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L’Union européenne n’est pas adaptée à la «Nouvelle ère des Empires» qui se dessine. Il est temps d’agir!

Une lutte existentielle s’amorce entre autocratie et démocratie, et l’Union européenne doit se préparer pour cette nouvelle ère et les confrontations qui en découleront. Quitte à créer une coalition d’Etats volontaires pour y parvenir !

Carte blanche - Temps de lecture: 6 min

Cela fait désormais huit mois que la guerre a commencé et qu’une nouvelle période de l’histoire de l’humanité a vu le jour, en direct, sur nos écrans de télévision. Après la Guerre froide, qui a débuté à Yalta, et la victoire de la démocratie libérale, qui a culminé avec la chute du Mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique, une nouvelle ère s’est amorcée : « un nouvel âge des Empires ».

Ce nouvel ordre mondial ne sera pas fondé sur la souveraineté individuelle de 199 pays, mais sur une concurrence brutale entre de grands blocs continentaux – tant sur le plan militaire que politique, économique ou encore technologique. Une concurrence non seulement sur terre, mais aussi dans l’espace, non seulement physiquement, mais aussi virtuellement, par le biais du metaverse et d’internet. En obtenant un troisième mandat, Xi a fait passer la Chine d’une autocratie à une dictature, que l’Inde et la Russie regardent jalousement. De surcroît, un retour de Trump n’est que trop facilement envisageable. Au bout du compte, nous n’échapperons pas à une lutte existentielle entre autocratie et démocratie.

Une réaction trop lente

La pénible vérité réside dans le fait que l’Union européenne n’est pas prête pour cette nouvelle ère et les confrontations en découlant. Alors que nos démocraties pourraient se donner la main, mettre en œuvre des réformes et prendre conjointement des mesures décisives, nous constatons beaucoup d’hésitations. Comparée à la réaction immédiate et massive des Américains, la réponse de l’Union européenne à l’invasion brutale de l’Ukraine a été lente et faible : hormis les efforts de quelques États membres d’Europe centrale et baltes, les livraisons d’armes à l’Ukraine restent modestes. En ce qui concerne les sanctions, les différents paquets arrivent aussi vite qu’ils sont minimes… Contrairement aux États-Unis, l’Europe n’a toujours pas d’embargo en place sur le pétrole russe. S’agissant de la liste de Navalny, comprenant 6.000 noms de citoyens constituant l’épine dorsale de la machine de guerre de Poutine, seules 1.262 personnes ont été touchées par nos sanctions. A titre d’exemple, une personne comme Elvira Nabiullina, pilier essentiel du régime en sa qualité de directrice de la Banque centrale russe, est sanctionnée aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs, mais pas en Europe. À lire aussi Ne pas répéter avec Pékin l’erreur faite avec les hydrocarbures du Kremlin

Un système institutionnel obsolète

Cette réticente réponse européenne est due au système institutionnel obsolète de l’Union, toujours basé sur l’unanimité. Le veto de n’importe lequel des 27 États membres – qu’il soit grand ou petit – suffit à bloquer toute décision. De surcroît, les tensions, comme nous le constatons aujourd’hui entre les gouvernements français et allemand, ajoutent à l’incapacité d’agir. Cela nous rappelle la crise financière. Là aussi, l’Union s’était contentée de trop peu, trop tard, comme s’il s’agissait du mieux que l’on puisse faire. Nous sommes loin de l’action décisive menée pendant la période de covid, lorsque nous avons franchi les obstacles dans la lutte contre la pandémie et que nous avons placé la barre plus haut, avec le fonds NextGenerationEU financé par des obligations européennes et de nouvelles ressources propres.

A quand l’Union de l’énergie ?

