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Notre système de pension doit être plus inclusif

Plusieurs pistes méritent d’être explorées pour garantir un système de retraite équitable et socialement acceptable.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Le gouvernement négocie actuellement un nouveau paquet de mesures pour le système de retraite. Les retraites sont notre poste de dépenses le plus important et les prévisions budgétaires ne sont pas favorables. La nécessité d’une réforme structurelle de ce système complexe est connue depuis longtemps. En 2013, Alexander De Croo, alors ministre des Pensions, a constitué un comité d’experts pour lancer un débat ambitieux. Aujourd’hui, son gouvernement espère enclencher la réforme avant les vacances d’été, sans grand débat.

Les pensions – comme le rappellent les experts – doivent garantir aux retraites un niveau de vie approprié. La difficulté fondamentale consiste à allier cet impératif avec l’allongement de l’espérance de vie : nous devrons travailler plus longtemps pour financer nos retraites. Comment faire cela ? En particulier, comment inciter à travailler plus longtemps sans porter atteinte à ceux qui ne peuvent simplement plus travailler ?

Ce sont là avant tout des questions empiriques. Armés des données nécessaires, nous pourrions facilement y apporter des réponses pour guider nos choix de politique publique. Cet effort de recherche a malheureusement rarement été fait en Belgique, y compris lors de l’élaboration de la politique des retraites. L’utilisation de la recherche pour inspirer les politiques est en effet l’exception plutôt que la règle. Les administrations disposent de données fantastiques, mais l’accessibilité à ces données pour la recherche reste médiocre.

En l’absence de données et d’analyses approfondies dans le contexte belge, nous devons nous limiter à quelques principes de base et à des idées venant d’autres pays afin de revoir les mesures proposées.

Une double perte pour le Trésor belge

Premièrement, éviter les incitations financières perverses. Dans la majorité des pays, on bénéficie d’une pension plus généreuse si on travaille plus longtemps. Ceux qui contribuent davantage récupèrent cette somme dans une certaine mesure. De la même manière, on peut s’attendre à ce que les personnes qui liquident leur pension de retraite à un âge plus jeune reçoivent une prestation plus faible. Après tout, ils bénéficient de leur retraite pendant une plus longue période. La Belgique est cependant l’un des rares pays où cette logique ne s’applique pas. En Belgique, vous perdez au contraire des avantages en ne liquidant pas votre pension le plus tôt possible. À cela s’ajoute la contrainte additionnelle que l’on doit cesser de travailler – et donc de cotiser – pour bénéficier de ces avantages. Le trésor belge perd donc deux fois. Aujourd’hui, les partis gouvernementaux discutent vivement de l’âge auquel les gens pourraient liquider leur pension de retraite et donc cesser de travailler. À 60 ans, ou seulement à un âge plus avancé ? Après une carrière de 44 ans, ou avant ? Il s’agirait cependant là d’un non-sujet si au lieu de coupler liquidation et cessation d’activité, forçant ainsi quiconque souhaite toucher sa pension à cesser de travailler, on avait un système à la scandinave où les individus peuvent continuer de travailler tout en touchant leur pension. Alternativement, on pourrait au moins faire en sorte que les pensions touchées soient ajustées pour l’âge de liquidation.

L’impact limité d’un bonus pension

Deuxièmement, les incitations financières ne peuvent à elles seules résoudre le problème. Pour encourager les gens à travailler plus longtemps, nous réduisons la pension des personnes qui quittent prématurément le marché du travail en faveur de celles qui restent actives plus longtemps. Nos recherches en Suède – où les données sont riches et accessibles pour la recherche – montrent que les personnes qui quittent le marché du travail tôt sont beaucoup moins riches. De plus, elles ont une espérance de vie plus courte et on constate que leur départ à la retraite est précédé d’une détérioration de leur santé. L’inverse est vrai pour les personnes qui peuvent continuer à travailler après l’âge de 65 ans. Le bonus de pension proposé qui encourage à travailler plus tard dans la vie est donc régressif.

