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Elections en Italie: Giorgia Meloni revendique la victoire

La coalition d’extrême droite et de droite a récolté plus de 44 % des voix, selon des résultats partiels. Le parti de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, fait la course en tête.

Temps de lecture: 5 min

Giorgia Meloni, dont le parti post-fasciste Fratelli d’Italia est arrivé en tête aux législatives de dimanche en Italie, a revendiqué la direction du prochain gouvernement.

« Les Italiens ont envoyé un message clair en faveur d’un gouvernement de droite dirigé par Fratelli d’Italia », a déclaré Meloni lors d’une brève allocution à la presse à Rome. « Nous gouvernerons pour tous » les Italiens, a-t-elle promis.

Après la Suède, l’extrême droite fait une nouvelle percée en Europe, où pour la première fois depuis 1945 un parti post-fasciste se retrouve aux portes du pouvoir. En restant dans l’opposition à tous les gouvernements qui se sont succédé depuis les législatives de 2018, Fratelli d’Italia (FdI) s’est imposé comme la principale alternative, passant de 4,3 % à un quart des voix, selon les premières projections, devenant ainsi le premier parti de la péninsule.

« Les Italiens ont envoyé un message clair en faveur d’un gouvernement de droite dirigé par Fratelli d’Italia », a réagi Mme Meloni, affirmant ainsi son ambition de devenir Première ministre. « Nous gouvernerons pour tous » les Italiens, a-t-elle promis. « Nous le ferons dans l’objectif d’unir le peuple », a-t-elle ajouté dans un discours de rassemblement et d’apaisement en reconnaissant que la campagne électorale avait été « violente et agressive ».

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La coalition qu’elle forme avec l’autre parti eurosceptique d’extrême droite, la Ligue de Matteo Salvini, et Forza Italia, le parti conservateur de Silvio Berlusconi, récolterait environ 43 % des suffrages, ce qui lui assure la majorité absolue des sièges aussi bien à la Chambre des députés qu’au Sénat.

La formation fondée fin 2012 par Giorgia Meloni avec des dissidents du berlusconisme devance le Parti démocrate (PD, gauche) d’Enrico Letta, qui n’a pas réussi à susciter un vote utile pour faire barrage à l’extrême droite et passe sous la barre des 20 %, dans un contexte de faible participation (64,07 %, contre 73,86 % en 2018). La vice-présidente du PD Debora Seracchiani a reconnu la « victoire de la droite emmenée par Giorgia Meloni », ce qui marque « une soirée triste pour le pays ».

Félicitations des partis d’extrême droite européens

Ce séisme intervient deux semaines après celui qui, en Suède, a vu la victoire d’un bloc conservateur comprenant les Démocrates de Suède (SD), parti issu de la mouvance néonazie qui a réalisé une forte percée, devenant la première formation de droite du pays nordique.

Dans ce qui a été (mal) perçu à Rome comme un avertissement sans frais, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait rappelé jeudi que l’UE disposait « d’instruments » pour sanctionner les Etats membres portant atteinte à l’Etat de droit et à ses valeurs communes.

L’extrême droite française a salué lundi la victoire de Giorgia Meloni aux législatives en Italie, tandis que la France insoumise a qualifié de résultat « tragique » la prise de pouvoir des « héritiers de Mussolini ». « Les Italiens ont offert une leçon d’humilité à l’Union européenne qui, par la voix de Mme Von Der Leyen, prétendait leur dicter leur vote. Aucune menace d’aucune sorte ne peut arrêter la démocratie : les peuples d’Europe relèvent la tête et reprennent leur destin en main ! », a tweeté le député européen Jordan Bardella, président par intérim du Rassemblement national.

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Eric Zemmour, le chef de fil de Reconquête !, a quant à lui tweeté « Toutes mes félicitations à @GiorgiaMeloni et au peuple italien ! Comment ne pas regarder cette victoire comme la preuve que oui, arriver au pouvoir est possible ? »

A gauche de l’échiquier politique, la députée La France Insoumise (LFI) Clémentine Autain, a déploré un résultat « tragique ». « Les héritiers de Mussolini prennent le pouvoir en Italie. Les politiques néolibérales et la disparition de la gauche ont permis ça. Ici, nous avons tenu bon. Maintenant gagnons la course de vitesse face au RN. Ce soir, solidarité avec tous les progressistes italiens », a-t-elle réagi sur Twitter.

