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L’immeuble C&A de Namur est un joyau qui ne peut être voué à la démolition

L’édifice remarquable de Léon Stynen et Paul De Meyer à proximité de la gare de Namur est menacé de démolition. Arrêtons les erreurs et soutenons une vraie politique de protection du patrimoine architectural du XXe siècle en Région Wallonne !, clament les signataires.

Carte blanche - Temps de lecture: 7 min

Les abords de la gare de Namur constituent une véritable entrée de ville, un lieu de transition vers le centre historique namurois. Le 20 juin 2022, un projet de développement situé Square Léopold, à proximité directe de cette gare, dans le Périmètre de Remembrement Urbain (PRU) dit « Quartier Léopold », a été présenté à l’approbation des autorités communales. Ce projet ne tient aucun compte des éléments significatifs existants sur ce site, dont en particulier l’immeuble C&A construit en 1969/70 par les architectes Léon Stynen et Paul De Meyer. Pourtant, cet immeuble mérite une attention soutenue.

Un bâtiment exceptionnel

Les arguments qui devraient être pris en compte pour interdire sa démolition et procéder à son classement concernent non seulement le cadre urbain namurois, mais également la reconnaissance d’un patrimoine architectural moderne, en Wallonie, en Belgique et reconnu à l’international. Parmi ceux-ci, on soulignera entre autres combien ce bâtiment est :–  Exemplaire en termes urbanistiques. - Il s’agit d’un des rares projets modernes de l’hypercentre de Namur, avec ceux de Roger Bastin. En rupture avec un centre historique « homogène » en termes d’alignement, de matériaux, de types d’ouvertures et de toitures, ce bâtiment s’inscrit cependant dans les gabarits avoisinants témoignant d’une réflexion fine sur les notions d’hétérogénéité / homogénéité urbaine.

–  Exemplaire pour son implantation. Celle-ci ne se contente pas de suivre les contours de la parcelle et se déploie sur trois faces en dégageant un espace public généreux pour les piétons.

–  Représentatif de l’architecture de la seconde moitié du XXe siècle. - Cette production est censée faire l’objet d’une revalorisation selon la déclaration gouvernementale wallonne : « Mener rapidement à bien l’inventaire du patrimoine en danger, notamment le patrimoine industriel et l’architecture du XXe siècle ».

–  Représentatif de la recherche architecturale typique du XXe siècle. - Avec une composition de façade abstraite et dynamique à un très haut degré de finesse, son langage s’inscrit dans la mouvance dite « brutaliste » qui met en évidence les matériaux de construction dans leur état brut. Basé entre autres sur le principe classique du Nombre d’Or, le dessin des façades témoigne de l’affinité avec les œuvres de Le Corbusier.

–  Remarquable du point de vue architectural. La construction est constituée d’un socle en retrait et d’un grand volume d’étage ajouré et en lévitation. La structure typique porte sur un ensemble de poteaux qui, là où ils sont disposés, permettent une très grande variété d’aménagements et réaménagements. Les étages sont revêtus de logettes en béton préfabriqué alignées et désalignées très subtilement. Un jeu de faces en couleur anime les façades.

–  Caractéristique d’un patrimoine en péril. - L’enjeu n’est pas que namurois mais relève d’une responsabilité plus large eu égard à l’histoire de l’architecture belge et internationale. En détruisant l’immeuble C&A de Namur, on prive la ville d’un élément hérité de l’époque moderne qui a conservé ses caractéristiques et ses qualités initiales.

–  Inscrit dans une histoire architecturale et culturelle commune. L’immeuble C&A de Namur est une réalisation qui appartient à une série de magasins construits par la même société en quelques années. Tous ont été réalisés par les mêmes architectes en adoptant une identité visuelle commune par l’expression architecturale. La plupart sont situées dans des rues commerçantes majeures (Bruxelles, Anvers, Gand, Courtrai, Charleroi, etc.)

–  Caractéristique d’enjeux contemporains. - À l’heure où les questions d’enjeux climatiques, de développement durable, d’économie d’énergies sont devenues des nécessités reconnues par toutes et tous, une démolition aussi importante et polluante s’avère un contre-sens. Il s’agit d’un bâtiment en bon état, qui ne montre pas de signes de dégradations et qui remplit sa fonction depuis sa construction. À notre époque, la démolition devrait être le dernier recours face à un état « irrécupérable ».

Un architecte qui a marqué l’histoire

Pour preuve de sa qualité, cet immeuble est mentionné dans l’Inventaire Régional Wallon et figure également dans le « Guide Architecture moderne et contemporaine 1893-2020. Namur & Luxembourg. Provinces », publié en 2020 par la Cellule Architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est également repris à l’inventaire du Patrimoine Immobilier Culturel de l’AWaP.

