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La santé au cœur de la reconstruction du commun

Le 12 août dernier, en adoptant son plan « climat et santé » le Congrès américain a non seulement marqué un tournant dans la politique des États-Unis, mais il a surtout montré la direction vers laquelle nos sociétés doivent s’engager. Enfin, nous prenons conscience que c’est la santé qui doit gouverner le monde.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

En 1995, l’historien et sociologue, Pierre Rosanvallon publiait La nouvelle question sociale. Son analyse reposait sur le constat que les luttes sociales et la croissance avaient permis de croire à l’avènement d’une société « libérée du besoin et d’un individu protégé des principaux risques de l’existence ». Pourtant, à la fin de ce que l’on a appelé « les Trente Glorieuses » le rêve s’est brisé. L’État providence et les principes mêmes de la solidarité et des droits sociaux sont remis en cause.

Les crises se sont succédé, mettant à mal la capacité de nos sociétés à produire du commun. Crises économiques et mise en cause des modèles keynésiens, crises financières et dérégulation, crise climatique, crises politiques et montée des formations autoritaires ou nationalistes, crise sociale, pandémie de covid et maintenant instabilité internationale provoquée par l’invasion de l’Ukraine.

C’est un peu comme si nous avions perdu la boussole du progrès social. Nous avons pourtant besoin d’un cap pour construire un avenir meilleur et solidaire, pour produire plus de justice sociale et répondre aux défis économiques, sociaux et climatiques.

Et si la santé guidait le monde ?

Fin 2020, dans un de ses derniers ouvrages, l’économiste Éloi Laurent se demande Et si la santé guidait le monde ? Avec le covid, la protection de la vie est soudainement devenue prioritaire au point que nos gouvernements ont mis à l’arrêt de secteurs entiers de l’économie. Le dogme de la croissance économique s’est effacé face à un virus mettant nos vies en danger. Nous avons pris conscience qu’il n’y a pas d’économie possible sans la vie, sans la santé.

Et si la santé était effectivement ce cap qui pourrait nous guider pour construire l’avenir, pour rebâtir le bien commun ? La santé comme pierre angulaire de la reconstruction du commun. Dans sa Constitution, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Pour l’OMS, la possession du meilleur état de santé constitue un des droits fondamentaux de tout être humain, quelle que soit sa nationalité, sa religion, ses opinions politiques ou sa condition économique ou sociale. Elle est aussi une « condition fondamentale de la Paix dans le monde et de la sécurité ; elle dépend de la coopération la plus étroite des individus et des États ».

Les politiques de santé doivent être abordées au sens large. Elles doivent concerner l’accès aux soins de santé de qualité, la protection sociale, le droit du travail, le revenu décent, la lutte contre la pauvreté, la solidarité intergénérationnelle, l’égalité des genres et encore bien d’autres domaines. Œuvrer à l’espérance de vie et à la qualité de la vie passe par le renforcement des mécanismes sociaux et par la lutte contre les menaces qui pèsent sur notre planète.

Trop souvent encore, y compris dans nos pays, la qualité des soins reste insuffisante, par manque d’investissements, de personnel ou d’infrastructures de santé.

Inégalités sociales

La pauvreté limite l’espérance de vie et les plus démunis doivent renoncer à certains soins, notamment en matière préventive. Celles et ceux qui souffrent le plus de la chaleur habitent dans des logements mal isolés. Et lors d’une pandémie, il est préférable d’habiter dans une maison quatre façades que dans un petit appartement.

Il en va de même pour les questions environnementales. C’est dans les quartiers populaires que l’on rencontre le plus de problèmes liés à la qualité de l’air et ce n’est pas un hasard, si en cas de catastrophes naturelles comme les inondations, ce sont les personnes les moins privilégiées qui résident dans les zones les plus touchées et qui ne sont pas protégées par une assurance.

Travail et exclusion

Trop souvent, gagner sa vie se traduit par la perdre. Les accidents du travail, les maladies professionnelles, les cancers liés aux substances cancérigènes ou le burn-out font partie de la réalité du travail. Quant aux exclusions, elles continuent à peser sur de nombreuses populations, en termes de pauvreté, mais également d’accès à un travail décent. Les petits boulots et l’ubérisation ne parviennent pas à masquer cette réalité.

La santé est clairement liée à la situation sociale, mais également aux réalités environnementales.

Nous dépendons tous des autres

Les virus qui depuis des décennies frappent l’Afrique ou l’Asie ne connaissent pas les frontières et nous ne vaincrons pas les pandémies sans permettre à l’ensemble de la planète de disposer de bons soins de santé. La disparition progressive de la forêt amazonienne prive le monde des médicaments qui pourraient demain nous soigner et la montée du niveau des océans annonce des phénomènes migratoires qui bouleverseront nos sociétés. Les exemples prouvant que nous sommes interdépendants ne manquent pas. Que nous le voulions ou non, nous sommes solidaires.

Santé des êtres humains, santé de la planète

Le travail et l’exclusion qui étaient au cœur de la question sociale doivent aujourd’hui se conjuguer avec les défis écologiques. La question sociale est devenue une question sociale écologique avec en son cœur la santé.

Par son caractère transversal, l’enjeu de la santé peut nous permettre de coaliser les forces et les acteurs qui nous permettront de relever le défi de la construction d’un monde plus juste et plus durable.

Plus que jamais, la santé des humains et la santé de la planète sont notre boussole.

(1) Eloi Laurent, Et si la santé guidait le monde ?, Les Liens qui libèrent, 2020.

 

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