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L’appel des agents du parlement aux députés wallons: «L’impunité du greffier ne peut plus durer»

Un courrier aux allures d’appel au secours, signé par 52 agents du parlement wallon, a été envoyé à toute l’assemblée ce jeudi matin. Le personnel y décrit le « climat de terreur » qui règne dans l’institution, et appelle les responsables politiques à « prendre leurs responsabilités » vis-à-vis du greffier.

Info « Le Soir » - Chef du service Enquêtes Temps de lecture: 5 min

La fronde du personnel monte d’un cran au sein du parlement wallon. Suite aux révélations du Soir de ce lundi sur les pratiques du greffier Frédéric Janssens (le patron de l’institution), les agents du greffe espéraient que des mesures soient prises. Mais le Bureau – l’organe composé de cinq députés wallons qui chapeaute le parlement – n’a annoncé mardi, après 5 heures de réunion de crise, « aucune mesure radicale », pour reprendre les termes du président Jean-Claude Marcourt (PS).

Ce qui a mis en pétard une large partie du personnel. Ils ont alors décidé de s’unir et de prendre la parole dans un courrier, soutenu par 52 agents statutaires du parlement (qui emploie, au total, 93 statutaires et 13 contractuels). Ce courrier, adressé aux membres du Bureau, a été envoyé à l’ensemble des députés wallons ce jeudi matin, peu avant 9 h. Il n’est pas signé par « crainte de mesures de représailles et d’intimidation de la part de M. Janssens ». Mais Le Soir a obtenu la liste des signataires et a pu entrer en contact, ces dernières heures, avec 41 agents qui nous ont confirmé soutenir le contenu de ce texte.

Le personnel y décrit le « climat de terreur » qui règne au sein du greffe depuis plusieurs années. « L’autoritarisme de M. Janssens, ses pressions, ses menaces, ses colères, ses insultes, ses humiliations ainsi que sa violence psychologique – et parfois physique – ont instauré une ambiance délétère, un climat de terreur et une résignation au mutisme qui impactent notre travail au service des parlementaires et des citoyens et, au-delà même, notre vie privée ainsi que notre santé psychique et physique », peut-on lire dans le document. « Depuis des années, nous sommes les témoins impuissants du départ précoce ou de la chute soudaine de nombreux collègues durablement abîmés psychologiquement par un management toxique. »

Les agents appellent les responsables politiques à agir. « Le monde politique a fermé les yeux pendant trop longtemps sur ces abus de pouvoir qui durent depuis plus d’une décennie, dont il avait pourtant parfaitement connaissance, et nous ne pouvons plus l’admettre (…). Nous vous demandons de prendre vos responsabilités et de ne plus cautionner cette situation inacceptable car cette impunité ne peut plus durer. »

Ces membres du personnel souhaitent « être reçus et entendus, urgemment et individuellement, en présence d’une personne extérieure et neutre » pour pouvoir exposer leur point de vue et détailler les agissements du greffier dont ils se disent victimes depuis des années.

Le Bureau se réunit justement ce jeudi matin, dès 9h30, pour aborder ce dossier sensible.

Voici une reproduction du contenu de ce courrier, en intégralité

« Namur, le 15 septembre 2022

Monsieur le Président, Madame et Monsieur les Vice-Présidents, Mesdames les Secrétaires, Mesdames et Messieurs les Membres du Bureau,

Votre communiqué du 13 courant n’a pas manqué d’interpeller une majorité d’entre nous. Les révélations de l’article du Soir ne nous ont guère surpris, mais face à une menace de mort, étayée par un enregistrement, nous espérions davantage de votre part. Au cœur de la démocratie, un acte illégal qui semble impuni est d’autant plus révoltant, et le justifier par un quelconque contexte est hors de tout entendement.

Nous éprouvons de la fierté à travailler au service de la démocratie, nous sommes très impliqués dans nos tâches et nous ne ménageons pas nos efforts au quotidien. D’ailleurs, les députés le constatent. Nous nous sentons néanmoins abandonnés à notre sort et salis par les techniques managériales de celui qui a autorité sur nous en votre nom et qui ternissent l’image du parlement. Le monde politique a fermé les yeux pendant trop longtemps sur ces abus de pouvoir qui durent depuis plus d’une décennie, dont il avait pourtant parfaitement connaissance, et nous ne pouvons plus l’admettre.

