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Californie: la ruée vers l’or… bleu

Pour la quatrième année d’affilée, l’Etat le plus riche des USA rencontre une pénurie d’eau, toujours aggravée. Le vol d’eau y est devenu un délit presque courant.

Temps de lecture: 4 min

Vol de camion-citerne ou de cargaisons de bouteilles d’eau, siphonnage de camions de pompiers, détournement de cascades, de conduits d’irrigation, tuyauteries vides, lacs luxuriants réduits à leur plus simple expression, montagnes sans neige, remplacement de pelouses par des plantes résistant à la sécheresse voire développement de pelouses peintes, bateaux traînant minablement leur mal-être dans une mare boueuse, pelouses non arrosées, douches chronométrées, vaisselles à l’eau en bouteille, végétation brûlée, bref en un mot pénurie : des scènes dignes de pays en voie de développement en proie aux affres du climat mais qui, depuis 4 ans mais de manière particulièrement aiguë depuis des mois, prennent pour décor la région sans doute la plus développée du globe et un Etat, la Californie, qui, à lui seul, représente une des 10 plus importantes puissances économiques de la planète.

Sécheresse historique

Pour la quatrième année d’affilée, la Californie vit donc une sécheresse historique, la plus dure depuis plus d’un siècle, voire 5 siècles. Mais l’Union américaine de géophysique va beaucoup plus loin, elle parle de la plus importante sécheresse dans cette partie de l’Amérique depuis… 1200 ans. Des chiffres affolants : 47 % du territoire californien sont en phase rouge (« sécheresse extrême ») contre 25 % il y a un an mais 99,9 % de l’Etat à l’ours sont en phase de « sécheresse anormale ».

Même si la situation est sans doute encore plus spectaculaire pour le touriste dans le Nevada et spécialement à Las Vegas où la consommation d’eau des nombreux golfs et des multiples fontaines des casinos de la ville, la Californie, avec ses 37 millions d’habitants et sa mégapole (Los Angeles), est évidemment autrement touchée.

Des mesures de restriction (par exemple, simplement, le remplacement de toilettes consommant trop d’eau) existent depuis longtemps en Californie mais, au cours des derniers mois, elles ont été renforcées. En avril dernier, l’Etat a adopté un nouveau plan de rationnement : l’objectif est de réduire de 25 % la consommation d’eau au cours de cette année. Quatre cents agences dans tout l’Etat sont responsables de la distribution d’eau. Elles ont reçu ordre de faire respecter ces mesures. Jerry Brown, le gouverneur démocrate de Californie, a lancé : « Nous devons tous changer. Les Californiens doivent s’habituer à un environnement très différent. » Par exemple, la neige a totalement disparu des montagnes. C’était la première fois depuis 75 ans cette année que le sol était nu le 1er avril à 2.000 m. Or la fonte des neiges représente 60 % de l’alimentation des réservoirs et 30 % de l’approvisionnement en eau de l’Etat.

Les nappes phréatiques exsangues, le mode de vie des Californiens est évidemment montré du doigt. Avec ses pelouses parfaites, ses golfs innombrables, ses piscines et parcs d’attractions aquatiques à l’envi, la Californie n’a pas l’habitude de se refuser grand-chose. Cet Etat riche a pris l’habitude de vivre à sa façon mais, depuis de nombreuses années, ses autorités prennent des mesures importantes (plus que dans les autres Etats) par rapport au réchauffement climatique même s’il y est décemment impossible de vivre sans air conditionné. Le problème majeur de la Californie tient moins dans les excès des habitants de Beverly Hills ou Malibu (ou de Palm Springs, cité où les piscines longent le désert) ou des entreprises de la Silicon Valley que dans l’importance… de l’agriculture californienne qui avale à elle seule 80 % de l’eau de l’Etat.

C’est que la Californie n’est rien de moins que le premier producteur américain de fruits, de légumes, de vin (90 % de la production US), de produits laitiers, de produits horticoles, soit 13 % de l’ensemble de la production américaine. Certains autres Etats mais aussi des provinces du Canada, à commencer par le Québec, se frottent donc les mains dans la perspective d’un rééquilibrage commercial suite à cette sécheresse longue durée.

Il y a 12 siècles, la Californie aurait connu une sécheresse de 200 ans. Si le climat méditerranéen est exigeant en termes de températures et de faibles précipitations, la Californie y est fatalement routinée. Le phénomène est séculaire, il est donc difficile de n’y voir que le résultat de l’activité humaine, fût-elle souvent folle en Californie. Les spécialistes ne sont d’ailleurs formels que sur les raisons de cette sécheresse. L’augmentation des gaz à effets de serre est évidemment un facteur de réchauffement. Certains scientifiques estiment que l’océan et les phénomènes climatiques propres à la région sont aussi responsables du fait que les précipitations n’aboutissent pas en Californie. Lorsqu’ils font référence aux sécheresses du passé, les spécialistes ne sont pas loin d’évoquer des changements de climat plutôt que des épisodes climatiques. Et l’on sait que les climato-sceptiques sont puissants aux Etats-Unis.

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