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Une commission parlementaire appelle la Chambre à condamner le régime colonial et présenter des excuses

Le président de la commission parlementaire qui s’est penchée sur le passé colonial belge a appelé la Chambre à condamner le régime colonial et présenter des excuses. La « responsabilité historique de la Belgique » est en jeu, affirme-t-elle.

Temps de lecture: 7 min

La Chambre doit condamner le régime colonial et présenter ses excuses. Telle est l’une des recommandations que propose le président de la commission parlementaire qui s’est penchée durant deux ans et demi sur le passé colonial de la Belgique, Wouter De Vriendt (Ecolo-Groen).

Cette commission a été mise sur pied dans le sillage du mouvement « Black Lives Matters » et d’incidents racistes qui se sont produits durant l’été 2020. Elle a mené près de 300 auditions en Belgique, en RD Congo, au Rwanda et au Burundi, les trois pays qui ont connu le régime colonial belge. Son mandat expire à la fin de l’année. Le président a présenté mardi ses propositions de conclusions et recommandations, fruit d’un rapport fourni par trois experts, de consultations des groupes politiques et des contributions que certains d’entre eux lui ont remises.

La question de la reconnaissance et des excuses occupe une place centrale. « La Chambre condamne le régime colonial en tant que système fondé sur l’exploitation et la domination, qui reposait sur un rapport d’inégalité injustifiable caractérisé par le paternalisme, la discrimination et le racisme et qui a donné lieu à des humiliations », dit l’une des recommandations formulées par le président.

« La Chambre présente ses excuses aux peuples congolais, rwandais et burundais pour la domination et l’exploitation coloniales, les violences et les atrocités, les violations individuelles et collectives des droits humains durant cette période, ainsi que le racisme et la discrimination qui les ont accompagnées », dit une autre recommandation qui demande au « pouvoir exécutif de faire des démarches analogues sur le plan des réparations symboliques ». Cette reconnaissance « n’implique aucune responsabilité juridique et ne peut donc donner lieu à une réparation financière », précise le texte.

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Des propositions ciblées et prudentes

Dans cet esprit, il est également proposé de consacrer une année à la réflexion sur le passé colonial, d’instaurer une journée de commémoration de ce pan de l’histoire belge et d’ériger un monument relatif à ce passé. Un autre monument pourrait être érigé en hommage au premier Premier ministre congolais Patrice Lumumba, assassiné en 1961, et à Maurice Mpolo et Joseph Okito qui ont péri à ses côtés. Pour ce qui est des statues et autres signes de la période coloniale dans l’espace public, les recommandations sont prudentes : une approche au cas par cas est préconisée, comportant au moins une contextualisation ou un contre-pied. Quelques propositions plus ciblées sont avancées, comme créer un monument aux victimes des zoos humains ou rebaptiser l’ordre de Léopold II.

Les propositions insistent sur l’importance du travail d’éducation et de recherche. La commission a consacré une partie de ses auditions à la question des archives. Un appel est lancé à ouvrir celles-ci, y compris celles des entreprises privées, des congrégations religieuses et du Palais royal. Un point vise également la mort du prince Rwasagore, premier Premier ministre burundais, lui aussi assassiné : il est recommandé de créer un panel d’historiens belges et burundais pour faire la lumière sur cette affaire.

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La question du racisme est évoquée, notamment celle d’un plan d’action national contre le racisme mais aussi d’un travail sur le folklore et l’évolution de certaines manifestations afin de les vider de « toute représentation raciste ».

Un travail unique en Europe

Ce n’est pas la première fois qu’une commission parlementaire se penche sur le passé colonial de la Belgique. Au cours des 20 dernières années, le parlement s’est penché sur l’assassinat de Patrice Lumumba et la situation des métis qui a fait l’objet d’une résolution sous la législature précédente. Le président de la commission propose de poursuivre le travail et vise notamment les métis laissés au Congo, Rwanda et Burundi.

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Le travail mené par la Chambre sur ce point est unique en Europe, a rappelé le président, et d’autres pays qui ont bâti un empire colonial le regardent avec intérêt. Les propositions de rapport et de recommandations ont été envoyées aux membres de la commission qui se réunira lundi prochain. Il s’agira de trouver un consensus suffisant autour du rapport et des recommandations sur un sujet marqué par de profonds clivages. La tâche s’annonce ardue. Le MR a ainsi fait savoir qu’il s’en tenait aux « regrets » exprimés par le Roi à l’occasion de son voyage en RD Congo.

Le président espère recueillir le « soutien le plus large possible ». Il a appelé les partis politiques à dépasser le rapport majorité-opposition et à éviter d’utiliser cette question « pour se profiler ». « Cela dépendra de la volonté politique de chacun de se dépasser. Dans ce cas, un accord sera possible », estime M. De Vriendt. A ses yeux, la « responsabilité historique de la Belgique » est en jeu.

Pas « d’accord au rabais » pour le PS

Le PS et le MR ont réagi mardi de manière contrastée aux propositions de recommandations du président de la commission parlementaire qui se penche sur le passé colonial de la Belgique. Le premier ne veut pas se cantonner à des excuses du parlement et estime qu’il faut aller plus loin dans un travail de réparation, le second entend en revanche ne pas dépasser les « regrets » exprimés par le roi Philippe durant son voyage en RD Congo.