En outre, des recherches antérieures montrent que l’impact d’un bonus de pension sur la carrière active est limité, en particulier lorsqu’on le compare à l’impact des modifications de l’âge légal de la retraite. La perception générale que la norme à suivre, imposée par la prescription politique de l’âge légal de départ, est de prendre sa retraite a 67 ans, aurait ainsi plus d’impact que les incitations financières qui y sont liées.

Ne laisser personne sur le côté

Troisièmement, nous devons rendre les mesures sociales du système réellement sociales. Une dernière mesure sur la table aujourd’hui est la pension minimale et les conditions dans lesquelles la pension minimale peut être obtenue. La pension dite minimale n’est donc pas réellement une pension minimale, puisque sous conditions. Il s’agit pourtant d’un instrument essentiel pour assurer le niveau de vie des retraités les plus modestes, mais en la rendant exclusive, nous compromettons son objectif principal. Dans les discussions sur le nombre d’années qu’une personne doit avoir au compteur pour bénéficier de l’exclusivité, des groupes spécifiques sont laissés de côté. Prenez par exemple les migrants et les femmes qui sont restées à la maison pour s’occuper des enfants ou d’autres soins. Plutôt que de jeter des bouées de sauvetage pour certains de ces groupes, une couverture plus inclusive de notre système de pension serait ici la véritable mesure sociale.

 

À lire aussi Karine Lalieux, ministre des Pensions: «Il n’y aura pas de réforme si l’objectif est de diminuer les droits de nos aînés» À lire aussi Pensions: «Un accord est possible demain», selon Egbert Lachaert

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5 Commentaires

  • Posté par Monsieur Alain, mardi 12 juillet 2022, 14:42

    Je pense que si les auteurs de la carte blanche se limitaient à donner leur avis sur le système britannique - qui les nourrit - on pourrait commencer à comparer...

  • Posté par Dupont Vincienne, samedi 9 juillet 2022, 11:40

    Les gens qui partent à la retraite plus tôt sont moins riches et ont une espérance de vie plus courte... Ces distingués professeurs en déduisent que travailler plus longtemps rendraient riche et en meilleure santé. On serait ravis de leur donner raison mais la réalité (qu'ils feignent d'ignorer) c'est que les gens qui partent à la retraite plus tôt sont ceux qui ont des boulots éreintants et mal payés. Les maintenir au travail ne fera que les esquinter davantage (ce qui serait, j'en conviens, tout bénéfice pour le budget des pensions mais certainement pas pour eux).

  • Posté par Visiteur, mardi 12 juillet 2022, 19:42

    Que de clichés. Les gens qui partent à la pension plus tôt sont ceux qui peuvent se contenter d'une pension réduite . Pour différent motifs. Héritiers comblés, futurs résidents de pays au cout de la vie nettement plus bas, perte de pouvoir d'achat limitée ..

  • Posté par J.-M. Tameyre, samedi 9 juillet 2022, 8:54

    Blablabla. Un ramassis de lieux communs, des phrases longues et alambiquées quasi incompréhensibles, aucun exemple chiffré. Tout ça pour arriver à la resucée bisounours habituelle : "il faut être bienveillant pour les gens qui n'ont pas cotisé beaucoup, par solidarité". Ces discours sont lassants. Les auteurs, académiques planqués, n'arrivent pas à intégrer que 40 ans de boulot c'est : un investissement professionnel constant avec de nombreuses remises en question, une carrière qui ne sera jamais complète (45 ans) quand on a étudié, une "solidarité bienveillante" pour les chômeurs et les CPAS, des pensionnés de la génération précédente financés par 2 actifs contre 5 juste après guerre. Et EN PLUS il faudra financer ceux qui ont fait une carrière au chômage ou au CPAS, évidemment au détriment de sa propre famille. Il faut être un peu givré pour ne pas comprendre que ce discours devient illisible socialement.

  • Posté par Visiteur, mardi 12 juillet 2022, 19:48

    D'autant que les pensions servies en Belgique sont parmi les plus faibles d'Europe. Et celui qui est assez fou pour travailler au delà de ses 44 années de carrière ne retirera aucun avantage des retenues "pension" tout en payant plein pot. Ou est le curseur entre la solidarité et la spoliation ?

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