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RDC/ Rwanda: à quand la fin du «cirque»?

Le Kivu est devenu une zone de non-droit sous le regard impassible de la communauté internationale…

Carte blanche - Temps de lecture: 8 min

Il y a pratiquement une année, nous écrivions une carte blanche pour marquer notre exaspération par rapport aux conséquences fâcheuses des relations en dents de scie entre la RDC et son voisin, le Rwanda.

A l’époque, nous étions indignés de constater la teneur des discussions entre les gouvernements des deux pays précités. Force est de constater aujourd’hui que la situation s’est enlisée avant de se détériorer, au point de devenir extrêmement dangereuse !

Cela va faire près de 150 jours que le poste frontalier de Bunagana est occupé, contrôlé et exploité par le Rwanda à travers le groupe dit M23. Le 29/10 dernier, ce sont les villes de Rutshuru et de Kiwanja et d’autres localités qui sont tombées et chaque jour, un peu plus de territoire congolais est grignoté par cette rébellion clairement soutenue et équipée par les autorités rwandaises.

A côté de cela, plus de 160.000 personnes ont déjà été déplacées depuis le début de la crise du M23, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations unies. Ce nombre vient s’ajouter aux millions d’autres déplacés internes. Des témoignages faisant état de femmes qui accouchent sur les bords de routes nous parviennent. Des familles sont séparées, des enfants sont du jour au lendemain arrachés à la petite enfance parce que très vite ils doivent subvenir aux besoins de leur fratrie, les parents ayant été tués ou diminués physiquement par les activités criminelles de cette agression.

Le Kivu est une zone spéciale, où les conséquences de plusieurs années de violences abominables font dresser des statistiques vertigineuses.

Comme pour l’Ukraine ?

Le silence presque coupable de la Communauté internationale et de l’Union africaine, y compris les Cinq membres permanents du Conseil de sécurité, à condamner l’implication directe de Kagame et de son armée dans le soutien aux différentes rébellions depuis plus de 20 ans, a fait du Kivu une zone de non droit où règne la violence et le pillage de nos ressources qui sont essentielles aux progrès technologiques et économiques de l’humanité. Nous refusons d’être le sacrifice du conflit de leadership entre les Etats-Unis, leurs alliés et la Chine, la Russie comme bien d’autres dans leur volonté de contrôler les sources des matières stratégiques telles que le Coltan. L’incapacité du Secrétaire général des Nations unies à citer nommément le Rwanda comme principal soutien du M23 a illustré à la face du monde ce que nous déplorons et qui permet au Rwanda de continuer son occupation déguisée. Le temps est venu pour notre humanité de choisir la défense des principes et valeurs qui nous (régissent) comme elle le fait avec l’Ukraine ou des solutions locales pourraient envenimer la situation et l’étendre dans toute la sous région et au-delà.

Que dire des épidémies ? De l’augmentation des cas de violences sexuelles en temps de conflit ?

Autant de questions qui nous taraudent et auxquelles malheureusement nous n’avons que très peu d’éléments de réponse.

Un appel solennel

Aux autorités congolaises, nous exigeons :

– la réduction du train de vie des institutions pour dégager les ressources nécessaires au renforcement de nos forces de sécurité et de défense et le soutien humanitaire aux populations en détresse

– un audit des fonds alloués à l’état de siège et aux récentes opérations armées contre le M23 et tous les autres groupes armés

– de revoir sans délai et sous le regard du parlement et des experts nationaux, tous les accords de coopération militaire, y compris le renseignement, entre le Congo, le Rwanda et l’Ouganda conclus à partir de l’année 2006,

– de clarifier le rôle de l’Ouganda dans cette crise et procéder de toute urgence à l’évaluation systématique de l’opération militaire Shujaa menée par les troupes ougandaises en RDC,

– de renoncer à la force régionale de l’AEC, force contestée par l’ensemble de population congolaise, comme certaines de ces armées sont impliquées dans la crise que connaît notre pays depuis près de 3 décennies.

– de refuser tout dialogue et ne pas intégrer les éléments du M23 et d’autres groupes armés dans l’appareil sécuritaire et institutionnel de la RDC

Aux autorités rwandaises

– à défaut d’être le seul responsable de la situation désastreuse dans la région, d’œuvrer pour la cohabitation pacifique des peuples de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est

– de retirer leurs troupes qui combattent aux côtés du M23 et de cesser tout appui à ce mouvement

Aux pays africains

– d’agir au profit de la paix dans la région de Grands-Lacs et de soutenir et se tenir aux côtés du peuple congolais,

A la Monusco

– d’activer le FIB pour appuyer les FARDC qui se battent aux fronts ou de se retirer du territoire congolais pour inefficacité et inaction dans la mise œuvre de son mandat.

A la communauté internationale

– de dénoncer le président rwandais, Paul Kagame, le principal instigateur de cette crise et d’infliger des sanctions nécessaires contre le Rwanda comme c’était le cas en 2012 lors de la prise de Goma ou plus actuellement comme la Russie subit des sanctions pour son agression contre l’État indépendant et souverain d’Ukraine.

– d’auditer l’action de la Monusco et d’en faire une véritable force d’imposition de la paix avec les moyens d’un mandat plus offensif ou d’en tirer les leçons nécessaires.

au peuple congolais

– de continuer à soutenir les FARDC qui se battent pour préserver l’intégrité territoriale.

– de poursuivre les mobilisations citoyennes qui marquent la résistance des Congolais face à l’agression et qui témoignent de l’attachement aux valeurs de paix, de justice, de concorde et du vivre ensemble dans la région des Grands Lacs.

