Tsipras rassemble pour ne pas céder

Tsipras rassemble pour ne pas céder
Reuters.

L e gouvernement grec ne peut donner son accord à des propositions déraisonnables ». Mais en dépit des contretemps, « nous sommes plus près que jamais » d’un accord. C’est avec ces deux déclarations aux antipodes qu’Alexis Tsipras, le premier ministre grec, a encadré le rapport qu’il a livré vendredi soir à la Vouli, le parlement grec, lors d’une session extraordinaire et à l’ambiance chargée. (Un discours qui, selon nos infos, allait être suivi à la télévision au plus haut niveau de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne, les services ayant organisé des systèmes d’interprétation spécialement pour l’occasion !)

Un report au 30 juin

C’est que le moment était crucial. Jeudi en fin de journée, le gouvernement grec avait semé la consternation chez ses créanciers étrangers (les États de la zone euro, la BCE et le Fonds monétaire international) en demandant au FMI de regrouper à la fin du mois de juin 1,5 milliard d’euros de remboursement dont une tranche était normalement due ce vendredi. Or tout le monde, à Bruxelles ou à Washington du moins, avait cru comprendre que la Grèce paierait sans broncher. « Tsipras a réussi par là un habile coup double, reconnaissait une source européenne très bien informée. Il s’est assuré un mois de négociation jusqu’au 30 juin. Et il a obtenu ce que son gouvernement demande depuis son arrivée au pouvoir : lier la négociation sur la fin du programme d’assistance actuel avec un nouveau plan », qu’il faudra inévitablement mettre en place pour l’après 30 juin, où vient à échéance le programme actuel.

Alors que jeudi le porte-parole de la Commission avait annoncé qu’il restait « quelques derniers points à régler », le report des remboursements au FMI semait le doute : Tsipras veut-il l’accord ou mise-t-il sur un échec ?

A la Vouli, le choix de Tsipras a semblé clair : en substance, le plan concocté par les créanciers (aplatissement significatif de la trajectoire budgétaire, mais contre le maintien d’une réforme des pensions et des augmentations de la TVA) est inacceptable comme tel, et la Grèce veut qu’on reparte de ses propres propositions, qui incluent une restructuration de la dette et la protection des pensions et des bas salaires.

Rassembler son camp

Mais la session spéciale à la Vouli avait pour principal objectif, dans l’esprit d’Alexis Tsipras, de rassembler son camp : sa propre majorité (le parti de gauche radicale Syriza et les nationalistes d’Enel), mais aussi le parti centriste To Potami déterminé à voter un accord. Par ailleurs, Tsipras a mis au défi son opposition de droite, dirigée par le précédent premier ministre Antonis Samaras, de dire si elle était prête à accepter les propositions « récessionnaires » des créanciers. Alexis Tsipras devait aussi tenir des réunions avec ses troupes, qui comportent une branche ultraradicale totalement opposée à un plan comportant des mesures d’austérité.

Tout cela pour pouvoir aborder son retour à la négociation avec les créanciers forts du plus large soutien possible au parlement comme dans l’opinion publique : pour repartir d’une position dure, et puis pour atterrir avec les concessions inévitables à pareille négociation.

Restait la question : où et avec qui reprendra la négociation ? Le sommet du G7 en Bavière (voir page 15) était avancé par des sources européennes comme une première opportunité : des décideurs majeurs s’y retrouvent (Merkel et Hollande, les deux plus gros créanciers de la zone euro, le duo Tusk-Juncker pour l’UE, et même Christine Lagarde, patronne du FMI). « Et Mario Draghi, patron de la BCE (basée à Francfort) n’est pas très loin au besoin. » Si d’aventure la négociation à distance avec Tsipras prenait un tour positif, on ne pouvait exclure que le chef du gouvernement grec rejoigne les précédents pour conclure.

Sinon, une autre réunion dans un format à préciser semblait inéluctable en début de semaine. Et dans tous les cas de figure (sauf bien sûr une improbable rupture), la convocation d’un Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro), seule instance compétente pour conclure un accord formel, sera nécessaire. D’ici la fin de la semaine, si tout va bien. Mais, remonté à la tribune en fin de séance vendredi soir, Tsipras lâchait qu’il ne fixait « pas de délai à la négociation ». Peut-être après tout valait-il mieux que le G7 ne l’attende pas trop...

 
 
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