Accueil Opinions Cartes blanches

Le monde carcéral, il faut le voir pour le croire

Les détenus dans nos prisons doivent avoir accès à des soins médicaux appropriés, écrivent quatorze professionnels du secteur.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

La semaine dernière, les directeurs de prison flamands se sont plaints que les droits de l’homme des détenus sont systématiquement violés. Nous n’avons pas d’autre choix que de les rejoindre. En outre, nous pouvons comprendre le mécontentement du personnel pénitentiaire qui doit travailler dans des conditions de plus en plus difficiles et qui est en grève tous les mercredis de novembre et décembre.

Comme pour les « violations courantes des droits de l’homme » en dehors des jours de grève et le problème structurel de la surpopulation, le public ne remarque rien. Si vous êtes enfermé ou si vous travaillez à l’intérieur, cela vous ronge.

« Des pilules et de la nourriture, ce sera tout pour aujourd’hui », résume un gardien, tout seul à Saint-Gilles, à un interné. Ce qu’en pensent ou ressentent ceux qui sont en cellule, ils ne peuvent le faire savoir qu’en criant, en faisant claquer le judas ou le guichet de leur porte, ou en frappant sur celle-ci. Les détenus ne peuvent pas prendre l’air, ne reçoivent pas la visite de leur famille ou de leurs proches et, dans de nombreux cas, l’accès aux soins est limité, voire inexistant.

Les jours de grève, les droits des détenus sont systématiquement violés. Quels sont les droits qui leur restent ?

Une population très vulnérable

L’accès à des soins appropriés laisse souvent à désirer, même en dehors des jours de grève, dans une population très vulnérable mentalement, physiquement et socio-économiquement. Pour les internés, on peut souvent cocher les trois cases en même temps. Les problèmes mentaux, y compris la toxicomanie, sont courants, le suicide est six fois plus fréquent que la moyenne. Le diabète, les maladies cardiovasculaires et les tumeurs malignes sont également surreprésentés parmi ces patients. Il est important de noter qu’un grand nombre de ces conditions sont favorisées par les conditions de vie en prison. Par exemple, nous savons que le suicide en prison est plus fréquent en raison de l’isolement, du manque de visites et de l’incertitude liée à la détention provisoire. Le manque chronique d’exercice et le « stress » de l’incarcération ont un impact sur à peu près tous les états pathologiques de l’encyclopédie médicale.

Le suivi médical entravé

Le suivi et le traitement de toutes ces affections sont souvent inversement proportionnels à leur fréquence et à leur gravité. L’accès aux patients est souvent entravé, les infrastructures ne sont pas conformes aux normes, la prévention est inexistante. Le dossier médical, dans lequel on peut noter les antécédents et les rapports des médecins de l’hôpital, standard pour les patients hors de la prison, est absent. Les conditions de vie problématiques et le manque de suivi pendant la détention se traduisent par des coûts de santé et des taux de récidive plus élevés après la libération. C’est pernicieux pour le détenu, pour la prison, mais aussi pour la société. À lire aussi Pas (encore) de prison ouverte pour les détenues

Retour à n’importe quel jour de grève, où les consultations et les soins se font uniquement par le biais du fameux judas.

Cette situation est non seulement dégradante, mais elle rend également impossible la prestation de soins et peut nuire directement à la santé du patient détenu. Les « accidents » sont inévitables.

Dans ces circonstances, les droits du détenu sont systématiquement violés. En outre, elles nuisent à tous ceux qui y sont confrontés, en particulier la famille, le personnel pénitentiaire et le personnel soignant.

Pour ces raisons et bien d’autres, nous soutenons pleinement la démarche justifiée des directeurs et espérons qu’il s’agit d’un tremplin vers une exécution plus humaine des peines.

*Signataires : Brecht Verbrugghe, médecin généraliste à la prison de Saint-Gilles ; Arthur Dauwe, soins psychiatriques (hommes & femmes internés) à la prison de Bruges ; Pieter Dejaeger, infirmier à la prison de Saint-Gilles ; Hans Jacobs, médecin généraliste à la prison d’Anvers ; Jesse Govaerts, médecin généraliste à la prison d’Anvers ; Victor Camerlynck, médecin généraliste à la prison d’Anvers ; Nicolas Pierre, médecin généraliste à la prison de Haren ; Magda Geets, infirmière en prison à Gand ; Egmont Ruelens, ancien médecin généraliste de la prison de Gand ; Lucie Blondé, médecin généraliste à la prison de Gand ; Wout De Ruyck, soins psychiatriques en prison à Gand ; Leo Ruelens, psychiatre de soins et psychanalyste à la prison d’Audenarde et de Beveren ; Joachim Lenelle, ancien médecin généraliste de la prison de Saint-Gilles ; Daniel Dushime, ancien médecin généraliste en formation à la prison de Saint-Gilles et Berkendael ; Ingrid Van Den Velde, psychiatre de soins à la prison de Gand.

 

À lire aussi Pas (encore) de prison ouverte pour les détenues

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en Cartes blanches

Carte blanche La psychologie face au défi climatique

Des universitaires et des associations professionnelles expriment leur conviction quant à l’importance d’inclure des spécialistes des sciences psychologiques et du comportement afin d’aider dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une