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Italie: les effets attendus de la politique économique du nouveau gouvernement

La politique annoncée par la nouvelle Première ministre italienne Giorgia Meloni aura notamment des impacts non négligeables sur certaines catégories sociales.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Le 25 septembre 2022, la coalition de centre-droit guidée par les Fratelli d’Italia (FdI) (parti successeur du parti post-fasciste Movimento Sociale Italiano) remporte les élections législatives en Italie, avec une marge suffisamment large pour lui garantir la majorité dans les deux chambres du Parlement. Cette victoire s’inscrit dans une dialectique normale d’alternance démocratique, en présence d’un système électoral majoritaire, entre des partis qui opèrent pleinement dans le cadre des règles républicaines. Il n’y a ni risque de dérive autoritaire ni projet plausible de restriction des libertés suite à ces résultats.

Nous pouvons identifier quatre dimensions importantes par rapport aux impacts économiques et sociaux attendus de la mise en œuvre du programme politique du nouveau gouvernement, emmené par la leader de FdI, Giorgia Meloni, comme Première ministre.

Finances publiques

Le programme de FdI est le plus cher parmi ceux des partis qui se sont présentés aux élections, avec un coût total estimé entre 150 et 200 milliards d’euros. Les principaux postes de dépenses concernent l’enseignement public, les allocations familiales, les infrastructures et les investissements publics, contre une baisse générale des impôts sur le revenu et sur la consommation (la TVA). La soutenabilité de ce plan dépend de la croissance économique que la politique budgétaire expansionniste (et notamment les investissements en infrastructures) pourra créer. Seule une croissance économique soutenue pourra éviter une augmentation substantielle du ratio déficit/PIB et dette/PIB. Sans croissance, la mise en œuvre complète de ce programme entraînerait une augmentation du déficit public de plus de 4 points de pourcentage chaque année pendant 5 ans. À lire aussi De la droite radicale à la droite extrême: cinquante nuances d’extrême droite

Redistribution fiscale et inégalités

La proposition de réforme fiscale concernant une réduction de la fiscalité au bénéfice des revenus plus élevés atténuerait fortement la progressivité des impôts. Au Royaume-Uni, la récente proposition de réforme fiscale par la Première ministre conservatrice Liz Truss, aux effets redistributifs similaires, a rencontré une forte opposition au sein des Tories eux-mêmes. De plus, Giorgia Meloni propose de réduire l’éligibilité au revenu universel (reddito di cittadinanza) des catégories les plus exposées au risque de pauvreté. Enfin, l’augmentation prévisible du ratio dette/PIB risque d’accentuer ultérieurement les inégalités intergénérationnelles au détriment des jeunes et des futures générations.

L’intégration économique et sociale des immigrants

Au cours des deux premières années de la législature précédente, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Matteo Salvini, avait poursuivi une politique de réduction des mesures d’accueil et d’intégration des immigrés, notamment via la fermeture des centres d’accueil du système public de protection des demandeurs d’asile et des réfugiés (Sprar). Le nouveau gouvernement reprendra vraisemblablement ces politiques. De plus, FdI propose d’introduire une garantie obligatoire pour les immigrants qui veulent démarrer une activité commerciale. Cette mesure risque de devenir une barrière réglementaire à l’intégration économique des immigrants, une catégorie caractérisée par un fort esprit entrepreneurial. L’ensemble de ces politiques risque d’accroître la vulnérabilité économique et sociale des immigrés et leur exposition au crime organisé et à l’économie souterraine, augmentant la force du sentiment anti-immigration parmi les Italiens. À lire aussi Matteo Salvini, le sujet tabou de la politique italienne

Union européenne et guerre en Ukraine

Les deux partis d’extrême droite de la coalition ont abandonné les positions explicitement anti-européennes du passé. Néanmoins, l’agenda politique du nouveau gouvernement peut saper la solidité du projet européen. L’un des points les plus controversés concerne la priorité accordée à la souveraineté nationale sur les traités internationaux, qui caractérise la position du Parti conservateur européen (dont Giorgia Meloni est présidente). La FdI propose une révision de la Constitution en ce sens, mais sa mise en œuvre nécessiterait un vote favorable des deux tiers du Parlement, et donc l’implication de l’opposition. Par ailleurs, le risque pesant sur les finances publiques apparaît également important, ce qui pourrait générer de l’instabilité sur les marchés financiers et une certaine ambiguïté du nouveau gouvernement vis-à-vis de la guerre en Ukraine, ce qui risque d’isoler l’Italie dans l’UE et l’Otan. Dans la phase finale de la campagne électorale et les jours suivant les élections, Giorgia Meloni a fait preuve de prudence, en confirmant notamment que son gouvernement respecterait tous les engagements pris avec l’Union européenne (par exemple autour des réformes liées au plan national de relance et de résilience). Elle a affirmé clairement la position de son parti au sein de l’Otan, prenant ses distances avec les positions pro-russes de certains de ses alliés.

 

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3 Commentaires

  • Posté par D L, mercredi 19 octobre 2022, 10:08

    Évidemment ce futur gouvernement est exècre par les journalistes du Swaaar.

  • Posté par Barban Marco, mardi 18 octobre 2022, 13:54

    @ Le Soir : sous la photo de Giorgia Meloni, vous indiquez "La Première ministre italienne". Sauf erreur de ma part, elle ne l'est pas encore et n'a pas encore formé de gouvernement. Même en affaires courantes, Mario Draghi est à l'heure actuelle encore Premier ministre.

  • Posté par Bartet Guy, mardi 18 octobre 2022, 18:43

    Le site du gouvernement italien vous donne raison : Draghi est toujours président du Conseil, équivalent à premier ministre.

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