Pour mieux comprendre l’importance de cette œuvre il est utile de renvoyer à son auteur principal, Léon Stynen (1899-1990) (associé pour de nombreux projets à Paul De Meyer). Il est l’auteur d’une œuvre importante dans laquelle figurent entre autres le Pavillon belge de l’Exposition Universelle à New York (en collaboration avec Henry van de Velde et Victor Bourgeois), le Bâtiment BP et le Centre Culturel « deSingel » à Anvers, les casinos d’Ostende et de Knokke, la chapelle Sainte-Rita de Harelbeke, l’école « Peter Pan » à Saint-Gilles. Il fut également le directeur du département d’architecture de l’Académie d’Anvers (1948) et le directeur de l’Institut Supérieur National d’Architecture et des Arts décoratifs de La Cambre (1950-1965), école créée en 1928 par Henry van de Velde et qui a longtemps incarné la Modernité. Enfin, il a apporté une contribution importante au développement de la profession d’architecte, œuvrant à la protection du titre et à la création d’un Ordre professionnel dont il a été le premier président en 1963. L’importance de Léon Stynen pour l’histoire de l’architecture moderne en Belgique a été confirmée par la réalisation en 2018/2019 d’une exposition monographique et d’un ouvrage de référence produits par le Vlaams Architectuurinstituut.

Pour toutes ces raisons, nous demandons

– Au Conseil communal de la Ville de Namur de refuser tout projet de développement urbanistique et architectural qui impliquerait la démolition de l’immeuble dit « C&A » au 1 du square Léopold et de mettre tout en œuvre pour assainir les abords dudit immeuble en coordonnant les divers opérateurs (électricité, parkings, bulles à vêtement, panneaux routiers, supports publicitaires, pavillon « coursier wallon ») afin de mettre fin à la pollution visuelle qui défigure cet immeuble remarquable ;

– A Madame la Ministre du Patrimoine, Valérie de Bue, de classer cet immeuble, y compris un périmètre suffisant autour de lui destiné à mettre en évidence ce bâtiment et le parti urbanistique dont il procède. Pour ce faire (après une étude minutieuse) et sans attendre la démolition, nous lui demandons de l’inscrire urgemment sur la liste de sauvegarde.

*Parmi les plus de 1.700 signataires : Joseph Abram, Architecte, Historien (Fr) ;

François Andrieux, Directeur Ecole Nationale Supérieure d’architecture et de paysage de Lille (Fr) ; Raymond Balau, Architecte, Urbaniste, Critique d’art et d’architecture (AICA/SCAM), Prof. hon. ENSAV La Cambre ; Jean-Marc Basyn, Docomomo.be, Chargé de cours Faculté d’Architecture La Cambre Horta ULB ; Lucien-Jacques Baucher, Architecte Jean-Didier Bergilez, Architecte, Professeur - Faculté d’architecture La Cambre Horta - de l’Université Libre de Bruxelles ; Kristiaan Borret, Maître-architecte Bruxelles Région Capitale ; Arnaud Bozzini, Directeur Brussels Design Museum ; Sébastien Charlier, GAR-Archives d'architecture - ULiège ; Audrey Contesse, Directrice de l’Institut Culturel d’Architecture Wallonie-Bruxelles ; Chantal Dassonville, Directrice générale adjointe, Responsable de la cellule Archi de la Fédération Wallonie-Bruxelles ; Wessel de Jonge, Architect, Chair Heritage & Design, Department of Architectural Engineering + Technology, Delft University of Technology ; Dirk De Meyer, Professor of History of Architecture and Architectural Design, Department of Architecture and Urban Planning, Faculty of Engineering and Architecture, Ghent University ; Isabelle De Smet, Docteure en art de bâtir et urbanisme, Première assistante, Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de Mons, UMONS ; Etienne Godimus, Architecte - Doyen de la Faculté d’architecture de l’Université de Mons ; Franz Graf, Président de « DoCoMoMo Suisse » ; Adrien Grimmeau, Directeur de l’ISELP ; Jean-Pierre Hardenne, Professeur titulaire, École de design, UQAM ; Richard Klein, Président de « DoCoMoMo France » ; Gery Leloutre, Docteur en art de bâtir et urbanisme – Université Libre de Bruxelles ; Pablo Lhoas, Architecte, Enseignant et doyen - Faculté d’architecture La Cambre Horta - de l’Université Libre de Bruxelles ; Georgios Maillis, Architecte - Maître architecte de Charleroi ; Christophe Mouzelard, Historien de l'art et de l'architecture, Directeur de l'Association des Amis de l'Unesco ; Marcelle Rabinowicz, Architecte, Professeur et vice-doyenne - Faculté d’Architecture La Cambre Horta de l’Université Libre de Bruxelles ; Kevin Saladé, Directeur adjoint - ENSAV La Cambre et Professeur d’histoire de l’art ; David Vanderburgh, Vice-doyen - UCLouvain/LOCI/LLN ; Cécile Vandernoot, Architecte, Enseignante et chercheuse à la Faculté d'architecture LOCI de l'UCLouvain, Directrice du Guide d'architecture moderne et contemporaine : Namur - Luxembourg (provinces) 1893-2020 ; France Vanlaethem, Professeure émérite, École de design – UQAM, Présidente de « Docomomo Québec » ; Jean-Paul Verleyen, Architecte, Professeur émérite et ex-Vice doyen de la faculté d’architecture, d’ingénierie architecturale, d’urbanisme - LOCI de l’UCL, co-auteur du « Guide d’architecture moderne et contemporaine des provinces de Namur et de Luxembourg ; Luc Vincent, Designer Didier Viviers, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique ; Bernard Wittevrongel, Architecte, Professeur - Université Catholique de Louvain Tatiana Wolski-Stynen, Business analyst, Plasticienne

 

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1 Commentaire

  • Posté par collin liliane, samedi 9 juillet 2022, 12:14

    Ce truc, un joyau??

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