– d’activer les mécanismes de solidarités et d’entraide propres à notre culture en faveur des Congolais obligés de vivre dans les camps de déplacés et de réfugiés.

Droit à la dignité pour tous

Trop c’est trop ! Les Congolais ne sont pas du bétail. Notre peuple a le droit indiscutable à la dignité, et nous rejetons toutes les raisons, d’où qu’elles soient et de qui qu’elles soient, de le voir passer sa vie à fuir ou à s’agglomérer dans des camps de réfugiés.

Nous sommes indignés !

*Signataires : Bienvenu Matumo, militant de La Lutte pour le changement (LUCHA), mouvement citoyen basé en République Démocratique Du Congo, qui lutte pour la dignité humaine et la justice sociale ; Sylvain Saluseke, militant de LUCHA ; Maud Salomé EKILA, militante et chargée de communication du Dr Mukwege ; Jacques Issongo, militant de LUCHA ; Trésor Buti, militant politique ; Freddy Kassongo, activiste ; Docteur Mboliasa Ingole, médecin ; Jean Claude Mputu, enseignant et activiste ; Sinzo Aanza, écrivain et artiste visuel ; George Yenga Muhindo, acteur sociopolitique et entrepreneur en Suède ; Fiston Mwanza Mujila, écrivain, dramaturge et universitaire ; Carbone Beni, militant de Filimbi ; Maître Donat Kambola, avocat ; Lordy Gabriel Molisho, étudiant en Biotechnologie à l’Université de Johannesburg en Afrique du Sud et acteur sociopolitique ; Florry Cimina, entrepreneur en France et militant de LUCHA ; Bopomi Mino, militante de Filimbi ; Vanessa Bakaly, citoyenne congolaise ; Poncia Nyembo, militant politique et chercheur en physique ; Steward Muhindo, chercheur pour le réseau CREDDHO et militant LUCHA ; Michael Bauma Kalamo, activiste culturel ; André Lodama, activiste et acteur sociopolitique ; Claude SHOKANO BASHENGEZI, militant KOPAX ; Richard Mandoka, militant LUCHA ; Joël Malika, coordinateur de consommateurs lésés ; Josué Kabanza, acteur sociopolitique ; Jean Marc Kabunda, président de l’Association Jeunesse Avenir pour le Congo ; John Anipenda, militant LUCHA ; Juvin Kombi, militant politique ; Ghislain Muhiwa, entrepreneur et militant LUCHA ; Yves Diabikulwa Watumu, étudiant en sciences politiques à l’Université de Kinshasa ; Henoc Dinanga Kalala, avocat ; Irenée Akilimali, acteur sociopolitique ; Félix Lengo, militant LUCHA ; Fred Bauma, militant de LUCHA ; Pius Ndjoli A Mbonda, chercheur en droit public à l’Université Paris Sorbonne Nord ; Jean Paul Mualaba, militant LUCHA ; Duc Mbuyi, militant LUCHA ; Yves Mwamba, artiste performateur ; Joseph Bope, avocat et militant de LUCHA ; Isaac Brock Muhambya, chercheur en Droit international à l’UClouvain et militant de LUCHA ; Serge Sivya, médecin et militant LUCHA ; Christian Nyamabo, militant politique basé à Londres ; Antoine Vumilia, opérateur culturel ; Shabani Loswire, militant de LUCHA ; Johanna Mugisa, avocate ; Ben Kamuntu, artiste slameur et militant de LUCHA ; Joêl Mputu, citoyen congolais ; Providence Lokuli, militant Filimbi ; Eric Nakuwila, militant Filimbi ; Fiston Kalambayi, militant LUCHA ; Sephora Lukoki Kapinga, journaliste et fondatrice du média SLK News ; Palmer Kabeya, militant Filimbi ; Jean Jacques Lumumba, lanceur d’alerte et militant contre la corruption ; Jimmy Kande, militant contre la corruption et coordinateur d’UNIS ; Poncia Misenga, militant de LUCHA ; Deborah Nyamugabo, actrice politique et femme engagée ; Léonard Zama, militant LUCHA ; Lucien Kamala, géologue et militant LUCHA ; Roland Mimi Ngoy, acteur sociopolitique ; Josué Mutanava, journaliste basé à Goma ; Clovis Mutsuva, Militant LUCHA ; Diana Mbonga, étudiante en études de conflits à l’Université Saint Paul de Canada ; Kasereka Kavuahirehi, professeur des universités, chercheur et poète ; Depaul Bakulu, slameur et militant LUCHA ; Polycarpe Grégoire, militant LUCHA ; Rebecca Kavugho, militante LUCHA ; Daniel Kapuka, militant LUCHA ; Jason Muhiwa, activiste des droits humains et leaders des jeunes ; Fabrice Kavono, chauffeur urbain à Beni et militant LUCHA ; Nestor Fulani, journaliste et militant LUCHA ; Yves Makwambala, militant LUCHA ; Jean Mulenda, militant LUCHA ; Elolo Salomé, directrice exécutive, Femmes Solidaires ; Charles Yav ; Dieudonné Tshimpindibua, CRONGD ; JOSIANE Muleka ; Tony Ndzoli, militant de LUCHA ; Chantal Faida, activiste sociale et coordinatrice UWEMA Asbl ; Hervé Kashama, citoyen congolais ; Emmanuel Ndimwiza, chercheur et défenseur des droits humains ; Jireh Kabambi, survivant des massacres de Beni ; Blaise Ndala, écrivain ; Boston Endembola, militant LUCHA ; Valet Chebujongo, enseignant et militant LUCHA ; Issa Lumoo, militant LUCHA.

 

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