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Développer l’école par une entreprise citoyenne

Si l’école de demain était privatisée, elle pourrait prendre la forme d’une école coopérative. Quels en seraient les avantages et les inconvénients ?

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

La faillite probable de la Communauté française stimule une réflexion sur l’avenir de l’enseignement. Les revendications récentes de l’enseignement catholique sur les bâtiments scolaires rouvre le dossier d’un réseau unique. Mais sous quelle forme juridique ?

Privatiser pour quoi ?

L’école, partout dans le monde, se privatise. Et la privatisation s’accélère. L’école devient une marchandise.

Il y a sans doute deux raisons au moins à cela : la recherche du profit avec les services et la volonté d’une minorité de maintenir son pouvoir pour garder ses privilèges.

Pour investir dans les services, dont l’école, les fortunes se réorganisent. Il suffit en Belgique de voir les investissements récents des familles Frère et Boël dans le groupe Cognita. (1)

Quant au pouvoir, celui-ci n’existe que si vous le reconnaissez. Une minorité ne pourra jamais avoir du pouvoir sur une majorité qu’avec l’acceptation de celle-ci. Et l’école est pour cela un outil précieux. Elle contribue à construire une représentation du monde. C’est ce que les pédagogues appellent le curriculum latent ou caché.

L’école publique est un moyen d’empêcher cette stratégie d’accaparement de l’école par une minorité. Car par nature, le bien public est soucieux de l’intérêt général. Tous n’en sont pas convaincus ! Pour certains, si le bien public est sous l’influence d’une minorité alors il ne garantit plus l’intérêt général.

Deux options pour permettre à l’école de servir l’intérêt général

La première, pour autant qu’il soit possible de neutraliser le pouvoir d’une minorité sur les rouages de l’Etat garant du bien public, c’est d’exiger que l’école reste une école publique (et exclusivement publique, attendu la partie I article premier paragraphe 3 de l’AGCS (Accord général sur le commerce des services) imposant la privatisation en cas de coexistence public/privé), sous le contrôle de tous ses citoyens via ses représentants politiques. Mais d’aucuns dénoncent un décalage de plus en plus grand entre les peuples et certains représentants, contribuant à détourner le bien public au profit des intérêts privés.

Une seconde option qui pourrait tenter certains suite aux échecs possibles de la première, est celle que nous pourrions appeler « l’école coopérative citoyenne populaire », entreprise placée directement sous l’autorité du peuple, dans une dynamique de démocratie directe.

Une école coopérative citoyenne

Il s’agira d’organiser une école financée par l’immense majorité des citoyens de milieux modestes. Une école organisée directement par le peuple, pour le peuple. Sans passer par l’Etat (vécu comme l’outil au service principal des riches) ! A la minorité des riches, s’ils le veulent, de payer leurs écoles. Sans participation des autres. Cette option, pour de multiples raisons, pourrait rencontrer un succès grandissant dans les prochaines années. Elle devrait être complétée, naturellement, par le retrait des contributions des charges de l’enseignement. Car dans ce cas de figure, ce mécanisme (les taxes et impôts) pour certains servirait alors peut-être plus à prendre l’argent dans les poches d’une majorité pour le redistribuer à une minorité que l’inverse. Ce sera peut-être aux yeux d’une immense majorité la seule solution pour les peuples. Elle a plusieurs avantages. Les peuples s’autodéterminent. Car leur école ne leur apprendra plus à accepter l’autorité d’une minorité.

Elle n’est cependant pas sans effets pervers. Cela conduit à une ségrégation de plus en plus forte, chacun vivant dans un camp retranché. Le « vivre ensemble » existe peu ou pas, conduisant à un éclatement de la société générateur de violences. Cet éclatement mène-t-il, à terme, sur le chemin d’une société favorisant l’épanouissement de personnes heureuses ? Mais ce sera peut-être aux yeux de certains le prix à payer dans une marchandisation de l’enseignement pour libérer les peuples de chaînes… Car, finalement, d’où vient la richesse ?, diront certains. Du capital et de la spéculation ? Non ! La richesse vient du travail et des projets. Pas l’inverse. Et lorsque l’immense majorité ne travaille pas et ne porte pas de projets, il n’y a plus de richesses.

