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Pour l’émergence d’un «#MeToopolitique» belge

Des femmes élues de tous partis, collaboratrices, attachées parlementaires et militantes gravitant autour et dans les milieux politiques, appellent le monde politique à prendre ses responsabilités face aux violences sexistes, sexuelles et psychologiques exercées par des mandataires publics ou apparentés.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

A l’appel de la Plateforme Mirabal, nous irons marcher nombreux.ses le 27 novembre pour dénoncer les mécanismes néfastes et mortifères des violences de genres et pour leur éradication dans les espaces publics et privés. Ces violences de genre sont, hélas, le lot quotidien de nombreuses personnes. Leurs impacts sur la santé, la vie intime ou la carrière de celles et ceux qui les subissent ne sont plus à démontrer. Et il reste encore un long chemin à parcourir pour que celles-ci soient condamnées comme il se doit. Quand ces violences s’exercent dans des lieux de pouvoirs décisionnels, elles mettent en danger notre démocratie. Les dernières élections ont permis un rajeunissement et une féminisation de nos hémicycles, mettant à l’agenda politique de nouvelles thématiques. Il est de notre devoir de pérenniser cette évolution positive, de protéger ces femmes et de renforcer leur participation à la vie politique.

Pour l’émergence d’un #MeTooPolitique

Le mouvement #MeToo a permis la libération de la parole de millions de femmes à travers le monde. En Belgique, ce mouvement s’est frayé un chemin dans les milieux culturels et académiques, pointant les abus des positions de pouvoir exercés par des personnes en situation de toute puissance et l’impunité dont elles profitent. A l’évidence, le monde politique n’est pas en reste. Nous, femmes et personnes sexisées, subissons ces violences. Désormais nos partis, nos responsables politiques et nos institutions ne peuvent plus les ignorer. Le temps est venu d’un #MeTooPolitique en Belgique et d’une libération indispensable de l’écoute de la parole des victimes. Nous demandons une prise de conscience collective et une réponse politique structurelle à l’encontre de ce tabou et de l’omerta qui l’accompagne.

Une procédure revue pour mieux protéger les victimes

Cette tribune est le premier pas du mouvement #MeTooPolitique belge. Parce que le monde politique a été pensé par les hommes et pour les hommes, un changement de paradigme est nécessaire pour en finir avec une culture professionnelle sexiste. Nous voulons construire un environnement politique safe pour toutes et tous. Il nous faut prévenir ces violences, protéger les victimes et soutenir les plaignant.es dans les démarches judiciaires. En Belgique, le taux de dépôt de plaintes est encore extrêmement faible. Et parmi ces plaintes, très peu aboutissent à une condamnation. Notons que parmi les plaintes déposées pour violences sexuelles, seule une infime proportion d’entre elles seraient fallacieuses. Moins de 1 % des viols et des violences sexuelles sont véritablement punies aujourd’hui. Le regard sur les plaignant·es, dont on sait qu’elles sont majoritairement des femmes, doit radicalement changer si nous voulons éradiquer les violences de genres. Rien ne justifie le harcèlement et les agressions sexuelles. Rien ne devrait minimiser la parole des victimes. À lire aussi La génération #MeToo a changé le visage du féminisme

Nos procédures et le statut des mandataires doivent évoluer pour permettre une protection effective des élu.e.s victimes d’une agression présumée. Il s’agit notamment de leur offrir l’accès aux espaces d’écoute, de bien-être au travail, d’accompagnement, etc… qui existent pour les travailleuses et travailleurs. Par ailleurs, à l’heure actuelle, le statut des élu.e.s ne permet pas aux autorités (bourgmestres, collèges, Conseils communaux, ministre- président, etc.,.) la possibilité de mettre en place des enquêtes internes, ou de décider d’une mise à l’écart suite à une inculpation, seul le mandataire peut décider de démissionner.

Adopter des mesures concrètes au niveau des structures politiques

Nous demandons aux responsables politiques de tous partis, à leurs membres et militant.es de s’engager dans la lutte contre les violences par une évolution du cadre institutionnel des mandataires et par toutes autres mesures qui rendraient structurellement ces lieux de pouvoir inclusifs et protecteurs. Un travail doit être mené pour trouver les meilleurs outils pour répondre à ces objectifs : création d’une charte de lutte contre les comportements sexistes, réflexion sur la collecte et le signalement de plaintes qui concernent des mandataires…

Dans un contexte de méfiance des citoyen·nes vis-à-vis du monde politique, le monde politique doit faire preuve d’exemplarité pour que toutes et tous prennent toute leur place sans risque et sans danger.

La liste complète des signataires peut être consultée ici

 

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