Accueil Sports

La Juventus et Barcelone, mûrs à Berlin pour un triplé

Le sort de cette finale de Ligue des champions dépend en grande partie de Messi, qui depuis janvier révèle le meilleur de lui-même

Journaliste au service Sports Temps de lecture: 4 min

Autant au FC Barcelone qu’à la Juventus, il manque une pièce pour réaliser le triplé. La plus belle. Forcément, une des deux équipes la décrochera ce samedi soir au stade olympique de Berlin au détriment de l’autre. Une lapalissade qui n’enlève rien au niveau de cette finale de Ligue des champions, au contraire. Sur leur scène domestique, Blaugrana et Bianconeri ont peint de leurs couleurs la Liga et la Serie A ; la Coupe du Roi et la Coppa Italia. Et les Catalans ont sorti le Bayern en demies pendant que la Juventus dictait sa loi au Real Madrid, tenant du titre. C’est dire la légitimité des Champions d’Espagne et d’Italie dans cette finale.

Pourtant, que ces deux formations se disputent la « Coupe aux grandes oreilles » n’était pourtant pas entendu en septembre. Autant Luis Enrique, au Camp Nou, que Massimo Allegri, au Juventus Stadium, ont été contestés dès leur premier jour, victimes de la comparaison avec leur prédécesseur, Pep Guardiola au Barça et Antonio Conte – trois Scudetti à la suite. Les socios reprochaient à Enrique un jeu trop vertical, une rupture trop nette avec le tiki-taka. Les tifosis prenaient Allegri pour un « loser ». Sans compter qu’entre Messi, Suarez et Neymar, d’un côté, et Luis Enrique, de l’autre, soufflait un froid sibérien. Et puis, paradoxalement, l’hiver a réchauffé les relations entre supporters et entraîneurs.

En janvier, Enrique a redonné l’envie à son équipe. Avec un Suarez intégré – il avait été suspendu jusqu’en octobre pour avoir mordu au Mondial Giorgio Chiellini, forfait ce samedi soir –, le trio des merveilles, que l’Uruguayen compose avec Messi et Neymar (120 buts à eux trois cette saison), a trouvé la bonne alchimie au même moment où Barcelone reprenait possession du terrain et du ballon. Il a réussi à composer cette formidable interaction humaine, à gommer toute jalousie intestine. Mais, bien sûr, le Barça, ce n’est pas que ces trois-là. Même si, comme le dit Del Bosque, le sélectionneur espagnol, et comme l’a éprouvé à ses dépens Guardiola avec le Bayern, l’équipe qui aligne Messi part avec un avantage sur son adversaire…

La Juventus n’a pas dans ses rangs le quadruple Ballon d’or mais elle est convaincue qu’elle peut lui couper l’herbe sous le pied.

Ce n’est pas le genre d’Allegri de doubler voire tripler le marquage sur le joueur adverse le plus dangereux, fût-il un « extraterrestre ». Et l’option d’Ernesto Valverde, le coach de l’Athletic Bilbao, de prendre la « Puce » argentine en individuel, a montré ses limites en finale de la Coupe d’Espagne, avec un doublé de Messi. Le technicien toscan songe sans doute à une troisième voie : lui couper les vivres, à lui, mais aussi à Neymar et Suarez. Au Bernabeu, au tour précédent, la Juventus a démontré tout à la fois son homogénéité tout en allant chercher sa qualification dans les parages de Casillas. Allegri a façonné une équipe qui sait se doser entre une attitude défensive et une approche plus offensive, au gré de l’évolution d’une rencontre. Dans l’entrejeu, la Juventus bénéficiera de la supériorité numérique : 4 contre 3. Et en qualité pure, Pogba, Marchisio et Vidal valent bien Iniesta – diminué de surcroît –, Rakitic et Busquets. Ce qui devrait libérer le 4e milieu des Turinois, et pas des moindres : Andrea Pirlo. L’art du Lombard à distiller des ballons dans le dos des défenses, et celle du Barça est souvent mal positionnée, devrait galvaniser le tandem Tevez-Morata, auteurs de 11 (7+4) des 16 buts des Piémontais dans l’édition en cours. En perte de balle, les mêmes, l’Argentin, en gênant la relance de Busquets, initiateur de la manœuvre barcelonaise, et l’Espagnol, en limitant les montées d’Alves et, partant, de placer Evra en situation délicate entre le latéral brésilien et Messi, auront aussi un rôle prépondérant, dans une finale peut-être beaucoup moins déséquilibrée que la plupart des observateurs prévoient. Enfin, si Messi y consent…

