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Ukraine: un combat anti-colonial

Alors que la Russie franchit une nouvelle étape dans l’escalade guerrière en proclamant l’annexion de quatre régions d’Ukraine et une mobilisation partielle, il est nécessaire de rappeler le caractère génocidaire et colonialiste de l’agression russe. Soutenir l’Ukraine dans la durée est essentiel pour sauvegarder la démocratie et les libertés. Il est grand temps de considérer enfin l’Ukraine comme une grande nation qui a de droit sa place dans la famille européenne.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Le 30 septembre, Poutine a proclamé l’annexion de territoires ukrainiens, dans ce qui constitue un acte de spoliation coloniale. Il reste essentiel d’approfondir la réflexion sur l’aspect colonial et génocidaire de la guerre menée par la Russie. Malgré le large consensus politique sur la condamnation de l’agression, cet aspect reste sous-estimé.

Cette discussion est déjà bien avancée dans le monde anglophone, par des auteurs ukrainiens ou non tels qu’Olesya Khromeychuk ou Timothy Snyder, mais semble moins connue dans l’espace francophone.

Une guerre coloniale

« Derrière la décision de commencer la guerre se trouve la croyance que les Ukrainiens n’ont pas le droit d’exister, et qu’ils n’existent pas », selon Serhii Plokhy.

Mais les Ukrainiens existent, et sont un peuple, comme ils l’ont admirablement prouvé. Et pour un régime fasciste comme celui de Poutine, quand la réalité ne correspond pas à l’idéologie, il faut changer la réalité. C’est-à-dire éliminer la nation ukrainienne telle qu’elle existe. La Russie poursuit le but génocidaire de liquider les Ukrainiens en tant que nation et les forcer à rejoindre le « monde russe » par les massacres de civils, les viols, la déportation et l’assimilation forcée d’enfants ukrainiens en Russie…

La négation de l’existence d’un peuple est une rhétorique typique des puissances impérialistes, qui rappelle également celle de tous les colonialismes : l’Autre n’est pas une vraie nation, ne possède pas de véritable Etat, ce qui permet de le conquérir et de l’assujettir. Ces méthodes autrefois utilisées par les puissances européennes en Afrique et dans d’autres régions du monde sont à nouveau appliquées par la Russie.

Les pseudo-référendums ne sont qu’une farce sinistre : les victimes de l’agression sont forcées de demander à leur bourreau de les accueillir dans son empire ! Outre la perversité à demander à la victime d’applaudir au crime, les référendums servent une fonction de « rééducation », au sens stalinien, des habitants des territoires ukrainiens occupés (selon Kristo Nurmis). À lire aussi Vladimir Poutine finalise l’annexion de quatre régions en Ukraine

Le caractère colonial de l’Etat russe actuel est aussi visible dans son exploitation des peuples minoritaires de Russie, de la même manière que les puissances européennes avaient largement enrôlé des membres de peuples colonisés d’Afrique et d’Asie.

En effet, les pertes russes et la mobilisation ont touché de manière disproportionnée les peuples non russes : Bouriates, Yakoutes, Touvains, peuples du Daguestan… alors que les habitants des grandes villes du cœur de la Russie ont été largement épargnés. Ces peuples, qui sont dans une relation de type colonial avec le centre, montrent des signes de révolte.

La Russie soutenue par le « Sud » ?

Dans les médias, on a pu entendre des commentateurs utiliser des expressions comme « le camp occidental » contre « le reste du monde », qui ferait preuve envers la Russie d’une neutralité bienveillante.

Or, il est erroné de parler d’une opposition entre le « camp occidental » et le « Sud global ». Pire, c’est là adopter la narration que la Russie tente de présenter : seuls les Etats-Unis et leurs alliés condamneraient l’agression russe, le « Sud » serait neutre ou pro-russe. La répétition de simplifications outrancières de ce genre sert la propagande russe, qui cherche à présenter son agression comme une réponse à un supposé expansionnisme de l’Occident.

Au contraire, la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU condamnant l’agression russe a été adoptée à une large majorité d’Etats de tous les continents. Une des déclarations les plus éloquentes contre l’agression russe a été faite par l’ambassadeur du Kenya, condamnant l’expansionnisme et mettant en garde contre la tentation de « toujours regarder vers le passé avec une dangereuse nostalgie ». C’est bien l’expérience du colonialisme qui se répète, à travers le temps et l’espace.

Un mépris pour l’autonomie d’action du peuple ukrainien

Les commentaires évoquant la guerre en Ukraine comme un conflit entre la Russie et le « camp occidental » reviennent aussi à nier la subjectivité et le pouvoir d’action de l’Ukraine. C’est là malheureusement un réflexe fréquent : l’Ukraine est présentée comme un pion dans un conflit plus large entre l’« Occident » et la Russie.

Cette négation de l’autonomie d’action de l’Ukraine est particulièrement dangereuse et indécente car elle rejoint l’idéologie impérialiste russe qui nie l’existence d’un peuple ukrainien libre de décider de son avenir. À lire aussi Russie: opposés aux généraux, les seigneurs des milices sont tentés par le coup d’Etat

Ce faisant, l’Ukraine est toujours vue d’un point de vue colonial, comme un territoire faisant l’objet de la convoitise des grandes puissances et non comme un peuple acteur de son destin. Il est urgent de se débarrasser de ce prisme colonial qui résulte bien souvent d’une grande ignorance de l’histoire et de la culture de l’Ukraine et des peuples d’Europe centrale et de l’Est.

Une nation civique européenne

En pleine guerre, les Ukrainiennes et les Ukrainiens font preuve d’une résilience qui force l’admiration. Ils démontrent dans l’adversité qu’ils sont une nation, civique, démocratique, unie par la volonté de vivre ensemble au-delà des différences ethniques ou linguistiques. Par leur « plébiscite de tous les jours » (Renan), ils font vivre les valeurs de liberté, d’égalité et de démocratie.

Le soutien à l’Ukraine contre la brutale campagne coloniale et génocidaire de la Russie est une évidence pour les démocrates et progressistes d’Europe qui s’opposent à l’impérialisme et aux guerres d’agression.

En effet, au-delà de l’Ukraine, Poutine s’en prend à l’Europe et à ses valeurs. Son discours démentiel du 30 septembre est un concentré de ses obsessions : l’homosexualité, les personnes transgenres… Sa diatribe contre le « satanisme », les appels à la « guerre sainte » de ses propagandistes illustrent l’idéologie messianique de ce régime. L’extrême droite ne s’y est d’ailleurs pas trompée : elle soutient en grande majorité le projet poutinien.

Il est crucial de rester solidaire jusqu’à la libération complète de l’Ukraine. Les annexions proclamées au mépris du droit des peuples ne doivent jamais être acceptées. L’UE et ses Etats membres doivent proposer à l’Ukraine l’adhésion pleine et entière, et se préparer à la reconstruction.

 

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3 Commentaires

  • Posté par Vlaminck Eric, jeudi 6 octobre 2022, 7:28

    Ce serait intéressant et beaucoup plus constructif que vous développiez votre propre argumentaire mais en êtes vous capable ?

  • Posté par Dedecker Nicolas, mercredi 5 octobre 2022, 16:18

    Simplifications et bourrage de crâne, aucune mise en perspective historique et/ou géopolitique, vision à sens unique… bref, billet immature et complètement nul.

  • Posté par collin liliane, jeudi 6 octobre 2022, 10:45

    Personne ne peut évidemment argumenter efficacement contre le cerveau tellement puissant et complet de Dedecker, qui sait tout sans même avoir jamais eu besoin de rien apprendre.

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