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Emeutes à Madagascar: les gendarmes confirment avoir tué 19 personnes

Depuis la semaine dernière, la commune d’Ikongo est sous le choc après la disparition d’un enfant, albinos. Suite à l’arrestation de quatre personnes, des habitants en colère auraient tenté de faire « justice eux-mêmes ». La police a réprimé les émeutes dans la violence, tuant 19 personnes.

Temps de lecture: 4 min

Les gendarmes de Madagascar ont confirmé mardi avoir tué 19 personnes en tirant sur une foule en colère qui avait tenté la veille d’entrer dans leur caserne pour faire justice elle-même après la disparition d’un enfant albinos.

« Dix-neuf personnes ont perdu la vie et 21 blessés sont toujours soignés » à l’hôpital d’Ikongo, la petite ville du sud-est de l’île où les heurts ont eu lieu, ont déclaré les gendarmes dans un communiqué, ajoutant qu’une enquête est en cours.

police-enquête

Un précédent bilan faisait état de 11 victimes décédées.

Le médecin chef de l’hôpital local, le Dr Tango Oscar Toky, a confirmé que 19 personnes sont mortes. Dans la matinée, les équipes hospitalières attendaient encore l’arrivée de blessés qui devaient être évacués, a ajouté le médecin, qui a décrit des blessures graves.

« S’agit-il d’une bavure ? D’un débordement ? Il faut départager les responsabilités », a dit à l’AFP le ministre de la Défense, le général Richard Rakotonirina, qui s’est rendu sur place mardi. Il a promis « les sanctions nécessaires ».

Depuis la semaine dernière, la commune d’Ikongo, dans une région montagneuse isolée à environ 350 km de la capitale Antananarivo, est sous le choc : un enfant, albinos, a disparu et les autorités suspectent un enlèvement. Dans cette grande île d’Afrique australe, les personnes atteintes d’albinisme sont régulièrement la cible de violences, souvent en lien avec certaines croyances.

Plus d’une douzaine d’enlèvements, d’attaques et de meurtres y ont ainsi été signalés au cours des deux dernières années, selon les Nations unies.

« On aurait pu l’éviter »

Après la disparition de l’enfant, quatre suspects ont été arrêtés par les gendarmes et placés en détention dans la caserne d’Ikongo. Mais des habitants en colère ont voulu faire justice eux-mêmes. Ils se sont rendus lundi devant la caserne de gendarmerie et ont demandé à ce qu’on leur remette les suspects, a raconté à l’AFP Jean Brunelle Razafintsiandraofa, député du district.

D’après une source de la gendarmerie présente sur place, au moins 500 personnes sont arrivées, dont certaines munies d’« armes blanches » et de « machettes ».

Un périmètre de sécurité est alors installé, et les gendarmes tentent de faire baisser la tension pour « éviter un bain de sang », a expliqué lundi le commandant de gendarmerie, Andry Rakotondrazaka, lors d’une conférence de presse.

Il a ensuite évoqué « des provocations », des personnes armées de « couteaux à longue lame et de bâtons », ainsi que des jets de pierres. Puis la foule a tenté de franchir le périmètre de sécurité.

Les gendarmes disent avoir d’abord fait usage de gaz lacrymogène et tiré des coups de sommation. « Mais, en dernier ressort », ils « n’ont pas eu d’autre choix que de recourir à la légitime défense », a expliqué le commandant.

« C’est un événement très triste et on aurait pu l’éviter mais il s’est passé ce qu’il s’est passé », a-t-il regretté. Ils « ont tiré sur la foule », s’est de son côté indigné le député qui a indiqué vouloir demander une enquête parlementaire.

Caserne désertée

Selon le ministre de la Défense, des gendarmes ont déserté la caserne à la suite des heurts pour aller « se replier dans leur famille pour se protéger », redoutant une nouvelle explosion de colère en représailles à la tuerie.

Profitant de la confusion, « des détenus se sont enfuis de la prison d’Ikongo » voisine, selon une source au ministère de la Défense, qui n’a pas donné plus de détail.

En 2017, 120 détenus de la même prison avaient réussi à se faire la belle, profitant d’un assaut d’une foule qui voulait lyncher un détenu. Les phénomènes de vindicte populaire sont fréquents à Madagascar.

Les forces de l’ordre malgaches sont régulièrement épinglées par la société civile pour des violations des droits de l’homme, qui font rarement l’objet de poursuites.

 

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