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Bête noire de Bruxelles, le Premier ministre hongrois Viktor Orban et son homologue polonais Mateusz Morawiecki ont eux aussi adressé dès dimanche soir leurs « félicitations » à Mme Meloni.

M. Orban, par la voix de son directeur politique, le député Balazs Orban, a ajouté ce message : « Nous avons plus que jamais besoin d’amis partageant une vision et une approche communes de l’Europe ». Meloni « a montré la voie vers une Europe orgueilleuse et libre de nations souveraines », s’est réjoui de son côté le leader du parti espagnol d’extrême droite VOX, Santiago Abascal.

« Grande inconnue »

Fratelli d’Italia doit son succès autant au vent de « dégagisme » qui souffle sur la péninsule qu’au charisme de sa dirigeante. Cette Romaine de 45 ans qui, jeune militante, disait admirer Mussolini, est parvenue à dédiaboliser son image et rassembler sur son nom les peurs et les colères de millions d’Italiens face à la flambée des prix, au chômage, aux menaces de récession ou à l’incurie des services publics.

Le prochain gouvernement devra notamment gérer la crise causée par l’inflation galopante, l’Italie croulant déjà sous une dette représentant 150 % du PIB, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce.

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Dans ce pays à l’instabilité gouvernementale chronique, les experts s’accordent déjà sur la courte espérance de vie de la coalition victorieuse, un mariage de raison entre trois alliés aux ambitions concurrentes. Pour Mme Meloni, « le défi sera de transformer son succès électoral en leadership de gouvernement qui puisse s’inscrire dans la durée, c’est cela la grande inconnue », a estimé dimanche soir Lorenzo De Sio, professeur de sciences politiques à l’université Luiss de Rome.

Mme Meloni, sans expérience gouvernementale à part un passage éphémère au ministère de la jeunesse (2008-2011), aura fort à faire pour gérer ses encombrants alliés, bien plus expérimentés : Silvio Berlusconi a été plusieurs fois chef de gouvernement et Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre.

Dans le dossier ukrainien, l’Europe et les alliés de l’Italie, membre de l’Otan, scruteront également la répartition des portefeuilles entre les trois partis. Car si Giorgia Meloni est atlantiste et soutient les sanctions frappant Moscou, M. Salvini s’y oppose.

 

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35 Commentaires

  • Posté par STORDIAU Pierre, lundi 26 septembre 2022, 12:58

    Il faudra surtout cadenasser les deux partis qui risquent de véroler celui de Fratelli d’Italia ! En effet nos facho-populistes Berlusconi et Salvini, oublient un peu vite qu'ils viennent de faire leurs plus mauvais score de tous les temps ! >>> Laissez la vraie gagnante, Giorgia Meloni , engranger SA victoire ... et commencer a travailler sans les deux "looser" précités (le fossile et le facho).

  • Posté par STORDIAU Pierre, lundi 26 septembre 2022, 17:05

    @J-P S : Mdr !!!

  • Posté par D L, lundi 26 septembre 2022, 15:48

    Tout au contraire Salvini va probablement mettre fin à la route d'Afrique du Nord des migrants illégaux. Cela sauvera beaucoup de vies humaines et mettra fin au juteux business du trafic d'êtres humains et leur collusion avec les bateaux des ONG tout aussi criminels.

  • Posté par Smyers Jean-pierre, lundi 26 septembre 2022, 15:12

    Comme Salvini martèle un peu outrancièrement ses fixations, on a plutôt le fossile et le marteau, non?

  • Posté par Masure Luc, lundi 26 septembre 2022, 11:01

    Que ce soit en Russie avec les orthodoxes, en Iran avec les ayatollahs, en Turquie avec le calife Erdogan, aux USA avec les évangélistes et autres sectes y compris trumpistes, que ce soit en Hongrie et même en France et en Italie, il est significatif et édifiant que ces partis classés à juste titre d'extrême-droite se revendiquent d'une religion abrahamique et d'un nationalisme borné, le réveil du sabre et du goupillon. Abraham, que de crimes ont été commis en ton nom; il faut dire qu'avec un tel crétin comme fondateur des mythes religieux révélés, on était mal parti, un type qui acceptait sans sourciller de sacrifier son fils à la grandeur de dieu (avec minuscule). Comment s'étonner du comportement de ces leaders des partis de droite avec une telle filiation.

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