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Les Diables rouges à l’Euro: les coulisses d’un échec

Retour sur 48 jours de préparation puis de compétition des Diables rouges à l’Euro 2016. La sélection de Marc Wilmots a vécu, souvent bien, parfois mal. Récit.

De notre envoyé spécial - Chef de service adjoint Sports et chef de la cellule foot Temps de lecture: 7 min

L’aventure commune a débuté par des arrivées au compte-gouttes, le lundi 16 mai. Alors même que le championnat de Belgique venait de consacrer le retour au premier plan du Club de Bruges après 11 années de disette. Une carence comblée qui n’a pas ému grand monde dans le giron de l’équipe nationale où l’on a généralement vue sur la planète plutôt que sur le paillasson de son voisin d’étage. Quarante-huit jours plus tard, au terme de trois stages et de huit matchs (trois amicaux, cinq officiels) passés dans une communauté d’intérêts qui n’a pas toujours été évidente à canaliser, la deuxième (et peut-être dernière) sélection composée par Marc Wilmots pour un tournoi a vécu. Souvent bien, parfois mal comme c’est le cas pour tout groupe de sportifs amenés à cohabiter dans un univers d’ego surdimensionnés.

En bout de ligne, dans la déprime ambiante d’un terminus, tous les Diables ne sont pas descendus avec la même sérénité. L’âpreté de la désillusion galloise, plus sûre encore que le goût de trop peu face à l’Argentine deux ans plus tôt, a contribué à donner l’image d’un éparpillement dans la cacophonie. Et la fin de cycle, décrétée par la plupart des commentateurs de la vie fédérale, sonne comme une confirmation que dans l’esprit de la plupart des patrons du vestiaire, il est sans doute temps de passer à autre chose.

Lombaerts, l’épine dans le pied de toute une sélection

Attention, chute de tuiles. Le panneau à l’entrée du chantier permanent de la sélection n’a jamais été rangé auprès de la caisse à matériel, que ce soit en préparation ou en tournoi. Le 10 juin, après une longue période d’incertitude liée à l’état de ses ischios, Nicolas Lombaerts est remballé avec 24 heures d’avance sur les prévisions initiales. Il évite les journalistes au départ de Bordeaux mais finira par lâcher le morceau par après, loin du discours de circonstance, à l’arrivée à Bruxelles : « Les docteurs Van Crombrugghe et Declercq sont deux éminences dont je ne discute pas les compétences, mais ils sont tous les deux spécialistes dans la même branche qui n’a rien à voir avec la musculature. J’ai une machine de rééducation portable pour accélérer ma récupération, qui sera forcément plus rapide chez un sportif que chez le patient lambda : je peux être prêt. Je ne comprends vraiment pas cette décision. »

Le défenseur du Zenit Saint-Pétersbourg n’en dira pas davantage. Mais n’en pensera pas moins. Qui plus est après l’élimination lilloise, en grande partie consécutive à l’absence de défenseurs gauchers de niveau.

Les tuyaux percés de Borkelmans

Les jours passent au Pian-Médoc et les matchs défilent. Les rives de la Gironde toutes proches se transforment en paysage d’estuaire de l’Escaut noyé sous une drache qui n’en finit plus. Le long intervalle concédé à la machine à buzz entre la défaite contre l’Italie et le sursaut face à l’Irlande a laissé des traces. Rien d’irréversible à ce stade (précoce) de la compétition mais tout de même les premiers signes de dissension par rapport à l’approche tactique du sélectionneur.

« Après un premier tour de table à l’initiative de Gillet et de Hazard, puis les explications du coach, on sentait bien que tout le monde n’était pas pleinement rassuré », explique ce Diable qui nous a fait jurer vingt fois de garder son anonymat « tot in de kist/jusque dans la tombe. » « C’est à ce moment que j’ai compris que le sélectionneur allait tout de même devoir composer avec plusieurs luttes d’influence au sein de l’équipe même. »

« La critique de Courtois avait été dure après l’Italie. Mais pas totalement infondée, raconte un autre joueur. Comme pour tenter de faire cesser la guerre des médias, Wilmots a pris tout le monde à témoin, au moment de passer à table. Et quoi, les gars ? Vous voulez jouer aussi défensivement que l’Italie ? nous a-t-il demandé : on était un peu sidérés, faut l’avouer. » « Certains anciens ont levé les yeux au ciel », rapporte un autre témoin de la scène en voyant « le clan des Anversois s’organiser pour tenter de faire passer le message à Wilmots via (son adjoint) Borkelmans et (l’entraîneur des gardiens) Lemmens. »

