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«Frustration», «manque d’ambition»: la COP27 suscite des réactions mitigées

Si la création d’un fonds consacré aux pertes et préjudices des pays en développement face au changement climatique est saluée par tous, d’autres volets de l’accord laissent sur leur faim.

Temps de lecture: 7 min

Les près de 200 Etats réunis depuis le 6 novembre à Charm el-Cheikh, pour la 27e conférence climat de l’ONU, sont finalement parvenus à une décision finale, dans la nuit de dimanche, après des négociations âpres et à rallonge, qui ont dépassé de plus de 30 heures l’horaire initial. Si les négociateurs ont convenu de la création d’un fonds consacré aux pertes et préjudices des pays en développement face au changement climatique, un pas qualifié « d’historique », d’autres volets de l’accord laissent sur leur faim, en premier lieu celui de l’ambition à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Pas assez d’ambition, pour Khattabi

Le résultat de la COP27 n’est pas à la hauteur des attentes, en particulier sur le volet « atténuation », a réagi la ministre fédérale du Climat, Zakia Khattabi (Ecolo), pour qui « la montagne a accouché d’une souris ».

« Des rapports récents indiquent que nous nous dirigeons vers une alerte mondiale de 2,5ºC. C’est une catastrophe pour l’humanité, et en particulier pour les pays et les communautés les plus vulnérables. Je suis venue pour conclure un accord ambitieux concernant l’opérationnalisation de l’accord de Paris et du Pacte climatique de Glasgow. On en est loin ! », se désole la ministre belge, qui a participé aux négociations à Charm el-Cheikh, en Egypte.

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Alors que cette décennie est décisive pour réussir à contenir la hausse du mercure à 1,5ºC, comme l’ont répété les nombreux rapports du Giec, le texte final est insuffisant pour s’assurer que les grands émetteurs augmentent et accélèrent leurs réductions d’émission, selon la ministre. « Pour ce faire, il fallait que le Mitigation Work Program soit conçu comme un outil de suivi et de pilotage permettant une mise en œuvre effective et efficace de l’Accord de Paris et du Pacte de Glasgow, et pas un salon de discussion. »

La COP27 a décidé la création d’un fonds pour les pertes et préjudices subis par les pays du Sud en raison du dérèglement climatique, une revendication de longue date des pays en développement. Mais « si l’enjeu de la justice climatique a enfin légitimement trouvé sa place dans l’accord, je regrette que cela soit au détriment de l’atténuation », poursuit Mme Khattabi. « Pour moi, les deux vont de pair, la solidarité c’est aussi mettre tout en œuvre en amont pour éviter les pertes et dommages. Nous marchons sur deux jambes, ici nous quittons la COP en boitant et on sait que, si l’on n’y prend garde, cela laisse des traces. »

« Le manque de confiance entre les parties était trop important et a pesé sur les négociations. Cet accord était le seul possible dans ce contexte. Un nouveau chapitre s’ouvre, les premières lignes doivent permettre de rétablir la confiance, préalable nécessaire à un futur accord plus ambitieux », conclut la ministre belge.

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La création d’un nouveau fonds spécifique consacré aux pertes et dommages est « un résultat très positif de la COP27 », a réagi dimanche, depuis Charm el-Cheikh, Jean-Pascal van Ypersele, climatologue de l’UCLouvain qui sera candidat à la présidence du Giec en 2023. Le scientifique belge juge toutefois « regrettable » que la création de ce fonds ait été nécessaire, « tout simplement parce qu’aucune politique ou mesure suffisante d’atténuation ou d’adaptation n’a été mise en place au cours des 40 dernières années. »

L’Union européenne déçue

Dans le clan européen, le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, faisait la moue dimanche matin. Certes les Vingt-Sept avaient fait une ouverture sur le fonds pour les pertes et dommages mais l’UE en espérait bien davantage sur le plan de l’ambition. « Trop de parties ne sont pas prêtes à faire des efforts accrus, certains ont même voulu revenir en arrière par rapport au pacte de Glasgow », dont l’objectif est de maintenir en vie l’objectif de limiter à 1,5ºC la hausse du mercure mondial, a dénoncé le Néerlandais.

Selon lui, trop de pays ont peur de faire les efforts nécessaires pour réduire le changement climatique. Il a également appelé les pays participants à reconnaître les lacunes de l’accord.

Concernant les pertes et préjudices, M. Timmermans a déclaré que l’UE était confrontée à un « dilemme moral ». Les propositions présentées à Charm el-Cheikh n’allaient pas assez loin, mais le négociateur a fait valoir que l’Union européenne ne voulait pas « simplement supprimer un fonds pour lequel les pays vulnérables se sont battus pendant des décennies ». Cela aurait été une « énorme erreur et une grosse occasion manquée ».

