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Budget: quatre partis d’opposition demandent la démission de De Croo, qui dénonce des jeux politiques

Budget 2023-2024, suite. Après la publication d’échanges WhatsApp entre les cabinets du Premier ministre et de l’ex-secrétaire d’Etat De Bleeker, Alexander De Croo s’est expliqué au Parlement. Sans convaincre l’opposition. Dont plusieurs partis déclarent ne plus avoir confiance en lui ni en son gouvernement.

Temps de lecture: 5 min

L’opposition avait réclamé sa venue en commission du Parlement pour qu’il s’explique à propos des messages WhatsApp échangés entre son cabinet et celui de l’ex-secrétaire d’Etat au Budget, Eva De Bleeker (Open VLD, comme le Premier ministre), concernant les documents budgétaires 2023 et 2024. Alexander De Croo a toujours parlé d’« erreur matérielle » dans le chef de sa collègue pour expliquer la différence de déficit entre le chiffre envoyé à la Commission européenne en octobre et celui transmis aux députés en novembre – une différence de 1,3 milliard en 2023 et 1,7 milliard en 2024, tout de même…

La N-VA n’a jamais cru à ce scénario de l’erreur matérielle, estimant qu’Eva De Bleeker avait été sacrifiée par le Premier ministre, dont le cabinet aurait bien validé, selon elle, l’épure de l’ex-secrétaire d’Etat. Mardi, le magazine Knack publiait des messages WhatsApp censés accréditer cette thèse. L’opposition a donc exigé qu’Alexander De Croo vienne s’expliquer devant les députés. Ce qu’il a fait ce mardi matin.

Résultat ?

Quatre partis d’opposition, N-VA, Vlaams Belang, PTB et Liste Dedecker, ont lourdement attaqué le Premier ministre, n’hésitant pas à le traiter de menteur et à décréter la confiance rompue envers lui-même et son gouvernement. Morceaux choisis.

Sander Loones (N-VA) : « Vous ne nous dites pas tout, vous ne nous montrez pas tout, vous changez de version. Montrez toutes les communications entre votre cabinet et celui de madame De Bleeker. Vous avez dit à 17 reprises que vous alliez être clair, mais vous avez toujours refusé cette transparence. Assez c’est assez ! Nous avons droit à cette transparence. Je vous le demande donc pour la septième fois : donnez-nous ces documents, faites preuve de transparence. »

Sophie Merckx (PTB) : « Madame De Bleeker a démissionné pour une faute que vous avez commise. Dans une entreprise, ce serait licenciement sans indemnités pour faute grave. »

Jean-Marie Dedecker : « Je crois que vous avez constamment menti. Semaine après semaine, votre crédibilité est abîmée. »

Catherine Fonck (Les Engagés) et Sophie Rohonyi (Défi) n’ont pas voulu utiliser ce genre de propos. Tout en estimant que la secrétaire d’Etat a servi de fusible. « Les messages WhatsApp semblent confirmer la version de madame De Bleeker », déclare la première. « Avez-vous été honnête ou pas ces dernières semaines ? Apportez-nous tous les éléments pour qu’on puisse se faire notre version des faits. Seules des preuves sont de nature à lever les doutes, à crédibiliser votre parole et celle du gouvernement. » La seconde appuie : « Je ne suis pas ici pour vous traiter de menteur, mais pour vous interpeller. Quand aurons-nous droit à une véritable transparence ? »

À lire aussi Budget: Alexander De Croo mis en cause, une «tempête dans un verre d’eau» pour le gouvernement

« Le gouvernement décide, les ministres exécutent »

Pour sa défense, Alexander De Croo a tenté de convaincre en expliquant : « Bien sûr que les collaborateurs ont des contacts les uns avec les autres, via toutes sortes de canaux, aussi WhatsApp, textos. Mais un texto ne peut jamais mettre en cause une décision formelle du gouvernement. Je n’ai jamais nié l’existence de tels messages. Mais je nie l’existence de messages donnant le feu vert à une modification de l’exposé général du budget 2023 (dans le sens retenu par Eva De Bleeker, NDLR). Une telle modification fondamentale ne pourrait se faire que par la voie législative, pas par messages. »

