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Le combat à ne pas perdre: l’ère des espaces de données

Il est impossible de ne pas parler d’un véritable combat lorsqu’on observe la lutte pour le contrôle de l’économie des données à laquelle se livrent l’Union européenne, les USA et la Chine. Une lutte dont les enjeux ne sont rien d’autre que la souveraineté nationale, la protection de la vie privée des citoyens européens et la compétitivité économique du vieux continent.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Les règles du jeu économique ont changé. Désormais, la compétitivité ainsi que l’innovation passent par le contrôle, la gestion et l’analyse des données industrielles. Là où les biens industriels classiques, comme une Deux-Chevaux, sont les résultants des progrès en ingénierie, en chimie ou en mécanique, les nouveaux « objets connectés » sont le résultat de la numérisation et de la connectivité croissante des systèmes industriels ainsi que des biens de consommation.

Selon la Commission européenne l’économie des données européennes représentait déjà en 2017 un marché de €325 milliards, un chiffre qui devrait passer à €550 milliards en 2025 pour s’établir à 4 % du PNB européen. Mais cette réalité requiert de nouveaux investissements pour saisir ces nouvelles opportunités ou, simplement, pour rester compétitif. Il suffit de penser au rail où des améliorations de la connectivité du parc d’équipement (roulant et fixe) pourraient générer des économies annuelles d’environ €740 millions, de 27 millions d’heures de travail en moins tout en diminuant les risques de retards et d’accidents.

L’exemple Airbus

Le problème, c’est que ces nouvelles applications industrielles nécessitent une vaste quantité de données, éparpillées entre les différents acteurs d’une même filière. D’où la nécessité de les mettre en commun à travers la constitution d’espaces de données. C’est pour cela qu’Airbus a lancé son espace de données intitulé « Skywise » en 2017. La plateforme permet la mise en commun de toutes les données possédées par les opérateurs d’appareil Airbus. Centralisées, ces données ouvrent des possibilités considérables pour le constructeur européen : des frais de maintenance réduits de 10 % à 40 %, le développement de « prototypes virtuels », la diminution du risque d’accidents et la porte ouverte à des innovations insoupçonnées.

Chine, UE et USA : la course aux espaces de données

En décembre 2021, le gouvernement chinois a adopté le « 14e plan annuel pour l’informatisation nationale ». Le plan établit une stratégie de modernisation numérique du pays qui ne s’embarrasse pas des contraintes démocratiques et fait du développement d’espaces de données industrielles une obligation légale pour le secteur des transports, des informations démographiques, des télécoms et, peut-être à l’avenir, de la finance.

Les USA ne sont pas en reste, même si, la législation américaine reste fragmentée et sans harmonisation fédérale. Cependant, une véritable approche publique américaine commence à se développer, organisée autour des réseaux de données publiques pour les institutions locales. Cependant, le principal atout des USA, ce sont ses fameux GAFAM, dont le triomphe vient du fait qu’ils sont structurés comme des espaces de données. Facebook tout comme Amazon sont à la fois des plateformes d’achats et des agrégateurs de données, capables de les analyser et de mettre en relation clients et particuliers. Le rêve de l’oncle Sam, c’est que le quasi-monopole obtenu par les GAFAM dans le domaine des données personnelles se reproduise dans celui des données industrielles.

Face à la montée des risques, l’UE est loin d’être restée passive. Avec l’adoption de plusieurs législations comme la fameuse RGPD ou le « Data Act » de 2022, l’UE a déjà largement simplifié et unifié son cadre réglementaire, dont la fragmentation est traditionnellement le talon d’Achille. Parallèlement, l’UE développe et finance de nombreux projets industriels comme GAIA-X, CATENA-X, ou BOOST 4.0. Le but ? Développer des normes techniques européennes pour des espaces de données indépendants et transparents. Autrement dit, faire en sorte que nos données restent en Europe au lieu de devenir des sources de profit pour nos compétiteurs internationaux – sans même parler des autres usages plus dangereux qui pourraient en être faits.

La lourde tâche de l’Europe

La stratégie est simple et bien définie : à chaque secteur industriel son propre espace des données européen. Ainsi, le développement – cofinancé par les institutions européennes –, des espaces de données dans le domaine de la construction, des médias, des transports ou de l’industrie lourde ont déjà commencé.

La victoire américaine dans le domaine des données personnelles a démontré la dimension cruciale de la lutte pour les espaces de données, sans parler du risque représenté par le développement autoritaire d’espaces de données chinois. L’Europe a perdu la guerre des espaces de données personnelles, elle ne peut tout simplement pas se permettre de perdre celle pour les espaces de données industrielles.

 

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