Une situation à ne pas interpréter comme un putsch ni même une prise de pouvoir. Mais, de toute évidence, un vrai contrepoids. Motif du glissement progressif de Fellaini vers le no man’s land de la zone d’échauffement ? Raison pour laquelle Wilmots a longtemps hésité à confirmer Lukaku pour le deuxième match face à l’Eire, après avoir pourtant dans un premier temps misé sur l’option Benteke derrière l’anonymat des bâches d’une séance tactique à huis clos ? Lui seul a la réponse. Le conseil des anciens aurait-il poussé le sélectionneur à des concessions ? Les témoignages divergent à ce sujet, tout comme lors des adieux lillois au tournoi, Wilmots se serait laissé convaincre par Borkelmans d’ôter Carrasco au profit d’un joueur ayant du répondant après l’égalisation galloise. Si le contexte ambiant avait été à la sérénité, rien de plus normal, qu’un avis de pleine fonction, en qualité d’adjoint. Mais d’aucuns interpréteront immanquablement la scène comme la preuve du désœuvrement tactique du coach principal.

Courtois : « Tu n’es pas mon père, je dis ce que je veux ! »

Ce qui sera vraisemblablement décrit comme une scène de guerre par les amateurs de sensations fortes et d’hémoglobine fut en réalité un cri de détresse de Thibaut Courtois, différemment interprété et surtout diversement apprécié. « On a eu tout faux en abordant le match de cette manière : on est retombé exactement dans le même piège que contre l’Italie », s’est-il emporté en éructant en privé, ce qu’il avait déclaré quelques minutes plus tôt au micro de la RTBF mais sans avoir pris conscience que les objectifs avaient capté un instantané où son père Thierry tentait de le calmer en bord de terrain. Le halte-là émis par Wilmots (« Tu ne me parles pas comme ça, viens avec moi dehors ! ») s’est poursuivi dans un local annexe. Réponse de Courtois : « Tu n’es pas mon père ! Je dis ce que je veux ! »

Ambiance… mais absolument rien de physique entre les deux hommes, et encore moins d’insultes.

Dans un vestiaire médusé, tous n’ont visiblement pas apprécié l’attitude du gardien de Chelsea, certains mettant le doigt sur le fait que lors des prises de parole collective face à Wilmots, il n’est guère enclin à ouvrir la bouche. « Il fait son show dans les médias, mais quand on a débriefé le Mondial avec le coach, on ne l’a pas entendu, fait remarquer un équipier. Il est loin d’être le porte-parole du groupe, sachez-le. »

L’entrée en scène de Vincent Kompany juste après le clash, hors présence du sélectionneur et de ses adjoints, a fini par ramener un semblant de sérénité. Et de hiérarchie dans un vestiaire qui, à défaut de climat insurrectionnel, « a tout de même singulièrement manqué d’un élément régulateur durant ce tournoi et d’un leader qui pèse dans le processus décisionnel de Wilmots, confie un ancien du groupe. Le coach écoute Vincent car en sa présence, il n’y a qu’une voix qui parle en provenance du noyau. A Bordeaux, ce sont Vermaelen et Vertonghen qui ont servi de relais, mais avec moins de poids que Kompany, évidemment. »

Retour aux derniers instants d’intimité après la défaite, avant que la porte ne s’ouvre sur l’extérieur. Fin du discours d’apaisement de Kompany.

A la sortie de la douche, la consigne du capitaine blessé était claire, après approbation générale : « Une déception légitime, mais pour le reste, pas un mot. Et pas de vagues par la suite. »

Ce qui n’a pas empêché certains sourires en coin. L’Euro était terminé. L’ère Wilmots sans doute aussi.

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1 Commentaire

  • Posté par André Slezingher, lundi 4 juillet 2016, 16:58

    ne sachant pas ce qui s'est réellement passé au sein du staff et de l'équipe, le seule chose qu'un profane peut dire c'est que ces gamins qui gagnent des sommes folles et inadmissibles n'ont pas la volonté de" faire un team uni et solide" car ils ont des "ego" surdimensionnés et tous, comme chaque belge d'ailleurs, se prennent pour des coach sélectionneurs: ils oublient que le foot est un sport d'équipe.

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