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Guerre en Ukraine: Zelensky demande 38 milliards, Biden met en garde Moscou

Alors que la Russie accuse l’Ukraine de préparer une « bombe sale », accusation démentie par Kiev et l’Occident. Le président américain Joe Biden a prévenu que l’utilisation d’une arme nucléaire par Moscou serait une « erreur immensément grave ».

Temps de lecture: 5 min

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réclamé mardi à la communauté internationale un effort financier pour couvrir un déficit budgétaire de 38 milliards de dollars prévu l’an prochain en raison de l’invasion russe de l’Ukraine, où les combats font toujours rage à Bakhmout (est).

Pour sa part, Joe Biden a prévenu que «la Russie ferait une erreur immensément grave si elle utilisait une arme nucléaire tactique», au moment où Moscou avance que l’Ukraine prépare une «bombe sale», une affirmation démentie par Kiev et les pays occidentaux.

Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie a réitéré mardi ses accusations contre l’Ukraine.

«L’Ukraine a les capacités et l’Ukraine a les motifs de faire (une bombe sale), parce que le régime de (Volodymyr) Zelensky veut éviter la défaite et veut impliquer l’Otan dans une confrontation directe avec la Russie», a déclaré à l’issue de la réunion l’ambassadeur russe adjoint à l’ONU Dmitry Polyanskiy, pointant du doigt deux structures capables de fabriquer ces bombes «pas sophistiquées» en Ukraine.

A la demande de Kiev qui a sollicité l’envoi d’experts, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait confirmé lundi une visite «dans les prochains jours» des deux structures concernées.

«Je doute vraiment qu’il soit possible d’être certain à 100% qu’il n’y a pas d’activités de ce genre, même après cette visite», a commenté M. Polyanskiy.

«Plan Marshall pour le XXIe siècle»

S’exprimant depuis Kiev lors d’une conférence internationale consacrée à la reconstruction de l’Ukraine tenue à Berlin, le président Zelensky a exhorté les participants à «prendre une décision pour boucher le trou du déficit du budget ukrainien» de 2023.

«C’est une somme très importante de 38 milliards de dollars (...) ce sont les salaires des enseignants, des médecins, ce sont les prestations sociales, les retraites», a-t-il insisté.

A l’ouverture de la réunion, le chancelier allemand Olaf Scholz a appelé à «commencer maintenant» cette reconstruction, estimant qu’il s’agissait de «rien de moins que de créer un nouveau plan Marshall pour le XXIe siècle».

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a quant à elle jugé «stupéfiante» l’ampleur des destructions en Ukraine. «La Banque mondiale estime le coût des dégâts à 350 milliards d’euros (345 milliards de dollars). C’est assurément plus que ce qu’un pays ou une union peut fournir seul. Nous avons besoin de tout le monde sur le pont», a-t-elle dit.

Volodymyr Zelensky s’est par ailleurs entretenu avec le nouveau Premier ministre britannique Rishi Sunak au téléphone. «Je suis convaincu que le partenariat entre nos pays et le leadership britannique devenu traditionnel dans la défense de la démocratie et de la liberté continueront à se renforcer», a déclaré M. Zelensky dans une vidéo, disant avoir invité M. Sunak en Ukraine.

M. Sunak a pour sa part assuré au président Zelensky qu’il pouvait compter sur le «soutien inébranlable» du Royaume-Uni« et a espéré »qu’ils se rencontreront en personne bientôt«.

Israël confirme l’usage de drones iraniens

La conférence à Berlin a débuté au moment même où le président allemand Frank-Walter Steinmeier arrivait à Kiev, pour sa première visite en Ukraine, après l’annulation d’un déplacement prévu il y a une semaine pour des raisons de sécurité.

En effet, depuis le 10 octobre, la capitale ukrainienne a été, pour la première fois depuis des mois, bombardée par des missiles et des drones explosifs russes de fabrication iranienne qui y ont visé essentiellement des infrastructures énergétiques et fait une dizaine de morts.

