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La transition verte de la Belgique doit aussi être certifiée «sans conflit»

A la COP27, quelques annonces offrent des signes d’espoir, notamment du côté de la Belgique. Mais attention : notre pays doit s’assurer que son adaptation climatique ainsi que celle qu’elle finance à l’étranger, ne devienne pas elle-même source de plus de conflits et de crises.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

C’est la grand-messe du climat en Egypte, et la Belgique est présente en nombre à Sharm-el-Sheikh. Même si elle s’exprime principalement via la voix de l’Union européenne, la présence de la Belgique est néanmoins suivie de près. Et remarquée.

La semaine passée, la Belgique, l’Irlande et l’Allemagne annonçaient suivre le mouvement précurseur de « Pertes et Préjudices » lancé par le Danemark, l’Ecosse et… la Wallonie il y a un an déjà. Ce qu’on appelle « Loss and Damage » en jargon climatique, est un fonds destiné à indemniser les pays impactés en première ligne par la crise climatique. Il s’agit, en quelque sorte, de passer de la parole aux actes pour protéger les pays les plus vulnérables, et faire payer les conséquences de la crise aux pays qui sont à la racine de ce fléau mondial. Lundi, Alexander De Croo signait une convention de collaboration « aide climatique » de 25 millions d’euros avec le Mozambique, dont 10 % de l’enveloppe sera allouée aux « Pertes et Préjudices ».

Pour nos ONGs, dédiées aux questions de paix et de conflits notamment en Afrique, c’est une chose positive que de voir la Belgique prendre le lead sur la question des « Pertes et Préjudices ». On l’a vu lors des inondations en Wallonie de l’été dernier : ce sont les populations les plus précarisées qui ont subi le choc de plein fouet. Celles qui vivent en bord de fleuve. Celles qui ne sont pas en ordre d’assurance. Celles dont le compte bancaire est déjà à zéro. A l’échelle mondiale, la situation est identique : les pays les plus pauvres sont aussi ceux qui sont le moins responsables de cette crise, et aussi souvent ceux qui sont le moins bien équipés pour répondre à ces changements.

Aller plus loin

Le Mozambique, pays en proie à une lutte contre des groupes extrémistes violents, a besoin de tout le soutien nécessaire pour faire face à des sécheresses plus grandes créées par le réchauffement du pays. Le monde a besoin de précurseurs. Et nous l’avons été, sur la question des « Pertes et Préjudices ».

Mais il faut aller plus loin. La Belgique peut et doit aussi, montrer son leadership en matière de sensibilité aux conflits dans la transition climatique. Car la question du changement climatique et celle des conflits sont irrévocablement liées, et répondre à l’une sans prendre l’autre en considération ne peut que nous mener droit dans le mur. Créer de nouvelles « pertes » – en vies humaines, en sécurité, en droits de l’homme ; lesquelles exigeront de nouveaux dédommagements. Bref : le risque est que l’on tourne en rond, et qu’on fasse pire que bien.

Une ruée à haut risque vers les ressources minières

Nos leaders doivent s’assurer que sa transition verte n’alimente pas les conflits, ni en Belgique, ni ailleurs dans le monde. Ils se doivent de se poser les questions suivantes : ce programme d’adaptation climatique risque-t-il d’accentuer des tensions ethniques, sociales ? De renforcer un pouvoir illégitime ? De contribuer à l’exclusion d’un groupe ? A la violation des droits d’un autre ? Nous sommes actifs dans les zones les plus violentes du monde, de l’Afghanistan à la RDC, et nous constatons chaque jour que les meilleures intentions du monde peuvent avoir des conséquences désastreuses si l’on ne prête pas attention à l’impact qu’elles ont sur les dynamiques locales de conflit.

On sait également que la transition vers une société à faible émission carbone s’accompagnera – s’accompagne déjà, en fait ! – d’une nouvelle ruée vers les ressources minières et les précieux composants nécessaires pour fabriquer panneaux solaires ou voitures électriques. Ces matières premières sont situées en grande partie en dehors de l’Europe, dans des pays déjà très fragiles comme la RD Congo – pays qui produit 70 % du cobalt au niveau mondial. L’exploitation minière s’accompagne souvent de conséquences négatives sur le plan environnemental et humain : exploitation, défrichement, expropriations, abus des droits de l’homme, manipulations par les groupes armés, etc. Là aussi, le risque est grand que l’adaptation climatique de l’Europe se fasse au détriment des populations déjà les plus vulnérables de la planète.

La Belgique peut jouer un rôle de pionnier dans ce domaine. La transition verte de la Belgique, et celle qu’elle soutient et finance ailleurs dans le monde, doit aussi être certifiée « sans conflit ».

*Search for Common Ground est une organisation dédiée à la résolution des conflits et à la consolidation de la paix en Afrique, Moyen-Orient et Asie (notamment sur le lien entre conflit, climat et environnement).

**L’International Peace Information Service (Anvers) est un institut de recherche indépendant qui fournit des informations et analyses, notamment sur les ressources naturelles et les droits de l’homme en lien avec le secteur privé.

 

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