Accueil Citoyenneté

Passé colonial: la population belge connaît mal le passé colonial de la Belgique

Temps de lecture: 4 min

Les connaissances de la population belge « font cruellement défaut en ce qui concerne le passé colonial de la Belgique », avance lundi l’AfricaMuseum, qui a mené une recherche sur le sujet avec l’Université d’Anvers. Sur 12 questions de culture générale sur l’histoire de la colonisation belge, les Belges donnaient en moyenne quatre bonnes réponses seulement.

L’UAntwerpen et l’AfricaMuseum ont mené cette recherche à la suite des manifestations « Black Live Matters », initiées en 2020 après le décès aux États-Unis de l’Afro-américain George Floyd, mort lors de son interpellation par la police. Le but était de déterminer si cet électrochoc avait permis d’améliorer les connaissances des Belges sur leur passé colonial. « En résumé, oui, mais les chercheurs sont aussi arrivés à d’autres conclusions », souligne le Musée royal de l’Afrique centrale.

Avec quatre bonnes réponses en moyenne sur 12 questions, « le niveau moyen de connaissance du passé colonial de la Belgique est très faible ». L’échantillon représentatif de la population belge savait en général que c’était le roi Léopold II qui a pris possession du Congo en tant qu’État privé (70 % des bonnes réponses) mais ignorait que le Rwanda et le Burundi avaient aussi été sous domination coloniale belge. « De même, 80 % des personnes interrogées ne savaient pas que Lumumba avait été le premier Premier ministre du Congo indépendant », pointe le musée. Cependant, le sondage a été mené avant que la dent de M. Lumumba ne soit rendue par la Belgique à la République démocratique du Congo, qui a fait l’objet d’une attention médiatique importante.

À lire aussi Le rapport sur l’histoire coloniale suscite des échanges «combatifs» entre PS/Ecolo et MR

Racisme structurel

Un quart des personnes interrogées estiment avoir amélioré leurs connaissances en matière de décolonisation et de racisme depuis 2020, « même s’il s’agit bien sûr d’une évaluation subjective ».

Autre constat de l’étude : le soutien des Belges aux mesures de décolonisation (changement de noms de rue ou retrait de statues coloniales par exemple) s’est amenuisé en 2022, par rapport à 2020, explique, dans le communiqué, Zeger Verleye, assistant en sciences politiques à l’UAntwerpen. Les femmes et les personnes positionnées à gauche de l’échiquier politique soutiennent davantage ce genre de mesures.

L’équipe de recherche a aussi sondé l’échantillon sur le racisme structurel, lié à la colonisation. La majorité des répondants et répondantes (59 %) pensent qu’un plan national de lutte contre le racisme, coordonné par le gouvernement fédéral, devrait être mis en place. Si la même proportion considère les cours sur la discrimination et le racisme importants, 21,9 % estiment qu’ils ne sont pas nécessaires.

La recherche s’est également intéressée au discours politique belge sur la décolonisation. Il en ressort que trois stratégies sont utilisées par les députés « pour éviter plutôt qu’assumer leurs responsabilités ».

Ignorer le débat sur la décolonisation

La première consiste à éviter ou ignorer le débat sur la décolonisation. L’AfricaMuseum prend l’exemple des manifestations Black Lives Matter, où certains politiques ont accordé « plus d’attention au fait qu’elles ont violé les règles corona qu’aux demandes substantielles des manifestants eux-mêmes ». Renvoyer le problème à d’autres ou fragmenter le débat fait aussi partie de cette stratégie.

Séparer racisme et passé colonial

La deuxième technique identifiée par l’analyse qualitative des opinions et déclarations dominantes des députés est de reconnaître le racisme comme un problème structurel, mais de ne pas le relier au passé colonial.

La question des réparations

La troisième technique concerne les réparations, qui se font essentiellement par des « politiques symboliques telles que des excuses ou des expressions de regret ». Les politiques pointent aussi souvent du doigt la responsabilité du roi Philippe sur cette question, au vu du lien entre la colonisation belge et la famille royale. « Les formes matérielles de compensation (…) occupent une place moins importante dans le débat politique. » L’étude relève également que les « projets de restitution d’objets d’art sont généralement discutés plus rapidement, tandis que la question des réparations n’est pratiquement pas soulevée ».

Enfin, la recherche identifie « parmi les partis de droite et d’extrême droite des deux côtés de la frontière linguistique (…), une tendance à considérer le passé colonial et le racisme comme des problèmes qui ne concernent qu’un « groupe extérieur » auquel ils ne s’identifient pas ».

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

6 Commentaires

  • Posté par dams jean-marie, mardi 25 octobre 2022, 8:46

    On s'en fout cela fait partie de l'histoire ! Tout le monde peut acheter des livres et lire ce qui l'intéresse ! Il faut arrêter ces manipulations malsaines qui ne sont pas constructives ! L'histoire doit nous aider à évoluer pas pour nous condamner.

  • Posté par Moritz Montanez, mardi 25 octobre 2022, 3:59

    Toute cette démarche "éducative" m'a l'air politiquement très orientée ! Passer de l'ignorance du passé colonial (en quoi ignorer que Lumumba à été premier ministre serait 'mal" ?) au baptême des noms de rue ("cancel culture") et à Black Lives Matter, trois générations plus tard, il faut le faire ! Encore une fois, qu'ont fait le Congo, le Rwanda et le Burundi pour construire leur futur ? Rien à part (laisser) piller le pays, enrichir les élites par la corruption et se taper entre eux. Et les petits-enfants des "colonisateurs" seraient "responsables" de ça ? Et il faudrait "indemniser" ? Le sommet de ces bêtises serait l'enseignement obligatoire de la colonisation qui a tous les relents d'une démarche totalitaire. Les bras m'en tombent !

  • Posté par lambert viviane, mardi 25 octobre 2022, 0:53

    Il faut cesser de faire des généralisations : certains Flamands prennent le sujet très à cœur pour se poser en victimes du colonialisme des francophones ( sous-entendu comme comme ces pauvres Congolais.) C'est un peu vite oublier toutes les grandes familles industrielles flamandes qui se sont fait du blé avec la colonisation. C'est aussi vouloir amoindrir leur faute de collabo pendant les 2 guerres mondiales. BASTA !!!

  • Posté par Lecocq Jean-Louis, mardi 25 octobre 2022, 11:12

    Expliquez-nous le rapport entre la Flandre et le Congo. Prenez votre temps ca va être compliqué....

  • Posté par Chalet Alain, mardi 25 octobre 2022, 0:21

    Si les Belges connaissaient mieux le passé colonial de la Belgique, ils le critiqueraient beaucoup moins et auraient surtout des raisons d'en être fiers.

Plus de commentaires
Sur le même sujet

Aussi en Citoyenneté

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

Geeko Voir les articles de Geeko