« Jeux politiques »

Et il conclut : « Comme Premier ministre, je suis le gardien des décisions du gouvernement et de leur exécution. (…) Ici, on essaie de détourner des propos et de créer une situation qui ne correspond pas à la réalité. Vous pouvez jouer à des jeux politiques, mais ce n’est pas comme ça que je conçois la politique. »

La majorité le soutient. Mais les quatre partis d’opposition les plus virulents, N-VA en tête, réclament la démission du Premier ministre et donc de son gouvernement. Ils déposent des « motions de méfiance ». Qui seront soumises à la séance plénière de demain. Mais elles ne seront pas mises au vote ce jeudi. Parce que la majorité Vivaldi a, elle, déposé une « motion pure et simple », c’est-à-dire de confiance au gouvernement, qui sera votée en premier. Rendant caduques les autres motions. Sauf à imaginer que la majorité se divise durant ce vote, ce qui n’est nullement le cas pour l’heure…

Cet épisode, s’il ne connaît pas de développements ultérieurs, trahit moins un mensonge flagrant du Premier ministre que le climat inflammable autour du budget. Qu’il y ait eu ingérence du cabinet De Croo ou non, l’option finalement retenue par le Premier ministre, qui consiste à ne pas avoir comptabilisé la prolongation plus que probable de la baisse de la TVA sur l’énergie, continue à susciter des questions, bien au-delà du monde politique. Même si le Premier ministre relève que la Cour des comptes et la Commission européenne ont validé sa lecture, elle apparaît beaucoup trop optimiste à beaucoup, dans un contexte où le déficit budgétaire tourne autour des 35 milliards d’euros. Qui plus est, le Premier ministre, jusqu’ici au-dessus de la mêlée, s’est personnellement exposé dans ce dossier, y compris en « débauchant » Alexia Bertrand au MR pour remplacer Eva De Bleeker, qu’il a poussée vers la sortie.

L’opposition N-VA l’a très bien compris et entend taper sur ce clou aussi fort que possible. C’est sans doute ce climat qui explique que ces messages WhatsApp, déjà en possession de plusieurs rédactions flamandes depuis plusieurs semaines, aient pu connaître une seconde vie médiatique, surtout en Flandre, où, on le sait, les sympathies envers la Vivaldi sont moins répandues. Si Alexander De Croo se sort de cette histoire de messages, il devra encore passer un second test au début de l’année prochaine : celui du contrôle budgétaire. Il pourrait y apparaître, cette fois de manière définitive, que sa lecture était effectivement trop optimiste, ce qui pourrait donner de nouvelles cartouches à l’opposition.

 

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25 Commentaires

  • Posté par Huys Eric, jeudi 15 décembre 2022, 21:08

    "En Ecosse, un homme a été arrêté pour attentat à la pudeur... parce qu'il s'épongeait le front avec son kilt."

  • Posté par eric biltiau, jeudi 15 décembre 2022, 15:01

    Sophie Wilmès et Alex De Croo sont les deux seuls à être capable de diriger un gouvernement belge. Le reste ce sont des régionalistes incompétents.

  • Posté par Bricourt Noela, vendredi 16 décembre 2022, 7:32

    J'espère qu'il va avoir des soutiens contre la meute qui s'oppose à lui. Ils sont lâchés et feront tout, juste pour faire tomber le gouvernement sans la moindre attention pour la population.

  • Posté par eric biltiau, jeudi 15 décembre 2022, 22:43

    Exact Mr Stordiau

  • Posté par STORDIAU Pierre, jeudi 15 décembre 2022, 21:19

    D'accord; mais je rajouterai quand même notre Ministre de la Santé; tant décrié par les antivax.

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