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Conflit à l’Est de la RDC: les conditions d’une désescalade

Dans une Afrique des Grands Lacs qui a souvent été le théâtre d’instabilités politiques et/ou armées, les crises successives entre le Rwanda et la RDC restent un dossier complexe à la fois pour les dirigeants de la région, de la communauté internationale mais aussi pour les experts.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

La crise actuelle est liée à l’offensive des membres du Mouvement du 23 Mars (M23) dans l’Est du Congo depuis fin 2021 et que Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir. Malgré les dénégations de Kigali, la presse internationale révélait en août dernier le contenu d’un rapport accablant de l’ONU sur la crise. Des experts onusiens estiment que l’armée rwandaise aurait « lancé des interventions militaires contre des groupes armés congolais et des positions des Forces armées congolaises depuis novembre 2021 ». Les Rwandais auraient également « fourni des renforts de troupes au M23 pour des opérations spécifiques, en particulier lorsque celles-ci visaient à s’emparer de villes et de zones stratégiques ».

Une poudrière au cœur du continent

Le M23 revendique de mener son combat au nom d’une minorité ethnique tutsie marginalisée au Congo. Le Rwanda revendique de son côté le droit de répondre aux attaques des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) basées en RDC. Pourtant, difficile de ne pas lier les immenses ressources minières (or, diamant, pétrole, cobalt etc.) dont regorge l’Est de la RDC aux conflits qui s’y déroulent.

Thierry Vircoulon, chercheur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), le confirme d’ailleurs dans une interview accordée à TV5 Monde : « Le vrai enjeu pour Kigali, c’est de garder la mainmise sur le Nord-Kivu, un grand territoire voisin que les Rwandais exploitent depuis des années. Ils profitent de la contrebande minière et de celle du bois » explique-t-il. D’ailleurs le Rwanda est l’un des principaux pays exportateurs de coltan au monde, alors même que son voisin congolais en possède entre 60 % et 80 % des réserves mondiales.

Même si la crise actuelle entre le Rwanda et la RDC n’est pas la première du genre, l’ampleur qu’elle pourrait prendre fait d’elle une véritable poudrière au cœur du continent. En effet, la RDC et le Rwanda ne sont pas les seuls pays qui pourraient être impactés par les tensions entre Kinshasa et Kigali. À lire aussi Le Congo entend prendre l’ONU et la Belgique à témoin de la guerre qui frappe le Nord-Kivu

L’Ouganda elle aussi a non seulement des intérêts économiques et sécuritaires en RDC, mais entretient des relations tumultueuses à la fois avec ses voisins congolais et rwandais. Kampala avait d’ailleurs fermé sa frontière au Rwanda entre 2018 et février 2022.

Ces dernières années, Félix Tshisekedi a essayé d’améliorer ses relations avec ces pays en signant avec eux des accords bilatéraux de coopération économique et sécuritaire à défaut de les amener à collaborer entre eux sur son sol. Mais ces initiatives se sont heurtées aux écueils de leurs rivalités, même si l’Ouganda a pu intervenir dans l’Est du Congo pour lutter contre les rebelles ADF. Finalement l’accord sécuritaire avec le Rwanda n’a jamais pu être appliqué et récemment, le président de l’Assemblée nationale de la RDC, Christophe Mboso, a condamné l’Ouganda après la prise de Bunagana par le M23 en juin 2022 et proposé une motion de suspension de tous les accords militaires et économiques avec Kampala. Alors que les militaires ougandais ont accusé le Rwanda de soutenir l’attaque du M23 à Bunagana pour déjouer leurs opérations contre les ADF, le Rwanda accuse de son côté l’Ouganda d’utiliser les éléments du M23 pour le menacer. À lire aussi Le Congo, terrain d’opérations pour les pays voisins et leurs rebelles

« L’Ouganda et le Rwanda ont soutenu des mouvements rivaux au Congo depuis qu’ils se sont affrontés militairement à Kisangani à la fin des années 1990 », commentait le chercheur Kwezi Mngqibisa pour le centre d’études stratégiques de l’Afrique (CESA). « Il existe un système de conflit plus large dans lequel la lutte pour la suprématie de l’Ouganda et du Rwanda coïncide presque toujours avec une recrudescence de la violence dans l’est de la RDC. Nous risquons d’assister à une nouvelle escalade de la crise actuelle » ajoute-t-il.

Un rôle capital pour l’EAC

Après l’échec de plusieurs tentatives, il est crucial pour la RDC d’explorer de nouvelles pistes pour sortir de la crise. Dans cette logique, Kinshasa, membre de la communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (EAC), peut désormais compter sur de nouveaux appuis. Sous la médiation du Kenya, l’institution a annoncé qu’elle enverrait une force régionale pour pacifier les régions en crises du Congo. Cette force pourrait obtenir des succès notables, à condition qu’elle agisse en dehors de toute contribution des pays ayant un intérêt en RDC. À lire aussi Les inextricables tensions entre la RDC et le Rwanda

Pour le CESA, elle pourrait s’appuyer sur la « Brigade d’intervention de la force de la Monusco (FIB) », qui a commencé comme une coalition composée du Malawi, de la Tanzanie et de l’Afrique du Sud en 2013. « Le gouvernement congolais pourrait également fixer des conditions pour la force de la CAE, notamment ses objectifs, ses zones d’opération et sa durée » précise l’organisation.

Quoi qu’il en soit, la meilleure solution de sortie de crise semble être celle qui combinera à la fois des options militaires pour mettre fin à la violence des groupes armés, la diplomatie pour calmer les velléités de chaque partie et des options socio-économiques pour renforcer les investissements dans les zones les plus exposées aux conflits.

 

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