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Nous ne lâcherons rien sur l’inclusion scolaire

L’aide accordée aux enfants soutenus par l’enseignement spécialisé de type 1 et 2 a été drastiquement réduite. « Nous revenons 15 ans en arrière », déplorent des parents.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Nous, parents d’enfants porteurs d’un handicap intellectuel, ne lâcherons rien sur l’inclusion scolaire et ne laisserons pas le monde politique oublier et laisser tomber nos enfants suite aux nouvelles dispositions.

Nous resterons les gardiens bienveillants ainsi que les défenseurs de leurs droits car ce sont non seulement nos enfants mais aussi nos (et vos) valeurs que nous portons.

Personne n’est à l’abri d’avoir dans sa famille une personne en situation de handicap. Nous serons toujours là pour le rappeler, pour faire en sorte de continuer à créer une société qui les intègre avec la dignité et avec les moyens qu’ils méritent.

Apprendre, découvrir et former une communauté représentative

En effet, il y a un mois, des milliers d’enfants reprenaient le chemin de l’école. Comme les autres enfants, comme TOUS les autres enfants, nos enfants aussi retournaient à l’école. Tout comme une centaine d’autres enfants ayant des difficultés cognitives, dont des enfants porteurs de trisomie 21 et fréquentant une école d’enseignement ordinaire en communauté Wallonie-Bruxelles.

Tous attendaient ce retour à l’école, avec joie et envie :

− l’envie d’apprendre des tas des choses, d’apprendre à leur rythme ;

− l’envie de grandir et de faire comme les autres ;

− l’envie de découvrir, ailleurs, autre chose, un autre univers que celui de la maison ;

− l’envie de jouer et de partager ;

− l’envie de faire résonner des notes de musique ;

− l’envie de manipuler le bois ;

− l’envie de nager à la piscine ;

et tout ça avec les copines et copains de leurs classes.

Quelles ambitions avons-nous pour nos enfants ? Celle des apprentissages à leur rythme ! Celle de la relation avec les autres ! Celle d’apprendre à vivre dans une communauté représentative de la société dans toute sa diversité !

Alors oui, pas forcément celle d’obtenir le CEB ! Mais si toutes les autres ambitions sont atteintes, avec eux, pour eux, mais aussi pour la société, nous aurons fait un grand pas.

La Belgique déjà condamnée

Alors que notre pays a été condamné, et plus particulièrement la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour manquement à l’inclusion des élèves en situation de handicap intellectuel, notre ministre a choisi de supprimer les aides à l’intégration mises en place dans le cadre du décret intégration pour les remplacer par une aide centralisée dans des pôles rassemblant tous types de handicaps. Pôles orientés, non pas vers les enfants, mais vers les enseignants.

Une façon de diminuer l’aide globale attribuée aux enfants en difficulté.

Concrètement, les enfants bénéficiant du décret intégration, avaient une aide individuelle. Cette aide était mise en place en collaboration avec des établissements d’enseignement spécialisé, adaptée à chaque enfant. Il y avait donc une personne qui travaillait avec les enfants durant plusieurs périodes par semaine afin de faciliter les apprentissages et d’aider l’enseignant dans son travail d’intégration au sein de la classe.

On a pu constater les bienfaits de l’inclusion scolaire qui a non seulement permis à nos enfants à BS de développer leurs capacités d’apprentissage et les rapports aux autres, mais également permis aux autres enfants développer la compréhension, la sensibilisation à la différence et le sens de l’entraide. Tout allait donc pour le mieux pour nos enfants et vers un mieux pour la société.

On retourne quinze ans en arrière

Les projets d’intégration en cours devaient être poursuivis après l’entrée en vigueur des pôles, nous avait-on dit. Et pourtant…

Avec l’établissement des pôles, les besoins spécifiques de tous les enfants intégrés n’ont pas été reconnus sur un pied d’égalité.

L’aide accordée aux enfants soutenus par l’enseignement spécialisé de type 1 et 2 (retard mental) a été drastiquement réduite.

De plus, l’aide résiduelle accordée (moins de 3 heures par enfant par semaine) n’a même pas pu être mise en place.

En réalité, ajouté à la pénurie d’enseignants sur le marché professionnel, le statut proposé à ceux-ci au sein des pôles est précaire et donc peu attractif.

Les enseignants sont engagés en 36e au lieu de 24, laissant entendre que ce travail ne nécessite pas de préparation… Peu d’enseignants sont donc tentés de postuler.

Il reste toujours des places vacantes et particulièrement en ce qui concerne les types 1 et 2 !

Il y a quelques années, les différents ministres qui ont précédé madame Désir prônaient l’intégration et voulaient supprimer certains types de l’enseignement spécialisé en intégrant tous les enfants concernés par ces types.

A ce jour, nous retournons quinze ans en arrière, à l’époque où il n’y avait pas d’aide pour les écoles qui étaient pourtant prêtes à les accepter.

Où sont passées les valeurs vantées par le PS ?

De plus en plus, dans notre société, nous prônons l’intégration de la différence quelle qu’elle soit.

Ce nouveau décret va à l’encontre de l’inclusion de chacun et en particulier à l’intégration des enfants porteurs de handicap mental.

Madame la Ministre, quelle surprise de lire les valeurs suivantes sur le site de votre parti : « Une société plus juste, c’est dans l’ADN du Parti socialiste. Et l’inclusion de la personne en situation de handicap fait évidemment partie de nos combats ! »

Ou : « OUI, JE VEUX…

– Construire un monde plus juste et solidaire.

– Lutter contre toutes les formes de discriminations.

– Donner une vraie place à chacun dans la société. »

Dans la politique de madame Désir, il semble que ces valeurs et slogans aient été oubliés lors des réflexions.

A présent, se pose la question de ce qu’il va se passer pour nos enfants qui sont sans aide extérieure dans leur classe. Quelle tristesse, quel gâchis !

Que vont-ils devenir ?

Que vont devenir les écoles qui accueillent nos enfants avec enthousiasme et réelle implication ?

Que vont devenir les enseignants qui accueillent nos enfants tels qu’ils sont, avec tant de bienveillance ?

Que vont tout simplement devenir nos enfants ?

Nous avons besoin de vous, nos enfants ont besoin de vous.

Nous rêvons d’un monde plus juste et solidaire, mettons en place des solutions pour que nos enfants, comme tous les enfants, aient une place adéquate dès leur plus jeune âge dans notre société.

 

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