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Lutte contre l’antisémitisme: donner la parole à la Belgique

L’antisémitisme a été amplifié par la pandémie et par l’invasion russe en Ukraine. La Belgique a certes entrepris des efforts pour lutter contre ce fléau, mais elle peut aller encore plus loin en nommant un représentant spécial en charge de la lutte contre l’antisémitisme.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Il ne peut y avoir de doute : l’antisémitisme est en hausse de par le monde. Au cours de la dernière décennie, nous avons tous vu des exemples inquiétants et répétés de cette tendance. Et en dépit de son fort soutien gouvernemental à la lutte contre l’antisémitisme, une législation sévère contre les crimes et les discours de haine, et un plan d’action national contre le racisme, même la Belgique n’est pas à l’abri. Des chants antisémites lors de matchs de football, un langage antisémite subtil dans le discours public, des croix gammées peintes sur des synagogues et autres lieux sacrés, et d’autres formes d’antisémitisme se produisent toujours. En septembre dernier, des musiciens ayant des liens clairs avec les néonazis devaient se produire au Festival Frontnacht à Ypres avant que, heureusement, les autorités n’annulent l’événement à la dernière minute. Il serait facile de rejeter ces exemples comme de malheureux cas isolés, mais les preuves s’accumulent que l’activité et le sentiment antisémites ne font que croître. À lire aussi La guerre en Ukraine «a alimenté l’antisémitisme», dénonce l’Agence européenne des droits fondamentaux

« Un canari dans une mine de charbon »

C’est pourquoi la récente visite de l’Envoyée Spéciale des États-Unis pour la lutte contre l’antisémitisme, l’ambassadrice Deborah Lipstadt, était opportune et nécessaire. Alors qu’elle et moi visitions le Mémorial, le Musée et le Centre de Recherche de la Kazerne Dossin à Malines, l’endroit où les nazis ont forcé les Juifs et les Roms à monter dans des trains à destination des camps de concentration, nous nous sommes rappelé – assez viscéralement – les conséquences d’une haine incontrôlée se propageant à tous les niveaux de la société et du gouvernement : le meurtre de millions de Juifs et d’autres groupes que les nazis jugeaient sans valeur pour la société. Alors que nous parcourions ces couloirs, je me suis souvenu de ce que l’ambassadrice Lipstadt avait dit un jour : « L’antisémitisme est comme le canari dans une mine de charbon – nous devons tenir compte de son cri d’alerte ». Le moment est venu de repousser la marée montante de l’antisémitisme.

Lors de sa visite, j’ai pu constater l’impact que peut avoir une représentante nationale pour cibler cette problématique spécifique et pernicieuse. L’ambassadrice Lipstadt a rencontré des leaders d’opinion belges, différentes communautés, et des responsables gouvernementaux sur la manière dont les États-Unis et la Belgique peuvent travailler ensemble pour continuer à lutter contre ce fléau de longue date. Elle a également représenté les États-Unis à la réunion des envoyés spéciaux et des coordinateurs de la Commission européenne pour la lutte contre l’antisémitisme et à la conférence de l’UE sur la liberté de religion en ce qui concerne l’abattage rituel avec ses homologues du Royaume-Uni, des Pays-Bas, d’Allemagne et de France, entre autres.

Les nations doivent rester unies

Les principaux enseignements de ces discussions sont clairs et exploitables. Les nations du monde entier doivent rester unies face à la montée de l’antisémitisme et pour défendre la liberté religieuse. Lorsque nous nous unissons en tant qu’alliés dans cette bataille, nous réagissons face à des manifestations choquantes et très médiatisées d’antisémitisme comme le festival Frontnacht ici ou le rassemblement Unite the Right à Charlottesville, en Virginie, il y a quelques années. Nous affichons également notre soutien aux droits de l’homme et faisons preuve de la tolérance qui a le pouvoir de façonner les conversations dans la vie de tous les jours, que ce soit au bureau, entre amis, ou à table. À lire aussi Ypres: l’extrême droite privée de «Frontnacht» après des semaines d’hésitation

Quand elle visite des pays à travers le monde, l’ambassadrice Lipstadt a déclaré se sentir exceptionnellement encouragée par la rencontre de tant de dirigeants gouvernementaux et communautaires qui reconnaissent la nécessité d’un changement. Je sais que la Belgique prend cette question au sérieux ; elle a envoyé des représentants des ambassadeurs à l’Alliance Internationale pour la Mémoire de l’Holocauste, et le Service public fédéral Affaires étrangères a une présidence de la Commission internationale qui supervise le travail des archives Arolsen. Toutefois, il ne s’agit pas de postes permanents à temps plein directement liés à la lutte contre l’antisémitisme.

Appel à la Belgique

Je fais ici écho à l’appel lancé par l’ambassadrice Lipstadt aux nations pour qu’elles nomment leur propre envoyé spécial ou coordinateur pour lutter contre l’antisémitisme, et qu’elles leur donnent davantage de moyens en termes de budget et de personnel. Aujourd’hui, j’exhorte la Belgique à franchir ce pas décisif et à désigner son propre représentant national pour la lutte contre l’antisémitisme. La Belgique a besoin de ce représentant pour aider à définir une politique nationale et plaider en faveur d’une plus grande coordination au niveau international. Nous savons que nous pourrions accomplir tellement plus en travaillant ensemble si l’ambassadrice Lipstadt avait un homologue direct ici. La voix de la Belgique était absente de la table lors des récentes réunions de l’Union européenne et de la Commission européenne. Nous devons faire face ensemble, et la Belgique – plus que jamais – doit ajouter sa voix à cette conversation urgente. Nous ne pouvons plus rester indifférents ou silencieux.

 

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