Aujourd’hui, rien de tout cela, même si des réformes en profondeur dans deux domaines cruciaux se distinguent. D’abord dans l’énergie. Au lieu de créer instantanément une Union de l’énergie à part entière, donnant ainsi vie à une promesse déjà faite en 2006 à Hampton Court, nous ne prenons que des mesures réactives. De vagues « feuilles de route », des « corridors de prix dynamiques » ou des « achats communs volontaires » ne feront pas l’affaire. Même avec la récente baisse des prix du gaz, nous continuons de payer notre gaz trois fois plus cher que les Américains. Pour remédier à cette situation, nous avons besoin d’une véritable Union de l’énergie. Et cela signifie, en premier lieu, la mise en place d’une plateforme d’achats communs utilisant le poids combiné de l’UE afin de faire bouger les marchés (et non pour 15 % des achats). Deuxièmement, par la mise en place d’un fonds de sécurité pour investir dans les énergies renouvelables et les réseaux communs. Enfin, avec un plan d’assistance énergétique pour soutenir les ménages et les entreprises, au lieu de 27 plans nationaux qui fragmentent le marché unique. Comme nous l’avons fait avec le covid, des obligations européennes doivent être émises à cette fin. À lire aussi Crise énergétique: un accord européen mais pas encore de solution

Une défense mal organisée et fort coûteuse

Second domaine : la défense. L’utilisation de la Facilité européenne pour la paix (FPE) pour fournir des armes à l’Ukraine et permettre la formation commune des soldats ukrainiens est certes une mesure utile, mais elle ne suffist pas pour le changement radical dont nous avons désespérément besoin. Aujourd’hui, les États membres de l’UE, réunis, dépensent quatre fois le budget militaire de la Russie. Ensemble, nous dépensons à peu près le même montant que la Chine. Or, nous obtenons beaucoup, beaucoup moins de puissance de défense en retour. L’appel à une augmentation des budgets actuels est totalement inutile si nous ne mettons pas fin aux doublons, d’abord par la création d’une véritable Communauté européenne de défense (CED) et ce en tant que pilier européen de l’Otan. Une telle communauté comprendra l’établissement de forces armées conjointes au niveau de l’UE, ainsi que l’acquisition commune et obligatoire d’armes, une nécessité absolue pour réduire l’inflation des systèmes d’armement actuellement en place. Une Communauté européenne de défense est simplement une condition préalable à la survie dans la nouvelle et menaçante ère qui a vu le jour le 24 février dernier. À lire aussi L’Union européenne prévoit une aide de 1,5 milliard d’euros par mois pour l’Ukraine

Cesser de saper notre crédibilité

Une Europe géopolitique n’est possible que si nous sommes prêts à redéfinir notre politique et à réformer nos institutions. En renonçant aux droits de veto et en partageant la souveraineté dans les domaines où nous en avons le plus besoin. En éliminant les pouvoirs autocratiques au sein de l’UE afin qu’ils cessent de saper nos actions et notre crédibilité. En établissant un budget européen durable basé sur des obligations européennes et de véritables ressources propres, ce qui contraste fortement avec le financement actuel basé sur les contributions des États membres, qui ne fait qu’engendrer des frictions et des politiques fragmentées. À lire aussi Union européenne: les Vingt-Sept divisés sur les moyens d’amortir le choc économique

Il est temps d’agir. La Commission doit définir et présenter une vision globale et ambitieuse pour l’avenir et, dans le même temps, proposer un certain nombre de réformes pour y parvenir, comme l’avait fait Jacques Delors en s’attaquant à la crise par le lancement du marché unique et la préparation d’une monnaie européenne unique. De même, les gouvernements nationaux doivent sortir de leur zone de confort pour façonner l’Europe ensemble, y compris sur la perspective de changer de traité. Et si tout cela n’est pas possible à 27, alors, allons de l’avant avec une coalition de volontaires. Avec l’autoritarisme en marche, nous ne pouvons plus nous permettre d’être freinés. À lire aussi Crise énergétique: un accord européen mais pas encore de solution

 

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2 Commentaires

  • Posté par Vleeshouwer Stephane, vendredi 28 octobre 2022, 9:42

    Le vieux mythe de l’Europe fédérale… Petit problème, les peuples n’en veulent pas. Voir les référendums sur la constitution européenne. Quant à prendre la réussite de l’Euro comme exemple, cela me paraît peu crédible.

  • Posté par lambert viviane, jeudi 27 octobre 2022, 14:46

    L'Europe de la défense ? Action trop faible pour l'Ukraine? Europe vrai pilier de l'OTAN? Le traité de Maastricht est largement suffisant : il est inutile de le modifier. Par contre, il serait très utile que M. Verhofstadt écrive ses mémoires et s'occupe de ses terres en Toscane.

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