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Les Etats-Unis hâtent le déploiement de leur nouvelle bombe nucléaire en Europe

Le déploiement en Europe de la nouvelle version américaine de la bombe nucléaire tactique a été accéléré. Initialement prévue pour le printemps prochain, elle est avancée à décembre.

Temps de lecture: 4 min

Les États-Unis ont accéléré le déploiement en Europe de la nouvelle version de leur bombe nucléaire tactique, plus précise, sur des bases aériennes de l’Otan en Europe, a rapporté jeudi le site Politico, citant un câble diplomatique américain et deux personnes proches du dossier.

L’arrivée de la bombe à gravité améliorée B61-12, initialement prévue pour le printemps prochain, est désormais prévue pour décembre, ont indiqué des responsables américains à leurs alliés de l’Otan lors d’une réunion à huis clos à Bruxelles à la mi-octobre, révèle le câble cité par le média en ligne.

Cette décision, qui consiste à remplacer les anciennes B61 par la version la plus récente dans diverses installations de stockage en Europe pour une utilisation potentielle par des avions de combat américains et alliés, intervient dans un contexte de fortes tensions avec la Russie, dont le président, Vladimir Poutine, menace régulièrement de recourir à l’arme nucléaire en cas d’« agression ».

À lire aussi Guerre en Ukraine: l’arsenal nucléaire russe, héritage de la guerre froide L’annonce américaine lors de la réunion de Bruxelles est intervenue quelques jours avant que l’Otan n’entame son exercice nucléaire annuel, baptisé Steadfast Noon. L’exercice se tient du 17 au 30 octobre et rassemble quelque 60 avions de 14 nationalités, dont une partie opère depuis la base aérienne belge de Kleine-Brogel (Limbourg).

Un entraînement a une « contre-attaque »

La Russie a pour sa part organisé mercredi un exercice nucléaire que son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, a décrit comme un entraînement à une contre-attaque massive contre l’ennemi.

« Ce serait étrange de se précipiter » dans le contexte actuel, a déclaré un expert de la Fédération des scientifiques américains (FAS) spécialisé dans l’armement nucléaire, Hans Kristensen, qui a suivi de près le programme de modernisation des B61.

Selon Politico, deux personnes familières avec le projet de déploiement des B61-12 en Europe ont confirmé, sous le couvert de l’anonymat, l’accélération mentionnée dans le câble diplomatique confidentiel.

Ce document, rédigé pour être distribué au sein du Pentagone et du Département d’État afin de donner aux décideurs un aperçu de ce qui a été discuté entre les ministres de la Défense lors de la réunion de l’Otan, indique clairement que les alliés sont nerveux.

Le câble indique qu’au cours des réunions, quinze des alliés de l’Otan – la France ne participe pas aux travaux du Groupe des Plans nucléaires (GPN) – ont exprimé leur inquiétude quant au fait que l’Alliance « ne doit pas céder au chantage nucléaire de Poutine ».

Un porte-parole du Pentagone, le général de brigade Patrick Ryder, a indiqué par courriel à Politico que « la modernisation des armes nucléaires B61 est en cours depuis des années et prévoit de remplacer en toute sécurité et de manière responsable les anciennes armes par la B61-12 améliorée ».

« Elle est programmée de longue date. Elle n’est en aucun cas liée à l’actualité ukrainienne et n’a été accélérée d’aucune manière », a-t-il ajouté.

Modernisation des composants

Lancé en février 2012, ce programme doit permettre de moderniser les composants nucléaires et non-nucléaires pour prolonger la vie de l’actuelle bombe en améliorant sa « sécurité » et sa « fiabilité ». D’un poids d’environ 400 kilos pour une longueur de quatre mètres, la bombe B61-12 doit remplacer les actuelles B61-3, -4, -7, et -10, dont certaines sont en service depuis la fin des années 1970. La puissance de chaque bombe peut-être réglée pour varier de 0,3 à 50 kilotonnes, soit l’équivalent de 50.000 tonnes de TNT, selon la FAS.

Le coût du programme est estimé à une dizaine de milliards de dollars. La production du premier engin a été terminée à la fin de l’an dernier, « après plus de neuf ans de conception, de développement, de qualification et de production de composants », selon le département américain de l’Énergie (DoE). La production à grande échelle doit se terminer au cours de l’année fiscale 2026 – qui débutera le 1er octobre 2025.

Les experts estiment que les États-Unis stationnent de 150 à 180 bombes B-61 d’anciennes versions sur six bases aériennes de cinq pays européens : l’Allemagne, la Belgique (à Kleine-Brogel), l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie pour un usage, selon un principe de « double clé » (américaine et nationale) par des avions « à double capacité » (conventionnelle et nucléaire) comme les F-16A et les Tornado – à l’exception de celles présentes la base turque d’Incirlik, réservées au seul usage américain.

La plupart de ces avions seront remplacés dans les prochaines années par des F-35, des chasseurs furtifs de cinquième génération.

La base aérienne de Kleine-Brogel est présumée accueillir entre une dizaine et une vingtaine de ces bombes pouvant être mises en œuvre par les F-16 du 10e wing tactique et un détachement américain, le 701st Munitions Support Squadron (701 MUNSS).

 

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6 Commentaires

  • Posté par De Kegel André, jeudi 27 octobre 2022, 20:18

    Les USA sont le seul état à avoir utiliser l'arme nucléaire...Ils avaient peut être raison mais c'est un fait indéniable. "Rendons à César ce qui est à César"

  • Posté par Smyers Jean-pierre, vendredi 28 octobre 2022, 13:35

    Clairement l'omniscience de M. De Kegel (chapeau) ne va pas jusqu'à l'accord du participe.

  • Posté par Maesen Jean-Luc, jeudi 27 octobre 2022, 21:38

    Et rendons à Poutine ce qui n'a jamais été à Poutine, n'est-ce pas M. <De Kegel> ? Pour ce qui est de l'utilisation d'armes nucléaire à deux reprises par les USA dans leur lutte contre le Japon fanatisé de l'époque, je vous renvoie à mon intervention précédente. Vous l'avez visiblement lue...

  • Posté par Maesen Jean-Luc, jeudi 27 octobre 2022, 21:48

    Si nous ne "passons pas l'hiver", M. <Le troll 'Leclercq'>, ce sera plus que probablement grâce aux actions délétères de votre <maître à penser>, le tsar/président/dictateur Poutine. "Grâce" à lui, et à personne d'autre. Et pour ce qui est de la "pénurie" de gaz russe, <nous> allons "nous en passer" bien volontiers... "Grâce" à divers fournisseurs alternatifs, dont les Etats-Unis (parmi d'autres), et en effectuant (et en accélérant) un changement de paradigme bienvenu.

  • Posté par L Maguy, jeudi 27 octobre 2022, 17:17

    Bien vu

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