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Crise de l’énergie: l’État doit agir

Notre gouvernement ne semble pas avoir compris l’ampleur de la crise économique et sociale qui nous attend s’il ne prend pas rapidement des mesures beaucoup plus fortes que celles qu’il a prises jusqu’à présent.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Depuis 1945, les Européens, du moins en Europe occidentale, n’ouvrent pas d’articles avec les mots « nous sommes au bord d’une catastrophe sociale et économique ». Mais à cette occasion, je dois malheureusement utiliser de tels mots. Des prix de l’énergie incroyablement élevés menacent de paupériser une grande partie de la population ; anéantir des milliers d’entreprises et saper nos perspectives économiques. Le gouvernement doit agir rapidement et de manière décisive pour éviter ce désastre. Une réduction de la TVA à 6 % sur les factures d’énergie et une focalisation sur l’extension du tarif social à près d’un million de Belges (soit moins d’un dixième de la population) sont tout à fait inadéquates. De même, l’indexation des salaires est un autre exemple de la réponse limitée du gouvernement. Une augmentation de salaire de 10 % est d’un confort limité si vos factures d’énergie sont passées de 1.500 € à 8.500 €. Et il est loin d’être clair que de nombreuses entreprises peuvent supporter le coût des augmentations de salaire induites par l’inflation énergétique. L’indexation n’est peut-être qu’un prélude aux faillites d’entreprises et à la montée du chômage.

Attentisme

L’attentisme des ministres donne à penser qu’ils n’apprécient pas vraiment le tsunami économique et politique qui s’annonce. Ils ne semblent pas se rendre compte que des mesures décisives sont nécessaires pour protéger les ménages et les entreprises. D’autres gouvernements comprennent cela. Le gouvernement allemand a annoncé qu’il dépensait 65 milliards d’euros et le Royaume-Uni 150 milliards d’euros pour protéger leurs sociétés et leurs économies.

Pourquoi ne pas protéger la Belgique et les Belges ? Il semble que les ministres craignent de s’engager dans des dépenses publiques à l’échelle de l’Allemagne ou du Royaume-Uni. Ce qu’ils oublient, c’est que devoir dépenser environ 15 à 20 milliards d’euros sera beaucoup moins cher que de faire face à la dévastation sociale et économique qui en résultera, causée par des prix de l’énergie extrêmement élevés.

Un risque de tsunami économique dévastateur

Si le gouvernement poursuit sa stratégie de soutien énergétique minimal, presque toutes les dépenses discrétionnaires en Belgique s’effondreront. Personne, à part les très riches, ne dépensera de l’argent pour quoi que ce soit d’autre que la nourriture et les médicaments. Des secteurs entiers de l’économie qui dépendent des dépenses de consommation vont s’effondrer. Le secteur des loisirs et de l’hôtellerie se repliera, ainsi que le secteur des biens de consommation. Les rues commerçantes belges prendront une atmosphère de tiers-monde avec des devantures de magasins barricadées et une prolifération de prêteurs sur gage. En outre, un grand nombre d’entreprises non consommatrices et incapables de payer leurs factures d’énergie cesseront leurs activités, dont beaucoup ne rouvriront jamais. En d’autres termes, si le gouvernement ne cherche pas à protéger globalement les ménages et les entreprises, la santé économique fondamentale du pays sera compromise. L’assiette fiscale sera érodée avec des coûts pour la prospérité économique du pays qui dureront bien plus longtemps que trois à cinq hivers.

Un impôt exceptionnel sur les profits des sociétés énergétiques

Le deuxième point clé est que l’État lui-même ne devrait pas finir par payer entre 15 et 20 milliards d’euros. Il existe deux principales sources de financement de tout programme de sauvetage à grande échelle. Tout d’abord, les entreprises énergétiques elles-mêmes. L’État ne devrait pas hésiter à imposer un important impôt sur les bénéfices exceptionnels aux sociétés énergétiques pour aider à couvrir le coût de tout plan de sauvetage. Comme expliqué ci-dessous, les bénéfices des entreprises énergétiques ne sont pas le résultat de leur talent commercial ou même des fluctuations ordinaires du marché. Il n’y a donc aucune base morale pour que les compagnies énergétiques conservent leurs profits excédentaires.

Faire plier l’Etat russe

Deuxièmement, comme expliqué ci-dessous, la raison principale de ces prix de l’énergie extrêmement élevés est une politique délibérée de l’État russe. D’une manière ou d’une autre, l’État russe doit être amené à contribuer aux coûts de tout plan de sauvetage.

