se poser en parti responsable que de revenir sur cet accord et cette loi pour assurer un approvisionnement sûr en énergie pour notre pays, approvisionnement dont dépendent tant la population que nos entreprises. Nollet le répète à l'envi "l'écologie c'est social" alors que lui et ses pairs verts (sans mauvais jeu de mots) ce montre social en garantissant tant le bien être de la population en garantissant et l'énergie et les emplois.

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