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Où est passée notre diplomatie culturelle?

Le Ministre-Président Jeholet maintient sa volonté de suppression du réseau d’ambassadeurs culturels et linguistiques de la FWB (les ALACs), ce qui est une catastrophe en matière de rayonnement culturel international et de politique linguistique.

Carte blanche - Temps de lecture: 8 min

En janvier dernier, nous, personnalités du secteur culturel, lancions un appel au Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet. Nous lui proposions d’ouvrir un dialogue afin de définir un plan ambitieux pour la diffusion de la culture de la FWB et de la langue française à l’étranger. Nous l’alertions sur le péril que représente le démantèlement de notre politique linguistique extérieure, patiemment construite au fil des années.

Huit mois plus tard, où en sommes-nous ?

Malgré une tentative d’apaisement par voie de carte blanche publiée fin janvier, la volonté du Ministre-Président, avec l’accord de son homologue wallon, M. Elio Di Rupo, de démembrer le réseau des Agents de liaison et culturelle (Alac) – notre seul véritable instrument de promotion internationale de la culture et de la langue – semble tenace. Rappelons que celui-ci est hérité du réseau de lecteurs grâce auquel la FWB se positionne depuis plus de trente ans dans des universités du monde entier. Des centaines d’étudiants, de chercheurs, de traducteurs, d’artistes étrangers ont pu découvrir notre Fédération et ses spécificités grâce à ces agents. Notre présence dans ces lieux de savoir que sont les universités étrangères est une tradition bien ancrée ; en retirer purement et simplement tous nos représentants reviendrait à entériner une décision historique.

Ces agents mènent depuis des années un travail de fond pour accompagner nos artistes et nos chercheurs à travers des colloques, conférences, rencontres littéraires, rétrospectives, expositions, formations, spectacles, ateliers, performances et autres séminaires. Nous sommes nombreux et nombreuses à avoir profité de leurs services, et notre expérience sur le terrain nous a convaincus – puisqu’il faut parler en termes managériaux – de la plus-value de ce réseau.

Des points de contact précieux

Or, nous apprenons que ces agents vont être invités à rentrer au pays, nos décideurs faisant peu de cas de ce qu’ils représentent pour nous : des points de contact précieux, des spécialistes de la culture belge francophone, des fins connaisseurs des acteurs culturels et universitaires étrangers. Et en échange ? Aucune contrepartie sérieuse. La représentation culturelle sera dévolue aux délégués déjà en place, telle une compétence résiduelle. Des postes seront créés dans les agences à Bruxelles, dont nous ne contestons pas l’utilité, mais qui ne compenseront jamais la perte de relais sur le terrain. De politique linguistique à l’étranger, il n’est même plus question.

Au-delà du sentiment de n’avoir été ni entendus ni consultés par le Ministre-Président, c’est la vision de la culture véhiculée par sa politique qui nous alarme. Non, la culture n’est pas qu’un produit à vendre et à exporter. Elle n’est pas une compétence à la marge que l’on peut transférer au premier venu. La culture et la langue sont porteuses de messages et de valeurs ; c’est par elles que se questionnent des sujets sociétaux comme l’égalité des genres, la démocratie, la place de l’Humain. Elles nous servent à tisser des liens avec l’Autre ; en cela, aussi, notre présence à l’international est cruciale.

Un inquiétant retrait des pays de l’Est

Ainsi, à l’heure où l’Histoire nous revient avec force, comment justifier un retrait total de notre présence en Europe de l’Est ? Pourquoi, Messieurs les Ministres-présidents, avoir fermé notre délégation en Roumanie ? Pourquoi vouloir retirer nos agents présents en Lituanie, en Pologne, en Hongrie, en Croatie ou en Serbie ? Plus que jamais, nous devons renforcer nos liens en Europe orientale. Déserter ces pays à l’heure actuelle, au mépris des relations de coopération construites depuis des années, envoie un message catastrophique. Par cette décision de suppression du réseau des Alacs, l’autonomie de la FWB – la petite musique particulière et appréciée qu’elle a historiquement su faire entendre dans le concert francophone – est vouée à se taire, asservie au rouleau compresseur français.

