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Passé colonial: la majorité divisée sur les excuses que pourrait présenter le Parlement

Après deux ans et demi de commission sur la politique coloniale de la Belgique, la majorité ne s’entend pas sur les actions que doit prendre le Parlement. Le MR ne veut pas aller au-delà des regrets déjà exprimés, mais la gauche insiste.

Temps de lecture: 3 min

L’idée d’excuses présentées par la Chambre pour la politique coloniale de la Belgique ne recueille pas un consensus suffisant pour le moment, ressort-il d’un échange de vues lundi au sein de la commission parlementaire qui se penche sur le passé colonial.

Le président de la commission, Wouter De Vriendt (Ecolo-Groen), a présenté la semaine passée des propositions de recommandation après deux ans et demi d’un travail qui a donné lieu à plusieurs centaines d’auditions et un déplacement dans les anciennes colonies.

Il est notamment question d’excuses que présenterait la Chambre aux peuples congolais, burundais et rwandais pour « la domination et l’exploitation coloniale » et « de démarches analogues sur le plan des réparations symboliques » qu’accomplirait le « pouvoir exécutif », une dénomination qui recouvre à la fois le gouvernement et le Roi. Cette reconnaissance n’emporterait pas de responsabilité juridique et ne pourrait donner lieu à une réparation financière, précise la recommandation suivante.

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Aller plus loin que les « regrets profonds »

Ces excuses iraient plus loin que les « regrets profonds » exprimés par le chef de l’Etat en juin dernier à propos du régime colonial lors de sa visite en République démocratique du Congo. Précédemment, des « excuses » avaient déjà été présentées au nom du gouvernement à propos du sort réservé aux métis ou au premier Premier ministre congolais, Patrice Lumumba mais jamais pour le régime colonial dans son ensemble.

« Si nous sommes favorables à des excuses par la Chambre et le Premier ministre pour des faits ponctuels, nous sommes opposés à des excuses pour la globalité des faits », a expliqué le chef de groupe MR, Benoît Piedboeuf. Selon lui, des excuses générales risqueraient de polariser la société entre victimes et coupables, seraient une erreur d’interprétation historique, etc. Des « regrets » sont plus forts, a-t-il affirmé, et s’en éloigner constituerait un « désaveu » pour le Premier ministre et son gouvernement.

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Le message était comparable à l’Open VLD. Le CD&V a quant à lui mis en avant le risque juridique que comporteraient des excuses. « Il faut absolument éviter que la Belgique s’avance sur un champ de bataille juridique », a averti Jan Briers.

Malgré les auditions menées sur le sujet et le chapitre qu’y consacre le rapport des experts, le CD&V et le Vlaams Belang ont soutenu la suggestion de la N-VA de demander un avis sur la question aux services de la Chambre. La question sera tranchée lundi prochain.

« Le Parlement se déshonorera »

A la gauche de la Vivaldi, l’appréciation est inverse. « S’il n’y a pas de condamnation formelle du système colonial et de demande d’excuses, cette commission sera un échec flagrant et le Parlement se déshonorera. Nous ne laisserons pas passer un rapport au rabais », a averti Christophe Lacroix (PS). « On ferait preuve de dogmatisme colonial si on ne s’excusait pas », a jugé Guillaume Defossé (Ecolo-Groen)

Dans l’opposition, les Engagés et DéFI se montrent également favorables à des excuses. « Dès lors que l’on soutient le diagnostic (sur le régime colonial), la question des excuses va de soi », a fait remarquer Georges Dallemagne (Engagés). « Si notre assemblée condamne, elle doit s’excuser, cela ne fait pas de doute », a renchéri François De Smet (DéFI).

Le PTB n’a pas voulu s’engager dans ce débat. La responsabilité de la colonisation appartient à ses yeux aux « grandes entreprises et aux riches familles » qui en ont profité. Les travaux se poursuivront la semaine prochaine. La commission doit approuver d’ici la fin de l’année sur des conclusions.

 

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12 Commentaires

  • Posté par VERDOODT Jean-marie, mardi 29 novembre 2022, 8:45

    Des regrets ou des excuses ? C'est bien mais combien de millions en annexe ???

  • Posté par De Kegel André, mardi 29 novembre 2022, 1:06

    Oui bien sûr, le parlement congolais doit présenter des excuses pour la destruction de tout ce que les belges avaient construit au Congo. Et là ce n'est pas de l'Histoire, c'est actuel.

  • Posté par Dupont Vincienne, lundi 28 novembre 2022, 23:51

    Pour commencer, il y a pas mal de Congolais qui devraient s'excuser auprès d'autres Congolais, etc, je vous fais un dessin ?

  • Posté par Moritz Montanez, lundi 28 novembre 2022, 21:37

    Il faut se rappeler de la volonté belge, déjà au temps de Leopold II, de développer au Congo la culture de l'hévea, l'arbre à latex. Le climat tropical de nos anciennes colonies se prête fort bien à cette culture, comme les anglais ont fait en Indonésie et en Thaïlande. Nous pourrions financer une usine de préservatifs, ce qui permettra à ces pauvres malheureux de mieux vivre à cause du surnombre. Et cette bonne action sera plus efficace que les millions arrosés chaque année qui permettent aux fonctionnaires d'acheter des appartements à Paris, Cannes ou Monaco qu'ils n'utilisent quasi jamais.

  • Posté par Otte Gérard, lundi 28 novembre 2022, 23:17

    Le latex sert aussi à fabriquer les tétines de biberon par les mêmes fabricants de préservatif. Ces mêmes fabricants prennent bien le soin de percer quelques uns de ces derniers pour pouvoir vendre encore les autres :-)

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