Cette série de frappes massives a conduit l’opérateur national Ukrenergo à imposer des « restrictions de la consommation d’énergie dans toutes les régions » du pays, a-t-il indiqué.

Concernant les drones, l’Iran a démenti plusieurs fois en avoir livré à la Russie. Le président israélien Isaac Herzog a toutefois indiqué mardi avoir partagé avec les Etats-Unis des informations démontrant, selon le renseignement israélien, l’utilisation de drones iraniens par Moscou.

« Les armes iraniennes jouent un rôle clé dans la déstabilisation de notre monde et la communauté internationale se doit d’en tirer les leçons, maintenant et à l’avenir », a déclaré le président Herzog.

M. Zelensky avait affirmé lundi que la Russie avait commandé « environ 2.000 Shaheds iraniens », des drones explosifs.

Civils tués à Bakhmout

Sur le terrain après huit mois de conflit, les combats faisaient rage, particulièrement à Bakhmout, ville de la région de Donetsk dans l’est de l’Ukraine, que l’armée russe tente de conquérir depuis des mois.

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Au moins sept civils ont été tués et trois autres blessés lundi dans cette ville, a indiqué mardi le gouverneur régional Pavlo Kyrylenko sur Telegram. Dans un quartier résidentiel de Bakhmout, des journalistes de l’AFP ont vu des taches de sang au sol à la suite de ce que des habitants ont qualifié d’attaque mortelle la veille.

« J’ai trouvé un corps ici sans tête. Je suis sous le choc », a déclaré Sergii, 58 ans, qui n’a pas souhaité donner son nom, ajoutant: « C’était un homme. Il marchait juste dans la rue. » Les journalistes de l’AFP ont aussi vu dans la matinée d’épaisses fumées s’élever au-dessus de la ville.

« Il y a eu des avancées dans la nuit mais nous ne pouvons pas donner de détails pour le moment, la situation est compliquée », a déclaré à l’AFP un soldat ukrainien engagé dans la défense de la ville, sous couvert d’anonymat. Dans le sud de l’Ukraine, les autorités pro-russes de la ville de Melitopol, contrôlée par les forces de Moscou, ont annoncé qu’une voiture piégée avait explosé près des bureaux des médias locaux, blessant cinq personnes.

 

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25 Commentaires

  • Posté par STORDIAU Pierre, jeudi 27 octobre 2022, 13:06

    TOUS les pays cosignataire du fameux "Memorandum de Budapest de décembre 1994", par lequel ils garantissaient "l'intégrité territoriale de l'Ukraine en échange de son arsenal nucléaire" devraient GARANTIR la défense de l'Ukraine; financièrement ; matériellement; etc. >>> voyez ces pays en tapant Google "https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9morandum_de_Budapest

  • Posté par STORDIAU Pierre, jeudi 27 octobre 2022, 13:09

    >>> Ukraine; Russie; USA; U-K; l'Irlande; Biélorussie; Kazakhstan;

  • Posté par Moreau Michel, mercredi 26 octobre 2022, 14:54

    Une question intéressante serait de savoir pourquoi Biden insiste toujours aussi lourdement sur l'usage d'une "arme nucléaire tactique", alors qu'il sait que la Russie s'est dotée, dès le début de l'invasion, du contrôle absolu sur un potentiel de menace nucléaire beaucoup plus simple à mettre en œuvre (la centrale de Zaporizhzhia), beaucoup plus discret et bon marché à activer que l'emploi de vecteurs nucléaires (quelques pains de plastic bien placés suffisent), beaucoup plus modulable aussi (gradation de la terreur), ...et que VladP insiste précisément sur l'exploitation d'une telle capacité de "bombe sale" (jamais par la Russie, évidemment, toute la propagande de déni battant déjà son plein sur le mode "lâcheté et innocence persécutée" auquel il nous a habitués). Alors pourquoi cette focalisation de Biden sur les armes "tactiques" ? Langue de bois diplomatique à usage externe (les US ayant en interne averti que toute exploitation d'un potentiel nucléaire par la Russie serait assimilée à un usage militaire conventionnel) ? Ou au contraire confirmation que les US n'interviendront que dans le cas d'utilisation d'un système d'armes conventionnel traçable (feu vert pour les autres méthodes, en somme) ? Ou simple procrastination opportuniste avant la mi-mandat ?...