Nous lançons ici un appel aux Ministres-Présidents Pierre-Yves Jeholet et Elio Di Rupo, ainsi qu’à Madame Bénédicte Linard, Ministre de la Culture. Ne soyez pas sourds aux mises en garde répétées du monde de la culture. La suppression de nos agents de terrain à l’étranger représenterait une perte sèche pour notre secteur, comme elle ferait perdre à la FWB son rayonnement dans les universités étrangères.

Une réputation en jeu

Le retour sur investissement ne se mesure pas qu’à l’aune budgétaire ; c’est affaire d’image, de réputation, d’échanges, de liens noués. Il est temps d’entamer un processus constructif pour définir une véritable politique linguistique et culturelle positionnant la FWB comme un acteur du monde francophone à l’étranger. Prenez le temps de la discussion sans vous lancer dans des réformes dont même vos collègues politiques ne veulent pas.

*Signataires :

Yves Namur, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique ; Dan Van Raemdonck, Professeur à l’ULB et à la VUB ; Anna Ayanoglou, poétesse ; Pierre Outers, professeur à ULiège & Hénallux ; Arnaud Hoedt, auteur, comédien, enseignant ; Renaud Maes, professeur Université de Mons & Université Saint-Louis Bruxelles ; Stephane Ginsburgh, musicien, professeur à la HEM de Genève ; Frédéric Saenen, écrivain ; Aurélie Trivillin metteuse en scène ; Maud Joiret, poétesse ; Stanislas Cotton, écrivain ; Vincent Engel, écrivain, professeur à l’UCLouvain ; Charline Lambert, poète et doctorante en lettres ; Thierry Vanhasselt, artiste ; Max de Radiguès, auteur de bande dessinée ; Benjamin Heyden, traducteur ; Michel Francard, professeur ordinaire émérite de l’UCLouvain ; Lydia Flem, écrivaine ; Jean-Pierre Orban, écrivain et chercheur ; Marcel Sel, écrivain ; Françoise Masuy, Premier maître de langues, UCLouvain ; Emile Lansman, éditeur et cadre culturel ; Myriam Leroy, autrice ; Emmanuelle Rassart, enseignante de français langue étrangère à l’UCLouvain ; Jean-Philippe Toussaint, écrivain ; Isabelle Debekker, Directrice du Centre Belge de la Bande Dessinée ; Laurent de Sutter, philosophe ; François Provenzano, Universitaire ; Anne Vervier, formatrice en rédaction professionnelle ; Christine Renard, Professeure de français à l’Institut des langues vivantes, Uclouvain ; Boris Lehman, cinéaste ; Nicolas Ancion, écrivain ; Paul Emond, Écrivain, Membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises ; Corinne Hoex, écrivain, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique ; Albert Stassen, Commissaire d’arrondissement honoraire | Président de la CCATM ; Pierre de Mûelenaere, éditeur ; Karel Logist, écrivain ; Jean Marie Klinkenberg, Membre de l’Academie royale de Belgique ; Laurence Boudart, Directrice des Archives et Musée de la Littérature ; Carmelo Virone, écrivain et critique ; Claire Huber, chorégraphe ; Philippe Marczewski, écrivain ; Jean Pol Hecq, journaliste, écrivain ; Xavier Löwenthal, auteur, éditeur ; Michel Gevers, Professeur émérite à l’UCLouvain ; Jean-Jacques De Gheyndt, Auteur-conférencier, spécialisé en parlers bruxellois ; Jacques Richard, écrivain ; Michel Berré, Professeur, Faculté de traduction et d’interprétation, Université de Mons ; Gioia Kayaga, poète et écrivain ; Maxime Coton, écrivain ; Pascale Toussaint, écrivaine ; Anne Carlier, Professeur à Sorbonne Université et Membre de l’Académie royale de langue et littérature française de Belgique ; Robert Bernard, Ancien Inspecteur général de l’Enseignement secondaire de la FWB, ancien Président du Conseil du Livre ; Adeline Dieudonné, romancière ; Danielle Bajomée, professeur à l’Université de Liège et académicienne ; Loubna Elbrahmi, professeur, membre de l’Association Belge des Professeurs de Français ; Fabrice Preyat, Professeur à l’Université libre de Bruxelles ; Catherine Gravet, professeure de langue et de littérature