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Changement d’heure: quel impact sur l’énergie?

Le changement d’heure, réintroduit de façon pérenne en 1975, avait pour but de limiter la consommation en plein choc pétrolier. Quel est l’impact actuel de ce phénomène ?

Temps de lecture: 4 min

La Belgique est passée à l’heure d’hiver dans la nuit de samedi à dimanche. Ce changement permet une heure de sommeil supplémentaire et verra le soleil se coucher plus tôt ce dimanche soir.

Ce changement, instauré pour la première fois en 1916 avant d’être abandonné en 1944, a été réintroduit par un décret en septembre 1975. Il se voulait provisoire et avait pour but de limiter la consommation d’énergie en plein choc pétrolier. Ce changement pourrait désormais coûter plus cher aux ménages, puisque l’heure d’hiver impliquerait plus d’électricité aux heures de pointes.

Avec le retour de la question des ressources énergétiques de manière brûlante en raison de la guerre en Ukraine et la multiplication des appels à la sobriété énergétique, le passage à l’heure d’hiver pourrait apparaître salutaire. Mais l’est-il vraiment ?

Effet minime

Dans les faits, le changement d’heure ne produit qu’un effet minime sur la consommation d’énergie.

Ainsi, en 2009, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), le passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été avait induit des gains en matière d’éclairage de l’ordre de 440 GWh, soit 0,07 % de la consommation d’électricité totale. L’éclairage faisant appel à des moyens de production électrique en partie carbonés, ces économies représentaient un gain de l’ordre de 50.000 tonnes de CO2.

Mais depuis, cet effet a eu tendance à s’amoindrir du fait de la performance accrue des systèmes d’éclairage (ampoules basse consommation et LED). En 2018, cette baisse n’était plus que de 351 GWh. A l’horizon 2030, les économies d’énergie en matière d’éclairage sont estimées à 258 GWh par l’Ademe.

Sachant qu’en plus la majorité de la consommation d’énergie des ménages provient du chauffage et non de l’éclairage, les preuves d’économies d’énergie restent donc encore à démontrer.

Pire, une récente étude britannique affirme que supprimer le changement d’heure en octobre permettrait d’économiser 400 livres sterling (460 euros) par foyer et par an, car il ferait jour plus longtemps le soir, ce qui réduirait la demande aux heures de pointe.

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Le passage à l’heure d’hiver est également critiqué pour ses effets sur les rythmes biologiques, notamment par des médecins ou des parents d’enfants en âge scolaire qui font état de conséquences sur le sommeil, l’humeur ou les troubles de l’attention.

Patchwork horaire

Au niveau européen, où le régime du changement d’heure a été progressivement généralisé dans les années 1980 avant d’être harmonisé en 2002, la Commission européenne avait proposé en 2018 de le supprimer… en 2019. Mais le Parlement européen a voté en mars 2019 un report à 2021 et devait s’accorder avec le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement sur les modalités.

Depuis, entre Brexit et pandémie mondiale de Covid, la question est restée en suspens. L’une des difficultés est d’inciter les pays à harmoniser leur heure légale (été ou hiver) afin d’éviter d’aboutir à un patchwork de fuseaux horaires.

Un risque pour les piétons et cyclistes

Le nombre de piétons grièvement blessés et tués dans un accident de la route connaît une hausse de 76 % durant l’heure de pointe du soir, peu après le passage à l’heure d’hiver, ressort-il lundi d’une nouvelle étude réalisée par l’Institut Vias.

Si nous gagnons une heure de sommeil lors du changement d’heure, nous perdons par contre dès dimanche prochain une heure de clarté en soirée, ce qui se traduit par un risque accru pour les piétons mais également les cyclistes, signale Vias.

D’après l’institut, durant la période d’octobre à novembre, le nombre d’accidents corporels impliquant des piétons augmente de 35 % pendant l’heure de pointe du soir. Le nombre de blessés graves et de tués parmi les piétons croît même de 76 % (+108 % à Bruxelles). Non seulement il y a plus d’accidents mais ils sont aussi 31 % plus graves, déplore Vias.

Les adeptes de la petite reine ne sont pas épargnés. L’institut Vias recense quatre fois plus d’accidents impliquant un cycliste à l’aube et au crépuscule en octobre qu’en juin par exemple, « alors qu’il y a probablement beaucoup plus de cyclistes sur les routes au printemps qu’en automne », relève-t-il.

« Il est probable que les vitesses d’impact au moment des accidents soient plus élevées après le changement d’heure en raison des conditions de visibilité moindres. Certains conducteurs ne voient pas le piéton et freinent beaucoup trop tard ou ne freinent pas du tout. Le fait que des trajets effectués en temps normal à la lumière du jour lors de l’heure de pointe du soir doivent être parcourus dans l’obscurité totale après le changement d’heure joue indéniablement un rôle », fait remarquer Vias, qui appelle dès lors tant les piétons que les automobilistes à redoubler de vigilance en cette période où l’obscurité est plus importante.

 

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