  • Posté par Moreau Michel, jeudi 27 octobre 2022, 18:41

    Merci pour votre commentaire M. Maesen. Veuillez toutefois noter que je ne songeais absolument pas à une tentative de déclencher un accident à la Tchernobyl : il serait tout à fait idiot de gâcher en une fois, et de manière aussi voyante, un tel potentiel de menace graduée (sauf au cas où la Russie était acculée, mais ce n'est pas pour demain...). Nous savons tous que jouer avec des matières fissiles est toujours d'une contrôle difficile, mais on peut déjà créer énormément d'angoisse et de désorganisation (civile, économique et militaire) en endommageant un silo de refroidissement ou en organisant des rejets limités de matière radioactive un jour de vents favorables... (Comme vous le savez, des ingénieurs russes réalisent en ce moment de discrets 'aménagements' dont les opérateurs ukrainiens, sous étroite surveillance, sont tenus strictement écartés...) Ceci dit, pour ce qui concerne mon 'discours', je n'espère qu'une chose, c'est qu'il ne soit jamais autre chose que quelques questions sur le traitement diplomatique et militaire d'éventuelles manœuvres de ce type, sans qu'elles ne reçoivent jamais le moindre début de réalisation !

  • Posté par Maesen Jean-Luc, mercredi 26 octobre 2022, 18:12

    Une question (très) intéressante sera de savoir comment va évoluer votre <discours>, M. Moreau. A voir et à suivre attentivement, car pour l'instant, rien n'est vraiment clair au niveau des "positions" défendues... En ce qui concerne la centrale de Zaporijia par contre, le "potentiel de menace nucléaire" n'est pas si "simple à mettre en oeuvre" que cela en fait, contrairement à ce que vous affirmez. En effet, malgré la "prise de contrôle" précoce de cette centrale par l'armée russe, ce sont bien des opérateurs ukrainiens qui ont continué (jusqu'à présent et depuis des mois) à en assurer le fonctionnement partiel (un à deux réacteurs sur les six existants restant "actifs" par intermittence ces derniers mois) et la sécurité du site. Ensuite (et plus récemment), on a assisté à une pantomime russe, avec la destruction à répétition des lignes électriques qui permettaient de transférer l'énergie produite vers l'Ukraine, et/ou dans l'autre sens d'alimenter les systèmes de refroidissement des réacteurs et des piscines de stockage des combustibles usés ou pas, en cas de problème "local" de production. Destructions mises "sur le dos" des ukrainiens, bien sûr, avec des accusations mutuelles de responsabilité de part et d'autre. Même la "liaison de backup" avec la centrale thermique toute proche (et en territoire "contrôlé" par la Russie), qui pouvait elle-aussi assurer la fourniture de l'énergie électrique nécessaire à la sécurisation du site, a été mise "hors-service" (et "réparée") à plusieurs reprises. De plus, l'arrivée de membres/experts de l'AIEA sur place a aussi brouillé les cartes, et surtout mis des bâtons dans les roues aux actions potentielles de la "soldatesque" russe sur place. Alors, désolé mais la "facilité" de mise en oeuvre d'une utilisation de cette centrale nucléaire comme "bombe sale" est tout sauf évidente, surtout avec tous les réacteurs à l'arrêt "à froid" depuis des jours (si pas des semaines) maintenant. Tout reste possible évidemment (surtout avec les russes et leurs manipulations délétères habituelles), mais "quelques pains de plastic bien placés" seront loin d'être suffisants pour provoquer une catastrophe de type "Tchernobyl".

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