L’UE n’en oublie toutefois pas ses objectifs climatiques plus ambitieux.

Beaucoup de « frustration »

L’Allemagne a estimé que « l’espoir et frustration » se mêlent dans les résultats atteints par la conférence sur le climat. « Nous avons fait une percée en matière de justice climatique – avec une large coalition d’États après des années de stagnation », a salué sur Twitter la cheffe de la diplomatie Annalena Baerbock. Mais « le monde perd un temps précieux sur la trajectoire de 1,5 degré » à cause du manque d’ambition dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

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La France a salué avancées pour les pays les plus vulnérables mais regretté « le manque d’ambition climatique » de la COP27 en Egypte, dans un communiqué de la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. « Aucune avancée n’a été obtenue sur la nécessité de faire des efforts supplémentaires de réduction des gaz à effet de serre et sur la sortie des énergies fossiles. C’est une vraie déception », regrette la ministre qui souligne toutefois que ce sommet « répond aux attentes des pays les plus vulnérables avec une avancée forte : la création de nouveaux outils de financement pour les pertes et dommages liés aux catastrophes climatiques ».

Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a salué « les progrès » réalisés à la COP27. « Je salue les progrès réalisés à la COP27, mais il n’y a pas de temps pour la complaisance », a-t-il écrit dans un communiqué publié sur Twitter. « Garder l’engagement des 1,5 degré est vital pour l’avenir de notre planète », a-t-il écrit, ajoutant : « Il faut faire plus ».

L’Otan salue un pas important en avant

Pour le secrétaire général de l’Onu, qui d’ordinaire ne mâche pas ses mots pour rappeler l’urgence climatique, cette COP27 « a fait un important pas en avant » vers plus de justice. Mais Antonio Gutteres concède que le problème des émissions de gaz à effet de serre, qui continuent d’augmenter, n’a pas été traité à Charm el-Cheikh. « Un fonds pour les pertes et dommages est essentiel mais il n’est pas une réponse si la crise climatique raye un petit Etat insulaire de la carte ou transforme tout un pays d’Afrique en désert », résume le Portugais, sous forme de mise en garde.

Les regards sont d’ores et déjà tournés vers la COP28, prévue fin 2023, et qui sera organisée aux Émirats arabes unis. Avant cela, la COP15 biodiversité, retardée par la pandémie, se déroulera en décembre prochain à Montréal. Une COP biodiversité à laquelle le texte de décision de la COP27 ne fait, étonnamment, nulle mention.

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Des réactions mitigées

L’adoption d’un fonds dédié pour financer les dégâts climatiques lors de la COP27 dimanche, est « une première étape décisive vers l’objectif de justice climatique », a réagi sur Twitter le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.

« Il appartient au comité de transition de s’appuyer sur ce développement historique », a ajouté le Premier ministre. Selon l’ONU, les inondations qui ont submergé un tiers du territoire du Pakistan lors des moussons cet été et affecté quelque 33 millions de personnes ont causé plus de 30 milliards de dollars de dégâts et pertes économiques.

Sherry Rehman, ministre pakistanaise du Changement climatique et présidente en exercice du puissant groupe de négociation G77+Chine, s’est également montrée enthousiaste. « Nous avons lutté pendant 30 ans et aujourd’hui à Charm el-Cheikh cette épopée a donné naissance à son premier résultat positif. L’établissement d’un fonds n’est pas une question de charité. C’est clairement un acompte sur l’investissement à plus long terme dans notre avenir commun et un investissement dans la justice climatique »

 

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18 Commentaires

  • Posté par Bodart Anne, dimanche 20 novembre 2022, 13:41

    Comme aucun accord n'a été trouvé, nos dirigeants vont devoir trouver une autre excuse pour nous racketter et nous interdire...c'est surtout très embêtant pour eux ..pour nous cela nous fera un peu de répit..aujourd’hui, champagne....!!!

  • Posté par Lecocq Jean-Louis, dimanche 20 novembre 2022, 17:33

    Vous pensez que nos écolos vont se gêner? Ils pensent toujours laver plus vert que vert et vont au contraire vouloir nous ériger en exemple, quitte à nous nous ramener au moyen-âge. 2 more years.

  • Posté par D Marc, dimanche 20 novembre 2022, 14:10

    Pas de panique, nos écolos ont plein de projets de nouvelles taxes et interdictions en réserve ... et de nouvelles centrales au gaz.

  • Posté par Hiersoux Michel, dimanche 20 novembre 2022, 13:10

    et pourquoi organiser cette COP dans un station balnéaire de luxe au soleil ..... Pourquoi pas en Islande en plein hiver ??

  • Posté par collin liliane, dimanche 20 novembre 2022, 16:25

    Pour faire des économies de chauffage :-)

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