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Bien manger ou payer ses factures, on ne veut pas choisir: il est temps d’agir!

Se nourrir, comme se loger, se chauffer, s’éclairer, est devenu un luxe. 38 % des Bruxellois et Bruxelloises vivent sous le seuil de pauvreté pendant que les industries agroalimentaires engrangent des bénéfices records et indécents. Ce 17 octobre, une parade de la faim aura lieu dans la capitale.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Accéder à une alimentation de qualité est un droit humain fondamental. Pourtant, la situation ne fait qu’empirer depuis des années. De plus en plus de personnes ont faim, mangent un jour sur deux, n’ont pas assez dans leur frigo ! Beaucoup se retrouvent contraintes de recourir à l’aide alimentaire.

Face à ces constats, Cultureghem et nombre de ses partenaires organisent une parade de la faim le 17 octobre prochain à Anderlecht, dans le cadre des 10 ans de l’asbl Cultureghem et de l’appel du Front Rendre Visible l’Invisible à l’occasion de la journée internationale de lutte contre la pauvreté.

L’existence même de l’aide alimentaire au 21e siècle dans nos sociétés « d’abondance » est un scandale. Pourtant, la demande en colis alimentaire explose depuis le début de l’épidémie de covid. Elle a doublé par rapport à l’année dernière ! L’organisation de cette aide alimentaire est en opposition forte avec le droit à l’alimentation tel que décrit dans les textes des droits humains. Conditions d’accès difficiles voire indignes, aides temporaires et limitées, aliments de mauvaise qualité, files d’attente interminables, autant d’éléments qui montrent que l’aide alimentaire, bien que nécessaire, n’est qu’un dépannage alimentaire. De plus, elle s’appuie sur la surproduction de la Politique agricole commune : « nourrir les pauvres » sert d’argument pour légitimer un système industriel économiquement injuste, qui gaspille les ressources naturelles et rend tout le monde malade. À lire aussi Crise énergétique: les Restos du cœur s’attendent à une augmentation de la demande d’aide

A quand un système d’accès durable à une alimentation de qualité et digne, sans conditionnalité, sans mise à nu, sans déchets du monde industriel, sans invendus uniquement pour les plus pauvres ? Nous exigeons la suppression de l’aide alimentaire au profit de la mise en place d’un droit à l’alimentation pour toutes et tous !

Pas assez de circuits courts

Il est hors de question que les personnes en situation de pauvreté et les paysan.ne.s soient mis en concurrence. Par le biais de la Politique agricole commune, la Belgique (avec les autres États européens) subventionne l’agriculture industrielle, pousse à la concentration des terres et à l’exportation de produits alimentaires. En revanche, peu de subsides structurels substantiels sont donnés aux paysan.ne.s en petites surfaces, travaillant en vente directe ou en circuit court. Un système alimentaire durable et égalitaire doit pourtant être localisé, basé au maximum sur des circuits directs avec des prix rémunérant correctement les producteur.rice.s. Les acteurs aux deux extrémités de la chaîne alimentaire subissent les conséquences sociales négatives d’un système alimentaire du passé et dépassé. Ils gagnent à lutter et agir ensemble. À lire aussi Sécheresse, inflation... pourquoi nos fruits et légumes traversent un été tourmenté

Les conditions d’une vie digne

L’augmentation des revenus des plus pauvres grâce à la taxation des plus riches est une nécessité. Les aides sociales doivent être supérieures au seuil de pauvreté et les revenus minimums doivent permettre de mener une vie digne. Les « prix bas » ne sont pas une solution car ils ne prennent pas en compte tous les coûts de santé et environnementaux : c’est ensuite à l’État de boucher les trous, lorsque c’est encore possible… Il faut repenser notre protection sociale pour augmenter les revenus (sécurité sociale de l’alimentation, chèques alimentaires, hausse des minimas sociaux) et permettre à tous et toutes d’accéder à une alimentation de qualité. À lire aussi Les banques alimentaires tirent la sonnette d’alarme

Un problème politique

Le gaspillage alimentaire n’est pas un problème technique, mais politique ! Il faut réduire le gaspillage alimentaire qui est inhérent au système industriel et aux « économies d’échelle » qu’il permet. Les personnes en situation de pauvreté ne gaspillent pas, elles se débrouillent, réutilisent, récupèrent. Elles ne peuvent se nourrir dignement avec les restes des riches ou des industries. Elles doivent avoir un accès permanent, digne, à une alimentation saine, diversifiée, nutritive, durable. Un système alimentaire égalitaire ne devrait pas produire le gaspillage alimentaire massif qu’il génère aujourd’hui.