« Il n’est pas question pour nous d’avoir un accord au rabais sur un sujet aussi fondamental qui concerne des populations victimes de violences systémiques. Nous nous devons d’être à la hauteur : le Congo, le Rwanda et le Burundi nous regardent. Si les excuses ne viennent que du Parlement, cela ne nous convient pas du tout. Du long travail d’audition que nous avons mené, il ressort que ces excuses doivent venir non seulement du Parlement mais aussi du gouvernement, du chef de l’Etat et de toutes les institutions qui ont collaboré au régime colonial comme l’Eglise ou des entreprises privées », a expliqué le vice-président de la commission, Christophe Lacroix (PS).

Les socialistes soutiennent toujours le projet d’une fondation qui pourrait être par exemple alimentée par les entreprises qui ont profité du régime colonial et qui poursuivrait la recherche sur cette période de l’histoire, mènerait des opérations d’éducation et de sensibilisation, travaillerait à la réconciliation, etc., à la manière de ce qu’a fait l’Allemagne pour le travail forcé sous le régime nazi. La proposition de M. De Vriendt évoque un « fonds fiduciaire » que constitueraient les Eglises pour soutenir des projets de réparation.

C’est trop pour les libéraux

Les socialistes comme les libéraux jugent prématurée la présentation par le président Wouter De Vriendt (Ecolo-Groen) de ses propositions de recommandations ce mardi. « Il reste de nombreux points de divergences fondamentales que nous devons encore trancher, il nous semble dès lors prématuré de rendre public un document qui ne reflète pas le consensus de tous les membres de la majorité. Les discussions étaient en effet censées se poursuivre cette semaine afin d’aboutir lundi prochain », ont souligné les chefs de groupe Open VLD et MR, Maggie De Block et Benoit Piedboeuf.

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Les deux partis libéraux s’en tiennent aux « regrets » exprimés par le chef de l’État et plaident pour que la Chambre exprime également ses regrets pour les souffrances infligées. « Il n’y a pas d’équivoque, le Roi l’avait rappelé, le régime colonial comme tel était basé sur l’exploitation et la domination, une relation inégale, marquée par le paternalisme, les discriminations et le racisme. Nous nous inscrivons pleinement dans cette démarche de reconnaissance », ont-ils souligné.

Un « bon compromis » pour Ecolo-Groen

Ecolo-Groen salue par contre la proposition de rapport qu’il qualifie de « bon compromis ». « Une démocratie comme la nôtre peut-elle encore continuer à éviter habilement de reconnaître sa responsabilité dans une des expressions les plus flagrantes de violation des droits humains, à savoir la colonisation ? La réponse est évidente. Il est vrai que les Belges d’aujourd’hui ne sont pas responsables des actions de nos prédécesseurs, mais nous avons reçu la période coloniale en héritage et nous devons la gérer de manière juste et responsable. S’il n’y a pas de culpabilité individuelle des Belges, il existe assurément une responsabilité collective de l’Etat belge, de l’Eglise et des entreprises coloniales », a souligné Guillaume Defossé.

Les écologistes appellent également à se tourner vers l’avenir. « Nous devons travailler sur les conséquences actuelles de la colonisation. Celles qui font qu’aujourd’hui, les personnes d’ascendance africaine font face à un racisme systémique bien spécifique. Ce lien entre racisme et colonialisme a déjà été reconnu par les Nations unies mais aussi le Parlement européen. La lutte contre ce racisme systémique ne doit plus être une posture, elle doit être politique. Le Plan d’action national contre le racisme pour lequel nous nous sommes engagés en 2001 doit aboutir et être mis en œuvre sans délai », a-t-il ajouté.

 

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13 Commentaires

  • Posté par Otte Gérard, lundi 28 novembre 2022, 19:37

    "La Chambre doit condamner le régime colonial et présenter ses excuses." Si la "chambre" veut présenter ses excuses, c'est son pbl, ce n'est pas le mien.

  • Posté par Galant Michele, mercredi 23 novembre 2022, 11:17

    N'Avons-nous pas des problèmes beaucoup plus importants que ceux-là à régler???? Je n'étais même pas née!!!

  • Posté par D L, mercredi 23 novembre 2022, 9:53

    Je fustige la position du PS visant à faire des réparations financières sur nos impôts. Nous n'avons pas à indemniser des gens qui ont raté leurs indépendances et dont les dirigeants se sont remplis les poches. Marre de ce wokisme extrême, car seul notre pays a fait ce genre de commission.

  • Posté par D L, mercredi 23 novembre 2022, 8:32

    Nous n'avons pas à présenter des excuses pour des populations que nous avons tenté de soigner, d'éduquer et qui ont manqué leurs indépendances. Quand aux écolos ces gens sont vraiment des plaies

  • Posté par Haegelsteen Philippe, mercredi 23 novembre 2022, 8:26

    Nos ex-colonies sont devenues des paradis de paix et d'égalité depuis l'indépendance, elles se développent et s'épanouissent pour le plus grand bonheur des populations locales... On peut bien certainement exprimer nos regrets pour la domination et l'exploitation des régimes coloniaux en général. On peut encore rendre les objets culturels accaparés à l'époque, mais cela doit s'arrêter là. Mais de toute façon il ne faut jamais laisser la main sur ce dossier délicat à ces imposteurs de pseudos "Ecolos" d'extrême gauche.

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