Dans cette option de ségrégation, ce n’est pas l’immense majorité qui y perdra. L’immense majorité des gens modestes n’a pas besoin des nantis pour vivre. Les nantis, eux, pour rester riches ont besoin du travail de tous les autres.

Certes, cette option a des effets pervers. Et elle rencontrerait bien des oppositions. Elle générerait bien des violences. Mais, elle sera peut-être, aux yeux de certains, nécessaire compte tenu du contexte.

Ségrégation et « vivre ensemble »

Renforcer la privatisation de l’école, n’est-ce pas conduire à plus de ségrégation, source de violences sociales ?

Si l’école est, pour l’essentiel, aux mains d’une minorité favorisée et si cette minorité estime que la formation de haut niveau pour tous n’est plus une nécessité dans le monde vers lequel elle veut aller et qu’elle décide de la détruire ou en réduire fortement la qualité (2), alors l’école populaire coopérative citoyenne s’inscrivant dans une dynamique de gouvernance directe sera une nécessité. Elle offrira sans doute aux peuples l’opportunité de reprendre leur devenir en main en permettant à ses enfants de s’épanouir dans la plénitude de leurs possibilités au plus grand profit de tous.

École publique ou école coopérative citoyenne ?

Dans une guerre met-on tous ses œufs dans le même panier ?

L’enfer est pavé de bonnes intentions et de moins bonnes…

Et vous, qu’en pensez-vous ?

(1)  « Rendez vous de grandes familles à la tête des écoles de cognita », in L’Echo du 2 février 2019.

(2) A cet égard il n’est pas inutile de rappeler le document de Ch. Morrisson (1996), « La faisabilité politique de l’ajustement », in Cahier économique nº 13, Paris’ OCDE, p36.

 

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6 Commentaires

  • Posté par collin liliane, mercredi 7 septembre 2022, 11:23

    Rien que l'utilisation continue du mot "peuple" et son idéalisation fait rire.

  • Posté par collin liliane, mercredi 7 septembre 2022, 16:40

    @Naeije Robert "Il faut admettre qu'aujourd'hui le conformisme est à gauche. Certes, la droite n'est pas brillante. Mais la gauche est en pleine décadence, prisonnière des mots, prisonnière de son propre vocabulaire, capable de simples réponses stéréotypées, sans cesse désemparée face à la vérité, dont elle prétend pourtant tirer ses lois". (Albert Camus). Ce qui n'empêche pas de rire à la lecture de l'analyse sociétale de ce bonhomme tant elle est caricaturale ... tout en frémissant d'horreur à l'idée qu'il aie pu sévir de longues années dans l'enseignement francophone.

  • Posté par Naeije Robert, mercredi 7 septembre 2022, 11:32

    Non, c'est pas drôle. C'est intellectuellement déplorable. Stéphane Courtois, qui était dimanche dernier sur un plateau d'une chaine de TV française., rappelait avec humour à quel point la manipulation du langage peut nuire à la compréhension de l'histoire.

  • Posté par collin liliane, mercredi 7 septembre 2022, 10:39

    C'est quoi, ce délire d'extrême-gauche? L'école se privatise tout simplement parce qu'il existe encore des parents soucieux de voir leurs enfants recevoir encore un véritable enseignement. Ce qui explique également le nombre de demandes d'inscription dans les écoles considérées comme élitistes et le succès grandissant de l'enseignement à domicile.

  • Posté par S M, mercredi 7 septembre 2022, 8:45

    L’ancien directeur général de l’enseignement de la Province de Liège qui tient de tels propos… mais les bras m’en tombent ! En confondant le fait de vouloir pousser chaque étudiant au maximum de ses possibilités – magnifique idée de progrès social pour tous et qui aurait pu casser les cercles de minorités dominantes – avec celle de donner un diplôme vide de capacités à tous sous prétexte de justice sociale, la Province n’a cessé de ridiculiser son enseignement, de maltraiter psychologiquement ses enseignants, de mettre sur le marché de l’emploi des profils dont le monde économique n’a plus besoin et de concourir à l’instauration d’écoles privées pour ceux, et cela reste leur droit ! qui désirent apprendre réellement quelque chose ! Et qui pour guider ces écoles citoyennes ? Les diplômés qui savent à peine lire ?

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