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Axel, 21 ans, mort en guindaille: peine de travail requise contre ses parrains

Le tribunal correctionnel de Liège s’est penché ce vendredi sur le dossier de la mort d’Axel Leroy, jeune spadois de 21 ans, qui venait de s’installer à Liège pour y étudier, décédé à l’occasion d’une guindaille durant laquelle il devait ingurgiter le plus d’alcool possible. Ses cinq « parrains » sont poursuivis pour des faits d’homicide involontaire, qui pourraient être requalifiés sur base de l’arrêté-loi sur la répression de l’ivresse.

Temps de lecture: 5 min

Le « rallye des parrains », qui serait toujours organisé aujourd’hui malgré le drame, consiste à rassembler les parrains et leur bleu lors d’une soirée durant laquelle ce dernier doit boire une spécialité alcoolisée par établissement visité. Les parrains, durant cette « épreuve », ne consomment pas d’alcool et payent toutes les boissons.

La nuit du drame, entre le 30 et le 31 octobre 2018, Axel, jovial rugbyman qui avait été consacré « roi des bleus » peu avant, avait participé volontairement à cette activité qui n’était pas obligatoire dans le cadre de son baptême. Après quelques étapes bien alcoolisées dans le « Carré », à l’occasion desquelles chaque cafetier signait dans un petit carnet pour attester qu’il avait bien bu ce qu’il devait consommer, il montrait de premiers signes d’ivresse et ses parrains lui avaient fait boire une bière spéciale à la paille, puis de l’eau salée, pour l’aider à vomir.

Il n’y était pas parvenu, et dans la dizaine de vidéos provenant des caméras de surveillance de la rue et des cafés fréquentés, on voit les cinq prévenus, originaires des régions liégeoise, bruxelloise et luxembourgeoise et aujourd’hui âgés de 25 et 26 ans, le féliciter pour sa « résistance » face à l’alcool. Il lui avait été promis que s’il parvenait à vider un plateau rempli d’un mélange concocté par un serveur, ses parrains se mettraient tous « gueule en terre » face à lui : Axel avait réussi, et à 2h08, une vidéo les montrait tous joyeusement s’exécuter.

Mort étouffé

A 2h37, Axel ne savait plus marcher seul : sur les images, on le voit porté par deux de ses parrains tandis qu’il entame la traversée du boulevard de la Sauvenière pour rejoindre son kot. Mais au milieu de la rue, il s’était effondré et il avait fini par vomir. Il est mort étouffé. Les cinq jeunes sont poursuivis pour un homicide volontaire par défaut de prévoyance ou de précaution, mais le ministère public a demandé que les faits soient requalifiés sur base de l’arrêté-loi de 1939 sur la répression de l’ivresse – celui dont l’affichage est obligatoire dans les cafés. Cet article précise que « quiconque a intentionnellement amené l’ivresse d’autrui, lorsque l’ivresse aura eu pour conséquence une maladie entraînant une incapacité de travail personnel », peut être puni d’une peine d’emprisonnement de huit jours à deux ans ; si la mort s’ensuit, la peine encourue passe de cinq à dix ans de réclusion (un mois à cinq ans d’emprisonnement après correctionnalisation).

Pour Me Marcy, à la partie civile, comme pour la substitut Fabienne Bernard, il n’y a aucun doute sur le fait que les prévenus ont, en encadrant Axel, en l’encourageant à boire, en lui payant ses consommations et en lui promettant des « récompenses » s’il buvait plus encore, intentionnellement amené l’ivresse de la victime. Et même si celle-ci était consentante, cela n’enlève rien au fait qu’il y ait une infraction, ont-ils ajouté.

La toxicologue qui s’était penchée sur ce dossier avait évoqué un effet du « binge-drinking », qui consiste à boire de grandes quantités en un court laps de temps. Si Axel n’avait « que » 2,06 grammes d’alcool par litre de sang peu après son admission à l’hôpital, c’est surtout la rapidité d’absorption qui aurait entraîné son malaise, suivi de son décès.

Peine de travail requise

Pour le ministère public, l’erreur invincible évoquée brièvement par les avocats de la défense durant l’instruction d’audience ne peut être retenue : l’arrêté-loi de 1939 est même disponible sur le site de l’Université de Liège, a-t-elle relevé, et en tant que membres de comités de baptême, ils ne peuvent l’ignorer. « La manière dont cette sortie a été organisée me terrorise », a conclu la substitut. « On croit que tout va bien, notre gamin est parti guindailler, et il est en danger… Sur les images de vidéosurveillance, on devine leur amitié et leur première sanction, c’est le drame. Mais tout cela a été pris avec une telle légèreté… J’espère qu’ils ont compris la leçon, mais qu’est-ce qu’elle est chère ! Combien de fois encore, quand je suis de garde, me faudra-t-il prévenir des parents que leur gamin de 19 ou 20 ans est mort, parce qu’il est tombé dans la Meuse en rentrant de guindaille ?! »

Les jeunes étant bien intégrés, les uns travaillant, d’autres poursuivant leurs études, elle a requis une peine de travail qui ne laissera pas de trace sur leur casier judiciaire. Mais au moment où les sept avocats de la défense ont demandé une nouvelle date pour disposer de plus de temps pour plaider, la maman d’Axel Leroy est tombée en larmes. Les prévenus, a-t-elle exposé, recommençaient les guindailles quelques jours après les funérailles, « comme si rien n’était arrivé ». Et cette procédure judiciaire, a-t-elle confié avant de quitter la salle pour s’isoler, elle n’en peut plus.

Suite le 9 décembre.

 

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1 Commentaire

  • Posté par B. Armelle, vendredi 16 septembre 2022, 16:45

    Si déjà les journalistes pouvaient remplacer le terme "baptême" par bizutage, et "guindaille" par beuverie, on pourrait peut-être avancer un peu. Les vrais responsables sont les adultes, qui laissent perdurer des pratiques dangereuses avec ce laxisme habituel de trouver la consommation d'alcool en excès comme normale et formatrice.

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