Ce n’est pas la première fois qu’une plainte est déposée à l’encontre de M. Janssens et que des faits de harcèlement sont relayés par la presse. Depuis des années, nous sommes les témoins impuissants du départ précoce ou de la chute soudaine de nombreux collègues durablement abîmés psychologiquement par un management toxique. Deux responsables de direction sur quatre sont en burn-out, sans compter les nombreux fonctionnaires qui ont eu et ont à vivre cette terrible maladie après de longues années de dévouement sans faille envers l’institution.

Il est de notre devoir de les soutenir et de sortir de notre réserve afin que ces agissements indignes d’un haut fonctionnaire cessent une bonne fois pour toutes.

L’autoritarisme de M. Janssens, ses pressions, ses menaces, ses colères, ses insultes, ses humiliations ainsi que sa violence psychologique – et parfois physique – ont instauré une ambiance délétère, un climat de terreur et une résignation au mutisme qui impactent notre travail au service des parlementaires et des citoyens, et, au-delà même, notre vie privée ainsi que notre santé psychique et physique.

Il dénonce un absentéisme dont il est le responsable et, tel un pompier pyromane, il prétend vouloir le combattre.

Vous évoquez la concertation sociale. Trop souvent, nous n’avons assisté qu’à des simulacres de dialogue qui n’ont jamais abouti, notamment faute de confidentialité réelle et d’impartialité.

Par cette démarche courageuse au vu du contexte de terreur et de délation dans lequel nous vivons au quotidien, nous vous demandons de prendre vos responsabilités et de ne plus cautionner cette situation inacceptable car cette impunité ne peut plus durer.

Nous vous prions donc, cette fois, de nous soutenir et de tenir compte de notre situation lors de vos futures prises de décision nous concernant. Nous demandons à être reçus et entendus, urgemment et individuellement, en présence d’une personne extérieure et neutre.

Nous tenons par ailleurs à préciser que contrairement à ce que nous avons pu lire dans la presse, ce message n’est en rien lié à une quelconque révision du statut. Ces méthodes visant à nous discréditer nous mobilisent davantage car notre bien-être au travail nous importe bien plus que l’aspect financier et les avantages liés à notre fonction.

52 statutaires parmi les 106 agents du greffe du parlement de Wallonie soutiennent ce courrier, qui n’est pas signé par la crainte de certains de mesures de représailles et d’intimidation de la part de M. Janssens. »

 

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16 Commentaires

  • Posté par Bruno Stephane, jeudi 15 septembre 2022, 15:09

    Les bolcheviques wallons unilingues dans leurs œuvres vivement un vlaams belang quadrilingues pour gérer ce merdier....

  • Posté par Delpierre Bernard, jeudi 15 septembre 2022, 14:37

    La gestion autoritaire du personnel n'est pas en soi une faute grave sauf que l'auditorat du travail aura à se prononcer sur un éventail plus large des plaintes, par contre la gestion plus que nébuleuse des deniers publics que le bureau n'a jamais remis en cause justifie à tout le moins la suspension avec perte de salaire sinon ce serait une prime indue qui viendrait s'ajouter à la liste des avantages supplémentaires dont bénéficient tous les agents et que l'ONSS va enfin soumettre à cotisation (avec rétroactivité...?) et qui devraient ensuite être fiscalisés sauf entourloupe toujours possible.

  • Posté par KENNES CHRISTIAN, jeudi 15 septembre 2022, 14:11

    Et dire que ce sont ces mêmes politiciens trouillards ou corrompus qui nous parlent de respect, transparence etc... S'il n'y a pas de mesures envers ce personnage, c'est que cela sent, le "je te tiens par la barbichette".

  • Posté par Chalet Alain, jeudi 15 septembre 2022, 13:59

    Les avantages exagérés dont jouit ce personnel semblent être le vrai problème, bien plus que le comportement du greffier en question...

  • Posté par AL291160, jeudi 15 septembre 2022, 13:12

    Et oui, bien souvent des gens qui ne sont pas élu et que l'on place en sachant qu'il ou elle sera tenir tout ce petit monde d'une main de fer Même si cette personne n'est pas à sa place

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