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Carte blanche : «l’hypocrisie du bashing écologique contre le Qatar»

L’appel au boycott de la Coupe du monde au Qatar sous prétexte d’une « aberration écologique » relève d’une hypocrisie de la part de certains en Occident, selon cette carte blanche. Le paternalisme écologique est la pire des manières de sauver notre planète.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Depuis quelques mois, les « boycotteurs » anti-Qatar nous assènent avec émoi les chiffres d’un million et demi de visiteurs (sur une période d’un mois), de 150 avions par jour, la construction de stades climatisés, des 3,6 millions tonnes de CO2, etc. Face à cette vague d’indignation, plusieurs politiques, y compris la maire de Paris Anne Hidalgo, ont décidé de surfer sur la vague et de boycotter en refusant de retransmettre la Coupe du monde au Qatar dans leurs villes. À lire ces chiffres et l’émoi autour de ce débat, on a presque l’impression que la planète devrait prendre 2 degrés de plus d’ici décembre prochain rien que par la faute au Qatar.

Sans vouloir nier l’urgence climatique ou jouer le jeu des climato-sceptiques, il serait, cependant, utile d’avoir un semblant de cohérence et surtout d’humilité lorsque l’on prétend vouloir donner des leçons au reste du monde sur la question.

Et si Paris donnait l’exemple ?

En effet, plutôt que de morigéner le Qatar pour le million et demi de touristes qui visiteront le pays lors d’un événement sportif exceptionnel qui, en principe, ne se reproduira, sans doute, plus jamais dans l’histoire du Qatar, pourquoi la mairie de Paris ne déciderait-elle pas, si elle souhaite vraiment sauver la planète, d’arrêter de promouvoir l’afflux croissant de touriste vers Paris ? Près de 89 millions de touristes visitent chaque année la France, ce qui correspond à 120 millions de tonnes de CO2 accumulées chaque année. Paris devrait accueillir 10 millions de personnes pour les JO de 2024. Dès lors, pourquoi ne pas commencer par donner l’exemple ?

Un Etat tardivement décolonisé

L’autre indignation conformiste en ce moment, c’est celle qui consiste à se plaindre de la construction nouvelle par le Qatar de toutes les infrastructures nécessaires pour accueillir la Coupe du monde (stades, routes, métro, aéroport, etc.) On entend beaucoup de gens nous expliquer que « le ciment, c’est ce qu’il y a de pire pour l’environnement ». Sans vouloir nier cette évidence, il serait utile de s’interroger sur les conclusions que l’on tire dans le cas du Qatar ou de tout autre État désireux de développer ses infrastructures, y compris pour accueillir ces fameux événements internationaux dont l’Occident avait jusqu’ici le monopole. Après, avoir construit toutes nos infrastructures pendant des centaines d’années, y compris les monuments les plus démesurés pour nos événements internationaux (je vous laisse deviner lesquels) et émis 80 % du CO2 accumulé dans l’atmosphère, nous nous permettons de critiquer « l’empreinte écologique » d’un État récemment décolonisé qui prétend vouloir aujourd’hui faire pareil et construire ses propres infrastructures. Tout le monde semble d’ailleurs omettre que tout comme la plupart des pays (riches en hydrocarbure) de la région, le Qatar n’a obtenu son indépendance que très tardivement, en 1971. Les Britanniques qui s’insurgent aujourd’hui contre la condition inacceptable des travailleurs migrants étaient semble-t-il, à l’époque, plus occupé à revendre le pétrole des pays de la région qu’à s’inquiéter de laisser derrière eux un cadre légal performant en droit du travail…

Une Coupe moins énergivore en 2026 ?

Enfin, lorsque l’on parle de l’empreinte écologique du Qatar, les détracteurs aiment bien nous rappeler que c’est la plus importante par tête d’habitant. Tout d’abord, ce chiffre ne veut rien dire puisque ce qui importe, c’est la quantité de CO2 généré plutôt que le dénominateur, à savoir la population. Le Qatar produit plus ou moins 90 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de ce que produit la Belgique (mais, toujours moins que les millions de touristes à Paris). La prochaine Coupe du monde va être organisée aux USA (pays qui aurait dû être l’alternative au choix du Qatar), au Canada et Mexique. Ces trois pays produisent respectivement 5 milliards, 700 millions et 500 millions de tonnes de CO2 par an. L’espace entre chaque stade ne sera plus de quelques kilomètres, mais bien de 4.000 kilomètres. De même, lorsque l’on souhaite donner des leçons d’écologie à d’anciennes colonies, il faudrait avoir l’humilité de se souvenir que 80 % du CO2 accumulé dans l’atmosphère est le fruit de notre développement économique. Tout comme, il faudrait retrouver un peu de modestie lorsque l’on parle de « climatisation » alors que tous nos politiques se bousculent au Qatar pour solliciter un peu de gaz pour chauffer nos chaumières cet hiver. Il serait peut-être temps d’intégrer le principe que lorsqu’il fait trop chaud dans cette partie du monde, ils climatisent, tout comme lorsqu’il fait trop froid chez nous en hiver, on chauffe (y compris certaines de nos infrastructures sportives).

Le (mauvais) exemple européen

Les détracteurs omettent aussi d’expliquer que l’essentiel de l’empreinte carbone du Qatar vient précisément de la production du LNG (gaz naturel liquéfié) dont l’Europe est l’une des principales importatrices, surtout depuis la guerre en Ukraine, et que le gaz Qatari reste beaucoup plus propre que le gaz de schiste américain. De même, on entend beaucoup de critiques accuser le Qatar de « greenwashing » sous prétexte qu’il souhaite compenser l’empreinte carbone de la Coupe du monde en achetant des crédits carbones sur le marché volontaire. Or, ce système a été inventé par les États européens afin de permettre à nos industries les plus polluantes de pouvoir compenser leurs émissions CO2 incompressibles. Pour quelle raison le Qatar ne pourrait-il pas faire pareil ?

Certes, l’urgence climatique est un débat qui ne peut être éludé dans le cadre d’événement comme celui de la Coupe du monde. Cependant, ce débat n’est-il pas justement suffisamment important pour ne pas le pourrir par des qualificatifs paternalistes tels que « aberration écologique » ou encore par des postures excessives, comme l’appel au boycott ?

 

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12 Commentaires

  • Posté par Debrabander Jean, dimanche 30 octobre 2022, 4:57

    Comme quoi on peut être entrepreneur belge au Qatar et pas spécialement intelligent. Et quand on parle de millions de touriste ... on ajoute un S

  • Posté par D Marc, samedi 29 octobre 2022, 8:56

    On peut comprendre que cet entrepreneur belge, en activité au Qatar défende son beefsteak. Mais pourquoi Le Soir publie-t-il une telle accumulation de simplismes sans remise en forme. Les autres ont pollué pendant des siècles pourquoi ne peut-on pas les rattraper en quelques mois?

  • Posté par D Marc, samedi 29 octobre 2022, 8:56

    On peut comprendre que cet entrepreneur belge, en activité au Qatar défende son beefsteak. Mais pourquoi Le Soir publie-t-il une telle accumulation de simplismes sans remise en forme. Les autres ont pollué pendant des siècles pourquoi ne peut-on pas les rattraper en quelques mois?

  • Posté par D L, samedi 29 octobre 2022, 8:54

    Le bashing de la coupe du monde au Qatar, c'est le bal des hypocrites menés par l'aboiement des chiens verts.

  • Posté par D L, samedi 29 octobre 2022, 8:53

    Le bashing de la coupe du monde au Qatar, c'est le bal des hypocrites menés par l'aboiement des chiens verts.

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