Des prix injustes et faussés

Les prix alimentaires actuels sont injustes et faussés. Il faut sortir du modèle agro-industriel et proposer des modèles agroécologiques, qui créeront des emplois dignes, approvisionnent les villes et les villages en produits frais et de saison, ce qui réduira drastiquement l’impact de l’agriculture sur le climat, l’environnement et nous maintiendra davantage en bonne santé. Pour reprendre la main sur notre alimentation, nous appelons à révolutionner le système alimentaire pour qu’il garantisse enfin nos droits et notre souveraineté alimentaire.

Nous ne voulons pas d’une nourriture pour les pauvres, et d’une autre pour les riches : nous voulons tous et toutes bien manger.

En 2024, ce sont les élections législatives. Les inégalités sociales se creusent. Nous demandons à tous les acteurs du système alimentaire, et notamment aux partis politiques de se positionner sur ces revendications. Ça ne peut plus durer.

*Organisations signataires : Cultureghem ; FIAN Belgique ; Fédération des services sociaux ; Kom à la maison ; Agroecology in Action ; Rencontre des Continents ; Nourrir Bruxelles ; Arsenic2 ; Adoc Compagnie ; POSECO ; ATD Quart Monde Belgique / ATD Vierde Wereld Belgïe ; Le MAP (Mouvement d’Action Paysanne) ; CAN (Ceinture Alimentaire Namuroise) ; La grange verte ASBL ; Groot Eiland ; Les Amis de la Terre – Belgique asbl ; Le RATaV (Réseau Aliment-Terre de l’arrondissement de Verviers) ; Autre Terre ; SOS Faim ; Quinoa ; Terre-en-vue ; VRAC Bruxelles ; Tuiniersforum des Jardiniers ; CCREALIM (Collectif des Ceintures et Réseaux Alimentaires de Wallonie) ; Greenpeace Belgique ; RCR² - Réseau de Collectifs en Recherche de Résilience ; Le Réseau des GASAP ; Cuisines de quartier asbl ; ASBL Comité de la Samaritaine ; Boerenforum ; La Ferme du Chant des Cailles ; Brigade d’Action Paysanne ; Oxfam Belgique ; Fabriek Paysanne ; La Ferme du Chaudron ; Réseau Santé Diabète.

 

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5 Commentaires

  • Posté par Esser Olivier, jeudi 13 octobre 2022, 8:55

    Vous ne voulez pas choisir. On va vous donner satisfaction. Vous n'aurez ni l'un ni l'autre.

  • Posté par collin liliane, mercredi 12 octobre 2022, 2:12

    Il suffit de voir dans quelles communes se concentre la pauvreté pour en comprendre les raisons.

  • Posté par BAES Philippe, mardi 11 octobre 2022, 22:24

    Nos ancêtres connaissaient l'agriculture biologique et les circuits courts... ainsi que les famines à répétition. Apparemment il y a encore des nostalgiques de cette époque.

  • Posté par Chalet Alain, mardi 11 octobre 2022, 13:16

    Agir? OUI ! En dégraissant notre état et tous ses parastataux très coûteux et inefficaces. Et en réduisant et ciblant beaucoup mieux les politiques sociales, qui sont devenues un assistanat très excessif, lequel décourage de travailler et ruine notre dynamisme économique et nos finances.

  • Posté par Moritz Montanez, mardi 11 octobre 2022, 9:40

    Allez les bobos nourris au saumon fumé (bio) et au Cava sont de sortie pour "exiger" ! Toujours les mêmes et leurs dogmes : "Un système alimentaire durable et égalitaire DOIT pourtant être localisé" (donc plus d'agrumes ni de bananes ?), "Les aides sociales DOIVENT être supérieures au seuil de pauvreté" (c'est de l'AIDE donc TEMPORAIRE)... Combien dans les files ont un smartphone hors de prix et un abonnement NetFlix ? Combien savent cuisiner ? Combien achètent des fraises en hiver et des asperges en automne ? Une amie qui donne des cours de cuisine est effarée de la paresse de ses élèves "qui ne savent pas". Avant d'exiger, commencez par éduquer les gens ! Le collectivisme et vouloir le bien des gens malgré eux conduit toujours aux plus grandes catastrophes (Venezuela, Cuba, Russie, Bélarus...)

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