Barcelone: la prétendue fin de cycle est déjà oubliée

Temps de lecture: 5 min

En journalisme, un sujet, souvent ennuyeux, qui revient fréquemment aux mêmes périodes de l’année s’appelle un marronnier. « Le Barça est-il arrivé à une fin de cycle ? », entendait-on déjà bruisser en 2012, année sans trophée qui faisait suite au 4e et dernier sacre en Ligue des champions du club catalan, en est un bel exemple en sport.

En 2013, malgré le gain de la Liga et de la Supercoupe d’Espagne, il était revenu sur la table suite à la double humiliation subie face au Bayern, en demi-finale de Ligue des champions (7-0 sur les deux matchs). Puis l’an dernier encore, en 2014, il avait réapparu avec les premiers bourgeons, quand Barcelone avait une nouvelle fois laissé filer le titre et la Coupe d’Espagne, respectivement face à l’Atlético et au Real, tout en mordant la poussière dès les quarts de finale de la C1, contre l’Atlético cette fois.

Bien sûr, le FC Barcelone, fut-il à un moment donné privé de transferts entrants pour avoir bidouillé ces transferts internationaux de joueurs mineurs et en passe de changer de président, a encore de la ressource et de l’avenir. L’arrivée de Luis Enrique, coach à poigne qui connaît parfaitement la maison blaugraña, a rendu de l’éclat et du rayonnement à ses couleurs si particulières, le bleu et le grenat, pour s’assurer sans trop de difficultés le gain d’un premier doublé en Espagne depuis 2009. Bien sûr, l’entame de la collaboration ne fut pas toujours rose et, en plein cœur de l’hiver, alors que le Barça avait concédé une 3e défaite humiliante en Liga sur le terrain de la Real Sociedad suite aux mauvais choix du coach, la tension était palpable, notamment avec Lionel Messi, le véritable taulier du vestiaire. Touché dans son orgueil, l’Argentin avait boudé et feint une blessure lors d’un entraînement ouvert au public pour marquer son territoire. Selon certaines sources, il aurait réclamé en interne le retour de Frank Rijkaard. Avec le temps, ces tensions se sont amenuisées, chacun ayant mis un peu d’eau dans sa sangria pour proposer de nouveau un jeu qui enthousiasme les foules tout en inspirant la crainte chez les adversaires.

A l’image de leur coach, les joueurs catalans entendent évidemment ne pas en rester là, samedi, à Berlin. Pour le dernier match de Xavi, le Barça partira avec les faveurs des pronostics face à la Juventus pour s’offrir le deuxième triplé de son histoire après celui de… 2009, réalisé sous les ordres d’un certain Pep Guardiola.

En raison de son expérience à gérer les finales, d’abord, le Barça semble avoir la main. Alors que la Juve a connu une grande éclipse de 12 ans à ce niveau sur la scène internationale suite à sa rétrogradation en Serie B, le Barça, même s’il a logiquement connu des hauts et des bas, possède en ses rangs des joueurs qui ont déjà disputé de très nombreux matchs de cette importance, de nombreuses finales, souvent victorieuses.

