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Violences à l’Est du Congo: les choix inconséquents de la diplomatie européenne

Commettre des erreurs est intrinsèque à l’œuvre humaine. Mais ne pas en tirer des leçons ne relève point de l’intelligence. Ainsi en est-il de la politique européenne en Afrique. Comment, avec autant d’analystes et de stratèges, ne pas se rendre compte et prévenir quand l’Europe fait fausse route ?

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Prenons deux exemples parmi les plus récents dans l’histoire politique africaine. Alors même que la France était bien au courant des velléités génocidaires de certains tenants du régime Habyarimana au Rwanda, elle a continué à soutenir ce régime et pire, à protéger les génocidaires même après leur forfait ! A jamais la France portera ainsi la responsabilité morale et historique du génocide rwandais de 1994. On en connaît la suite.

En 2008, la France de Sarkozy s’engage à soutenir des « rébellions » contre Mouammar Kadhafi en Libye. En fin de compte elle parvint même à arracher le soutien et l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU et à mobiliser l’arsenal militaire de l’Otan pour défaire le régime Kadhafi, sans aucune mesure d’accompagnement. La suite on la connaît : désagrégation d’un Etat et d’un pays jadis prospère, prolifération des armes et des groupes djihadistes dans le Sahel avec comme conséquences la déstabilisation de nombreux pays de la région, etc. Bien sûr que le régime de François Hollande a essayé de rectifier le tir et a adopté une posture plus préventive avec les interventions au Mali et en Centrafrique, mais surtout en essayant d’affirmer mieux les principes de droit ainsi que les préoccupations sécuritaires et humanitaires. Mais rien n’y fit, le mal était déjà fait, et très profond.

Une posture dangereuse

Mais voilà que, loin de tirer les leçons de ces douloureuses et scandaleuses expériences, la France – encore elle – semble s’installer dans une posture tout aussi contradictoire et dangereuse, notamment en Afrique dite des Grands Lacs. En effet, faisant fi de tous les méfaits et des dégâts de la politique rwandaise à l’est du Congo, la France, surtout sous l’ère Macron, a choisi de fermer les yeux sur tous les crimes perpétrés dans cette région, et à aller à l’encontre de ses principes philosophiques et moraux pour soutenir à bras-le-corps le régime de Kigali. Et tout y passe désormais. La cession de la gouvernance de l’organisation de la Francophonie à un pays qui fait tout pour réduire l’influence de la France et l’usage de la langue française ; la négociation de nombreux contrats y compris sur des matières à l’origine criminelle avérée, le lobby pour obtenir des soutiens en faveur d’une armée qui viole à répétition l’intégrité et la souveraineté d’un Etat voisin, etc. Dès lors, avec la multiplication de telles postures contradictoires et de traitements à géométrie variable, un certain sentiment anti-français a fini par gagner du terrain en Afrique, aussi bien à Ouagadougou qu’à Bamako, à Bangui et dans plusieurs autres pays.

Tirer des leçons

Ces exemples des errements diplomatiques de la France devraient servir à revoir les postures de la diplomatie européenne en général. Pourquoi ne pas tirer des leçons de ces choix inconséquents et de leurs conséquences par le passé, pour privilégier d’autres approches privilégiant le droit, le bon sens et la cohérence des politiques ? La question mérite d’être posée !

Car la politique suivie par la majorité des pays européens et même par l’Europe en général sur le traitement des drames et des crimes de l’Est du Congo n’est pas de nature à garantir durablement les intérêts européens et ni à assurer le bien-être des populations locales sur le continent. Ainsi, en voulant s’aligner sur les positions permissives des USA et surtout sur les attitudes complices de la Grande-Bretagne face à la déstabilisation de la région des Grands Lacs d’Afrique, les Européens contreviennent à leurs propres valeurs, et gaspillent cyniquement leurs ressources à soutenir des régimes politiques qui menacent dangereusement la paix dans le monde. Pourtant, à l’heure où le conflit ukrainien montre à quel point l’équilibre mondial peut être perturbé par des violations du droit international, il est plus aisé de comprendre que tout soutien, même tacite, à la déstabilisation et aux violences qui déchirent l’Est du Congo, constitue une coupable atteinte à la sécurité mondiale et une vraie menace pour l’humanité tout entière !

 

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