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La méfiance entre le Nord et le Sud mine la COP27 qui se prolonge

La quasi-totalité des points en discussion au sommet climatique de Charm el-Cheikh restaient en discussion à la COP27. Le manque de confiance entre les pays rend les discussions tendues.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Les pavillons des participants à la COP27 étaient en plein démontage, samedi soir au centre de conférence de Charm el-Cheikh. Mais la COP27, le sommet climatique mondial, est loin d’être terminé. A 17 heures, heure belge, la gigantesque conférence entamait sa vingt-cinquième heure de prolongation. Même si de nombreux délégués sont déjà repartis dans leur pays, les négociations se poursuivaient derrière de discrètes portes pour arracher un accord sur les points encore ouverts dans la négociation. C’est-à-dire… quasiment tous les points qui se trouvaient sur la table au début du sommet.

On s’attendait à ce que les négociations durent encore toute la nuit. Les textes présentés par la présidence égyptienne peuvent mécontenter toutes les parties autour de la table. Cela pourrait augurer d’un compromis, mais du côté européen où l’on est très insatisfait de la tournure des événements, on n’écartait pas la possibilité d’un échec de la conférence, comme ce fut le cas en 2000 à La Haye (la COP6, se souviennent les anciens).

Les pays en développement et la Chine bataillaient ferme pour obtenir une décision pour la création d’un fonds destiné à financer en urgence les « pertes et dommages » encaissés par les pays « particulièrement vulnérables » lors d’événements climatiques extrêmes (sécheresses, canicules, ouragans,...). Car même les mesures d’adaptation ont leurs limites et certains dégâts sont inévitables, voire irréversibles. Ils sont par ailleurs économiques et non économiques. Si tout se déroule bien, la décision finale mentionnera un « arrangement financier », comprenant un fonds et une éventuelle réforme des institutions financières internationales qui doivent cesser de financier les projets fossiles et réorienter leurs soutiens vers les énergies renouvelables. Il ne s’agirait qu’un engagement politique dont tous les éléments de concrétisation seraient renvoyés à un groupe de travail devant remettre ses conclusions pour le prochain sommet à Dubaï, en novembre 2023. Le principe de la création de ce fonds est devenu un véritable totem pour les délégations du Sud.

L’Europe pose ses conditions

D’abord réticents à l’idée, les Européens ont fini par l’accepter, en l’assortissant d’une série de conditions. La principale d’entre elles est que les Etats contributeurs ne devraient plus être les seuls pays industrialisés. On devrait y voir aussi des pays émergents gros émetteurs de CO2 dont la Chine, disent les Vingt-Sept. Et l’Europe veut éviter que l’argent du fonds ne soit utilisé par des pays dont la fortune repose sur la production pétrolière ou gazière, comme le Qatar ou l’Arabie saoudite. Par ailleurs, l’Union européenne, très remontée contre la présidence égyptienne qu’elle accuse d’être partisane et à la solde des pays pétroliers, revendiquait une amélioration des engagements pris lors du précédent sommet, la COP26 à Glasgow. Les Européens veulent qu’on réaffirme fortement l’objectif de limiter l’élévation de la température à 1,5ºC par rapport à l’ère préindustrielle. Dans cette logique, ils demandent aussi que tous les pays prennent l’engagement d’accentuer rapidement leurs plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Enfin, ils revendiquent des obligations plus fortes en matière de sortie progressive des énergies fossiles (pétrole et gaz) au-delà du charbon déjà mentionné à Glasgow.

Aucune de ces conditions, difficiles à accepter pour d’autres pays, ne figurait dans les textes présentés ce samedi soir à Charm el-Cheikh dans des termes acceptables pour l’Europe. D’où le relatif énervement des Européens qui rappelaient fermement leurs « lignes rouges ».

Confiance en berne

D’un autre côté, le flou qui entoure la proposition de création d’un fonds pour les « pertes et dommages » ne devrait pas être de nature à rassurer les pays en développement. S’il est présent, on ne sait pas qui y contribuera, ni qui en sera bénéficiaire, ni surtout comment il sera alimenté. Les optimistes, notamment du côté de certaines organisations non gouvernementales, insistaient sur le chemin parcouru par ce dossier qui était encore une « non-question » il y a quelques années et même pas mise à l’agenda au début de la COP. Le sujet est, il est vrai, d’une urgence absolue, vu la multiplication et l’aggravation des événements climatiques dévastateurs. Désormais, le trophée serait arraché, même si ni son contenu ni son fonctionnement ne sont précisés. « Le texte me semble complètement inabouti », qualifie un expert belge.

Alors que la soirée et la nuit s’annonçaient longues, à Charm El-Cheikh, l’heure était aux musculations et aux tentatives d’enfumage. Chacun brandissait ses priorités et ses tabous. Si elle se termine par un accord, la COP27 aura en tout cas montré à quel point le degré de confiance au sein de la communauté internationale s’est affaibli ces dernières années et à quel point il pourrit le dossier du climat qui n’en avait pas vraiment besoin.

 

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20 Commentaires

  • Posté par Michel Ney, dimanche 20 novembre 2022, 8:09

    Non et non! L'Europe ne doit pas passer la caisse. Que le Sud arrête de se reproduire comme des lapins

  • Posté par Maesen Jean-Luc, dimanche 20 novembre 2022, 9:58

    L'Europe devrait moins passer "à la caisse" en effet, et le Sud devrait moins passer "à la casserole" en fait... Huit milliards, c'est catastrophiquement trop élevé.

  • Posté par El Cabron Nicolas, dimanche 20 novembre 2022, 7:24

    Les pays du Sud seront pourtant bien les plus touchés par le réchauffement climatique. Une conscience ça ne s’achète pas…

  • Posté par Maesen Jean-Luc, dimanche 20 novembre 2022, 10:00

    N'était-il pas affirmé dans un article récent du Soir, que c'était en Europe que la hausse des t° était la plus marquée ?

  • Posté par ~ AJD, dimanche 20 novembre 2022, 4:55

    Joli racket... Si un pays du Sud veut du pognon, la seule condition devrait être qu'il participe à un programme de contraception massif et la sterilisation des adultes ayant déjà 2 enfants ou plus.

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