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Amsterdam: la justice soutient les squatters occupant la propriété d’un magnat russe

Un tribunal a autorisés les squatteurs à y rester, après qu’ils aient fait valoir que la maison en rénovation était actuellement vide et destinée à la location ou à la vente, en violation des sanctions de l’UE.

Temps de lecture: 4 min

L’élégante bâtisse surplombant l’emblématique Vondelpark d’Amsterdam détonne dans le quartier, avec ses immenses bannières anti-guerre : depuis le mois dernier, un groupe de squatters occupe le luxueux immeuble de cinq étages appartenant à Arkadi Voloj, le cofondateur sanctionné du « Google russe » Yandex.

Un tribunal les a autorisés la semaine dernière à y rester, après qu’ils aient fait valoir que la maison en rénovation était actuellement vide et destinée à la location ou à la vente, en violation des sanctions de l’UE.

« Sans les sanctions, les squatters auraient certainement perdu », a déclaré à l’AFP l’une de leurs avocates, Heleen over de Linden. « Donc, c’est un cas très spécial », mais qui pourrait faire jurisprudence ailleurs, ajoute-t-elle.

Les squatters ont fait passer leur message très clairement au reste du monde avec trois banderoles.

« Yandex + FSB = coeur », est-il écrit sur la première, faisant référence à la relation étroite entre la société de Voloj et le service de sécurité russe. Sur la deuxième et troisième banderoles, on lit : « contre la guerre », « et le capitalisme ».

L’AFP s’est vu jeudi refuser l’accès au bâtiment par une jeune femme, qui a renvoyé à un communiqué publié mercredi sur le site web « Anarchist Federation ».

« NOUS AVONS GAGNE [sic] », déclarent les squatters, saluant une victoire « pour l’ensemble du mouvement des squatters et pour tous ceux qui aiment voir les milliardaires (russes) se faire confisquer leurs biens ».

« Belle ville d’Amsterdam »

Sur une feuille de papier accrochée près de l’entrée, les squatters se présentent comme un groupe de jeunes affectés par la crise du logement aux Pays-Bas.

La note explique qu’ils occupent la propriété d’Arkadi Voloj, Russe sanctionné et âgé de 58 ans, et que le bâtiment sera vide un certain temps.

M. Voloj a démissionné début juin de la direction de Yandex après avoir été sanctionné à titre individuel. L’UE a déclaré qu’il « soutenait, matériellement ou financièrement » le gouvernement russe dans sa guerre contre l’Ukraine.

Le squat est un crime selon la loi néerlandaise depuis 2010, mais « le droit au respect de son domicile est un droit de l’homme », « qui peut faire obstacle à l’expulsion », a expliqué Juanita van Lunen, qui a également défendu les squatters. Et en cas de demande d’expulsion, si une vacance injustifiée menace, l’intérêt des riverains est déterminant, a-t-elle ajouté à l’AFP.

L’avocat de Paraseven, société enregistrée dans les Îles Vierges britanniques et propriétaire officielle des lieux, a lancé une action en justice contre les squatters fin octobre, demandant à ce qu’ils soient expulsés.

Il a affirmé que le logement situé sur la Vossiusstraat, à proximité des musées les plus célèbres d’Amsterdam, devait être mis à disposition de M. Voloj ainsi que de sa femme, ses six enfants et deux petits-enfants.

Les sanctions de l’UE permettent aux personnes sous sanctions d’utiliser leurs biens à des fins personnelles, même si Voloj lui-même fait l’objet d’un gel des avoirs et d’une interdiction de voyager.

« Occasionnellement, ils resteront là-bas pour profiter de la belle ville d’Amsterdam », a déclaré l’avocat, selon le jugement.

Cinq étage et trois appartements

Les squatters ont affirmé que l’élégante habitation en rénovation s’élevant sur cinq étages a été divisée en trois appartements, probablement destinés à être vendus ou loués.

« Pourquoi y a-t-il SIX baignoires ? Pourquoi chaque étage a-t-il ses propres serrures ? », ont ajouté les squatters dans leur déclaration.

Le tribunal a jugé peu plausible que le lieu soit occupé à terme par le Russe « dans un futur proche », et estimé crédible la défense des squatters.

« La location ou la vente ne sont pas autorisées en vertu des sanctions », ajoute le tribunal, qui a jugé « probable » que « la rénovation entraînera une augmentation considérable de la valeur de l’habitation ».

Le procès ira en appel, mais Heleen over de Linden « n’est pas inquiète », dit-elle.

Les squatters promettent quant à eux d’utiliser les lieux pour organiser des événements en faveur de ceux qui s’opposent à la guerre et des « laissés pour compte » – « que ce soit par le déplacement à cause de la guerre ou le capitalisme ».

 

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5 Commentaires

  • Posté par Raurif Michel, dimanche 27 novembre 2022, 14:17

    Cela ne peut que encourager le squat qui est illégal dans de nombreux pays sauf la ...Hollande !! On va le monde ?

  • Posté par Lecocq Jean-Louis, dimanche 27 novembre 2022, 9:57

    Un squat est illégal, quel que soit le propriétaire. Très mauvais signal envoyé par la justice néerlandaise.

  • Posté par Esquenet Alexandre, dimanche 27 novembre 2022, 11:56

    +1

  • Posté par Naeije Robert, dimanche 27 novembre 2022, 9:17

    Donc le squat devient licite lorsque la moralité du propriétaire est détestable? Quelle sera l'échelle de valeurs de référence?

  • Posté par Esquenet Alexandre, dimanche 27 novembre 2022, 11:56

    +1

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