La responsabilité russe dans la souffrance des ménages belges est claire. S’il est vrai que la Chine est initialement sortie rapidement du verrouillage du covid, elle a déclenché une augmentation de la demande d’énergie et un effet d’entraînement sur les prix de l’énergie. Et il est également vrai qu’au cours de l’été, les arrêts du nucléaire français ont fait grimper les prix de l’électricité sur tout le continent. Normalement, ces deux facteurs auraient entraîné des prix de l’énergie élevés « normaux ». Cela représenterait sur deux décennies de pratique commerciale du marché environ 500 dollars par millier de mètres cubes (avec une année « bon marché » d’environ 150 dollars). Ce que l’Europe a cependant subi en 2022, ce sont des prix qui ont grimpé au-dessus de 1.000 dollars, jusqu’à 2.000 dollars et parfois plus de 3.000 dollars.

Ces prix super élevés sont l’œuvre de Vladimir Poutine. Il a délibérément coupé l’approvisionnement en gaz de l’Union européenne d’environ 40 % en 2022. Il n’y a aucune base commerciale pour une telle action. La production de gaz russe était plus élevée en 2021 qu’elle ne l’était en 2022. Les stockages de gaz russes sont presque pleins, et nous pouvons même maintenant voir que Gazprom brûle plus de gaz qu’il n’en vend dans l’UE. L’objectif est clair : il s’agit de faire pression sur les États européens pour qu’ils cessent de fournir des armes et de l’argent à l’Ukraine. Et s’il ne peut pas atteindre cet objectif par des pressions directes, alors il causera tant de divisions politiques et sociales en Europe que les gouvernements tomberont et que cela brisera la volonté des Européens de continuer à soutenir l’Ukraine.

Ces origines géostratégiques de ces prix hyper élevés de l’énergie remettent également en cause deux autres préoccupations des ministres. Premièrement, que les gouvernements belges ne doivent pas s’immiscer dans le marché libre. Le point ici est que le marché libre ne peut pas fonctionner parce que Vladimir Poutine perturbe le marché. Et deuxièmement, que tout soutien doit être strictement ciblé sur ceux qui souffrent le plus. Pourquoi un Belge devrait-il souffrir aux mains de Vladimir Poutine ? Tous méritent d’être soutenus étant donné qu’ils sont des dommages collatéraux des tactiques géostratégiques émanant du Kremlin.

 

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9 Commentaires

  • Posté par Chalet Alain, mardi 20 septembre 2022, 12:36

    Les aides à la consommation d'énergie nous enfoncent dans la dette et accélèrent l'inflation. Elles doivent donc être très bien ciblées et réduites au strict nécessaire.

  • Posté par Z Pour Zorglub , mardi 20 septembre 2022, 2:23

    Une solution toute simple : levons les sanctions et forçons Zelensky à s’asseoir à la table des négociations. Les robinets se rouvriront, les cours de toutes les matières premières s’effondreront. cette guerre absurde s’arrêtera entre ceux qui ne veulent pas etre russes et ceux qui ne veulent pas être ukrainiens. Un rideau s’installera entre l’ukraine de l’ouest qui deviendra membre de l’UE et l’ukraine de l’est comme en corée, comme au sahara occidental, comme à Chypre, comme a Berlin, comme à Tel Aviv. comme sans doute entre la serbie er le Kosovo bientôt. Bref comme dans des multiples endroits sans que la terre s’arrête de tourner. Les ukrainiens se haïssent et se haïront pendant 3 générations. A défaut, l’ukraine mènera un genocide sous les yeux de l’europe au Donbass et à Louansk. Donc la solution est très simple et évidente et ne pourra pas être différente sauf à rôtir en enfer pour avoir aidé et participé au pire massacre de l’histoire récente. Et qui pourra en europe se regarder dans une glace et faire comme si de rien n’était ?

  • Posté par Moritz Montanez, mardi 20 septembre 2022, 6:33

    Même à Samarcande, les "meilleurs amis" de Poutler n'en veulent plus... Son économie anecdotique a déjà perdu 50.000 hommes, la moitié de son armement. Une bonne partie de son élite (juifs commerçants, ingénieurs, informaticiens, banquiers) a fui. Poutler est ridicule, a détruit son pays et s'enfonce encore. Vouloir le sauver c'est mettre en danger l'Europe entière.

  • Posté par L'abbate Franco, lundi 19 septembre 2022, 19:03

    "D’une manière ou d’une autre, l’État russe doit être amené à contribuer aux coûts de tout plan de sauvetage." Ouhais, et comment ? Plus facile à dire qu'à faire. Article intéressant mais en certains passages complètement à la masse.

  • Posté par Van Haesendonck Eric, lundi 19 septembre 2022, 15:00

    Les belges sont victimes des action de Poutine et de l'impreparation de notre gouvernement. Qui, au moment de décider la sortie du nucléaire a pensé au implication géopolitiques de cette décision ? Oui le risque existe de voir notre économie s'effondrer si le consommateur arrête de consommer pour payer sa facture d'énergie. Au gouvernement de prendre ses responsabilités et de faire le nécessaire: du soutien financier massif mais aussi relancer les centrales nucléaires et au charbon etc... C'est dommage mais il faut temporairement mettre de côté les luttes contre le réchauffement climatique et l'endettement public et essayer de sauver notre économie et notre société démocratique.

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