Un réalisme glacial

Bien sûr, Xavi et Iniesta ont leurs plus belles années dans le dos mais gardent tout de même leur œil de faucon couplé à une patte de velours. On peut aussi dire la même chose, sans doute, de Dani Alves, Javier Mascherano voire Gérard Piqué, le patron de cette défense qui n’offre pas toujours les gages de sécurité requis ou espérés. Mais le Barça, avant de penser à défendre, est avant tout une machine à attaquer, à marquer, à faire circuler le ballon, à asphyxier son adversaire. Par moments, il semble indestructible, surtout quand il évolue en confiance comme c’est le cas depuis le nouvel an. Le Bayern peut en convenir, lui qui a réussi l’exploit de maîtriser (légèrement) la possession de balle mais n’a pourtant pas existé au marquoir, victime du réalisme glacial et parfois glaçant de son vis-à-vis espagnol. Bien sûr, Lionel Messi cristallise toutes les attentions. Pour l’instant, il semble marcher sur l’eau comme il l’a encore prouvé en finale de Coupe du Roi, face à Bilbao. Auteur d’un but exceptionnel, le génial Argentin demeure plus que jamais capable d’orienter le cours d’un match à lui tout seul sur un éclair de génie. Malgré le traitement de faveur qui lui est réservé lors de chaque rencontre, il garde ce côté « jouette » en apparence mais ce côté guerrier au plus profond de ses tripes qui fait de lui un homme de records. En plus de vouloir remporter une quatrième Ligue des champions personnelle (Gento reste le recordman absolu avec six succès), il rêve d’être le meilleur buteur de la Ligue des champions pour la 5e fois et dépasser ainsi l’Allemand Gerd Müller (4 titres). A l’heure actuelle, il l’est déjà, à égalité avec Cristiano Ronaldo, avec qui il partage également le record du nombre de buts inscrits en C1 : 77. En cas de succès toujours, a fortiori s’il ne passe pas à côté de sa finale et marque l’un ou l’autre but, il se distancierait de son rival portugais et ferait accessoirement un grand pas vers un futur 5e Ballon d’Or personnel. « Lionel Messi ? C’est un extraterrestre qui joue contre des humains », s’est amusé en semaine Gianluigi Buffon l’inamovible gardien de la virginité de la Vieille Dame.

Suarez, le chaînon manquant

Bien sûr, réduire ce Barça oppressant à son seul Argentin, ce serait faire injure à ses équipiers, titulaires ou réservistes – on ne parle malheureusement pas ici de Thomas Vermaelen, qui sera vraisemblablement en tribune après une saison quasi blanche –, qui ont eux aussi grandement contribué à cette campagne quasiment parfaite (10 v., 2 d.) alors que le programme était costaud (PSG en poules et en quart, City en 8es, Bayern en demi). Au but, Ter Stegen a livré une première saison plus qu’encourageante, grâce à un calme de tous les instants et un jeu au pied bien affûté. Dans l’entrejeu, Rakitic a pris de la place aux côtés de Busquets et Iniesta tandis que devant, Neymar (9 buts, comme Messi) a confirmé tout le bien qu’on pensait de lui et Suarez a explosé en fin de saison. Privé des retrouvailles mordantes avec Giorgio Chiellini, blessé, l’Uruguayen a réussi là où d’autres attaquants de pointe (Ibrahimovic, Henry, Villa…) avaient échoué, à savoir s’entendre sur le terrain et en dehors avec Messi. Ses stats parlent pour lui : il a marqué 20 buts depuis janvier Reste, désormais, à acter ces bonnes stats en actes, samedi, afin de ponctuer cette saison par un nouveau trophée. Le plus prestigieux de tous.

Juventus: Gianluigi Buffon, les mains du destin

Journaliste au service Sports Temps de lecture: 5 min

Le « Seven Nation Army » des White Stripes, hymne des champions du monde azzurri, résonne encore dans les rues de Rimini, ce 9 septembre 2006, alors que le club de la ville balnéaire s’apprête à recevoir la prestigieuse Juventus, rattrapée par l’affaire des matchs arrangés – Calciopoli – et reléguée administrativement d’une division pour la cause.