françaises à l’Université de Mons ; Laurent Van Lancker, cinéaste, anthropologue ; David Giannoni, thérapoète, éditeur ; Jean-Marc Defays, Professeur ordinaire à l’Université de Liège, Président honoraire de la Fédération Internationale des Professeurs de Français, Consul de la République de Finlande, auteur ; Quentin Chaveriat, comédien, performeur et metteur en scène ; Marie-Louise Moreau, Université de Mons ; Luc Dellisse, écrivain ; William Henne, cinéaste ; Marc Quaghebeur, écrivain, poète, essayiste ; Jacques Lemaire, universitaire, membre de l’Académie ; Armel Job, romancier ; Nathalie Van Campenhoudt, éditrice ; Bruno Goosse, artiste et enseignant (ArBA-EsA) ; Annick Walachniewicz, auteure et plasticienne ; Jean-Claude Bologne, écrivain, Membre de l’Académie de Langue et de Littérature françaises de Belgique ; Xavier Dessaucy, Coordinateur de l’ABPF (Association belge des professeurs de français) ; Gil Bartholeyns, Historien, écrivain, Université de Lille ; Laurent Demoulin, enseignant en Romane à l’Université de Liège et écrivain ; Anne herbauts, auteur illustratrice belge ; Pierre Piret, Professeur à l’UCLouvain (littérature française et études théâtrales) ; Paul Aron, Directeur de recherches honoraire au FRS-FNRS, Professeur à l’Université libre de Bruxelles ; Thomas François, Chargé de cours à l’UCLouvain, universitaire ; Brune Bazin, comédienne et autrice ; Eric Clémens, philosophe, docteur UCL, écrivain, Revue TXT ; Anne Dister, Professeure à l’Université Saint-Louis – Bruxelles ; Cedric Gervy, professeur, chanteur, écrivain ; Catherine Rombaux, secrétaire de l’Association Belge des Professeurs de Français de la FWB ; Marie Steffens, universitaire, Université de Liège / Universiteit Utrecht ; Deborah Meunier, Chargée de cours, Université de Liège ; Geneviève Geron, UCLouvain et Henallux ; Séverine De Croix, universitaire, UCLouvain ; Geneviève Briet, enseignante de français langue étrangère, UCLouvain ; Geneviève Dumont-Delhaize, Ancienne assistante en Philo et Lettres ; Hubin Thierry, professeur de français, Lycée Martin V de Louvain-la-Neuve ; Lisette Lombé, slameuse ; Anne Versailles, autrice ; Chantal Mouffe, professeur universitaire, spécialiste de philosophie politique ; Caroline Lamarche, autrice ; Mélanie Godin, directrice des Midis de la poésie ; Cloé du Trèfle-Defossez, musicienne ; Compagnie de théâtre le Brame de la biche ; Aphrodite Maravelaki, Maitre-assistante en didactique du français/FLE, Henallux ; Maud Croes, professeure de français et membre de l’Association Belge des Professeurs de français ; Jean-Luc Outers, écrivain ; Hubert Toint, cinéaste ; Florence Degavre, Professeure à l’UCLouvain ; Benoît Hennaut, Directeur, ENSAV La Cambre ; Jean René Klein, professeur émérite UCLouvain, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique ; Sonia Pastecchia, actrice, réalisatrice, enseignante ; Nancy Verhulst, Maître de langues principal, UCLouvain ; Christian Verbert expert Conseil Supérieur de la Culture ; Thierry Fauvaux, Université de Mons ; Esther Baiwir, universitaire, maître de conférences à l’Université de Lille ; Serge Núñez Tolin, poète ; Maxime Lamiroy, éditeur, libraire ; Véronique Roelandt, autrice ; Laurence Wéry, Chargée d’enseignement, Université de Liège ; Catherine Barsics, poétesse ; Olivier Coyette, artiste, professeur de droit et de philosophie GSRD Tunis ; Benjamin Schoos, artiste ; Thomas Midrez, conteur ; Élisabeth Castadot, Chargée de cours, Service de Didactique des langues et des cultures, UMons ; Veronika Mabardi, autrice.

 

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1 Commentaire

  • Posté par Moriaux Raymond, vendredi 16 septembre 2022, 10:44

    Combien cette promotion de la misère de l'esprit est-elle sensée rapporter au Trésor de la FWB ?

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