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Les chemins vicinaux du Donderberg: des communs urbains multispécifiques supprimés dans l’indifférence?

Suite à la publication le 7 décembre de l’avis de l’arrêté pris par le gouvernement bruxellois le 15/9, entérinant la suppression de chemins vicinaux laekenois, les défenseurs du Donderberg s’apprêtent à introduire un recours devant le même gouvernement.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Le Donderberg est une ancienne pépinière royale devenue exploitation horticole jusqu’à la fin des années 1960. Il est adossé au Domaine du Stuyvenbergh et à un jet de pierre du Domaine Royal, espace vaste (176 hectares), réservé et clôturé. Comme le Parc Duden à Forest et les parcs royaux à Laeken, il fait partie de la Donation Royale, loi de 1903 par laquelle le roi Léopold II cède à l’État belge un certain nombre de « [ses] propriétés qui contribuent à l’agrément et à la beauté des localités où elles se trouvent. ». En 1969, le Donderberg passe de la Donation royale au CPAS puis à la Ville de Bruxelles.

Aujourd’hui, c’est un site naturel de 3 hectares, qui accueille a minima 214 espèces, dont 21 espèces d’hyménoptères et 65 espèces d’oiseaux. La carte d’évaluation biologique (CEB+) attribue une haute valeur écologique (note B) au Donderberg et à ses accès et une valeur importante (note C) aux marges du site. Treize arbres du Donderberg sont inscrits à la liste de sauvegarde de l’inventaire du Patrimoine naturel régional.

Une double atteinte écologique

Néanmoins, depuis 2001, le Donderberg est affecté au Plan Régional d’Affectation du Sol en zone d’équipement public, hormis la bande boisée formant le côté est du site, qui bénéficie du statut de zone verte. La Ville de Bruxelles entend y réaliser un projet immobilier (HOP) qui comprend essentiellement la construction d’une école fondamentale francophone. Un préalable nécessaire est la suppression de deux communs urbains, les chemins vicinaux nº14 et 29, qui donnent accès au site depuis la rue des Horticulteurs, au sud. De simples passages publics devraient les « remplacer », à terme, dans le cadre du projet HOP. À lire aussi L’avenir du Donderberg en débat: un cas d’école

Or, ces vicinaux sont des communs reconnus en droit, il n’appartient donc pas au gouvernement régional de décréter l’absence d’usage ou la disparition de ces droits et de les abroger. Cette suppression peut sembler anecdotique, elle constitue pourtant une double atteinte écologique : d’une part ces chemins sont nés des usages des habitants, des mobilités douces qui traversent les milieux et permettent de parcourir l’espace et l’histoire d’un quartier ; d’autre part, la principale motivation à la suppression est la facilitation d’un projet immobilier loin de faire l’unanimité et entraînera un effondrement de la biodiversité présente au Donderberg.

Une confiscation illicite

Ces vicinaux appartiennent aux habitants, qui refusent leur suppression malgré l’absence d’entretien du site par le propriétaire du foncier (1). En effet, malgré leur confiscation illicite par la pose de clôtures et de portails, les habitants du quartier – et pas que les riverains – n’ont jamais cessé d’emprunter ces cheminements, ainsi que d’autres apparus au fil des années, s’accommodant, bon an mal an, des entraves mises à leur libre circulation. C’est que, pour la plupart, ils ne savaient pas qu’il s’agissait de chemins vicinaux qu’ils sont en droit d’emprunter. À lire aussi Brux-ils Brux-elles : les citoyens réclament leur place dans la ville

La clôture du site est donc une entrave aux droits des Bruxellois sur ces communs viaires ; cela n’empêche pas les usagers d’entretenir ces cheminements et de les garder physiquement praticables. Grâce à ces marcheurs, l’usage des vicinaux est réaffirmé : ils permettent de découvrir un écrin de nature sauvage au cœur de Bruxelles, sans déborder sur les zones de quiétude où s’épanouissent la faune et à la flore. (2)

Préserver les espèces non humaines

Cette manière de faire la ville par en bas n’est pas du tout obsolète, comme on voudrait nous le faire croire en supprimant sans égard ces composantes d’un réseau écologique bruxellois. En empruntant ces corridors écologiques, les espèces non humaines démontrent le caractère multispécifique des chemins vicinaux. Ce réseau doit être maintenu et développé à chaque endroit de la ville, à l’heure où le milieu urbain apparaît incontournable pour ralentir le rythme de l’extinction des espèces non humaines.

Si la Ville voulait réellement mettre en conformité le droit et l’usage, pourquoi alors ne pas régulariser les multiples cheminements – vicinaux ou autres – au lieu de les supprimer tous ?

(1) En 2021, l’enquête publique a suscité plus de 300 réactions opposées à la décision provisoire de suppression prise au conseil communal du 22 juin 2020.

(2) L’entrée du chemin nº 14 est ouverte par le collectif tous les troisièmes dimanches du mois.

 

À lire aussi Brux-ils Brux-elles : les citoyens réclament leur place dans la ville À lire aussi L’avenir du Donderberg en débat: un cas d’école

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1 Commentaire

  • Posté par Moritz Montanez, jeudi 22 décembre 2022, 9:58

    Bonne chance ! En général, l'angle d'attaque le plus efficace est l'absence de dossier d'environnement (ou exécuté par un "expert" politique complaisant) ou le non respect des législations européennes non traduites dans le droit belge (ça arrive souvent, nos parlementaires surpayes n'ont jamais le temps de transposer en droit national). Après, avec beaucoup de détermination, des poches profondes et un peu de chance, vous y arriverez. Le point faible est l'arrogance des promoteurs de ces projets qui s'assoient sur le droit. Les juges se foutent éperdument de la biodiversité : vos arguments ne passeront jamais devant un tribunal.

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