Deux mois plus tôt, jour pour jour, Gianluigi Buffon, l’emblématique portier de la Juve, soulevait la Coupe du monde avec l’Italie à Berlin. Du stade olympique au stade Romeo Neri, saturé de 10.000 spectateurs pour voir à l’œuvre les champions du monde (outre le gardien, le coach Didier Deschamps possédait aussi Del Piero et Camoranesi dans son effectif) sans la moindre transition, le saut est brutal pour Gigi, qui a quand même été pris d’une valse-hésitation sur sa permanence à Turin quand le verdict est tombé.

Acheté quelque 50 millions d’euros à Parme, cinq ans plus tôt, un montant record toujours en vigueur pour un gardien de but, Gigi avait failli signer au Milan. Sa fidélité envers la Vieille Dame a été plus forte toutefois que la peur du vide. « Un gentleman ne laisse pas choir sa lady », lui avait soufflé à l’oreille Alessandro Del Piero. Or, Gigi est tout sauf un goujat.

Toutefois, la joie pour ce prompt retour en Serie A, malgré les 9 points de pénalité, a-t-elle gommé les derniers regrets qu’il nourrissait peut-être à regarder les joueurs du Milan prendre leur revanche sur Liverpool et remporter la Ligue des champions cette saison-là ? Comme il les avait déjà observés en 2003, de plus près encore, depuis le camp des vaincus ? Quoi qu’il ne soit pas acquis que Buffon se soit plaint a posteriori de sa résolution de rester : ses décisions, Buffon les assume toujours. Et c’est peut-être cette rectitude morale que la providence souhaite récompenser. En tout cas, le sort a balisé cette longue route, faite de descentes, y compris pour ses propres prestations, et de remontées, amorcées avec l’arrivée d’Antonio Conte sur le banc de la Juventus en 2011, d’indices de bon augure pour cette apothéose berlinoise.

« Dieu existe »

Le premier clin d’œil céleste, Buffon l’a capté, lors de cette même intersaison 2011 avec le transfert d’Andrea Pirlo, confiné à un rôle subalterne dans le Milan de… Allegri.« Qu’un tel joueur nous rejoigne, c’est bien la preuve que Dieu existe ». Ce même Pirlo, à l’instar de l’autre Andrea, Barzagli, alors à Palerme, et titulaire dans quelques heures au centre de la défense, avait triomphé aussi en 2006 à Berlin !

« Da Berlino alla B, dalla B a Berlino. Questa e’ la vita ». « De Berlin à la (serie) B, de la B à Berlin. Ainsi va la vie. » En utilisant moins des 180 signes autorisés par Twittter, le portier juventino avait capturé au vol, avec cette élimination du Real Madrid en demies, un énième signe du destin. De son destin.

A vrai dire quand l’urne de Nyon avait mis Dortmund sur le chemin de la Juventus, le dernier rempart de la Nazionale avait déjà perçu que l’histoire était en marche. Ou plutôt qu’elle était encline à repasser les plats. « La route de Berlin passe par Dortmund ! » Le même trajet accompli par l’Italie il y a quasiment 9 ans, en se débarrassant de l’Allemagne en demi-finale dans le Westfallenstadion.

De Ricchiuti à Messi

Pour Giorgio Chiellini, l’autre joueur de champ avec Claudio Marchisio à avoir vécu le championnat de D2, la capitale allemande laisse une saveur plutôt douce-amère. Trop jeune – il avait 21 ans à l’époque – aux yeux du sélectionneur italien Marcello Lippi, il n’avait pas été retenu pour la campagne mondiale. Dans cette veillée d’armes-ci, le temps, trop court, lui joue un nouveau tour. Touché au mollet, le défenseur pisan doit se résoudre à regarder ses partenaires des tribunes. « On ne se lasse jamais de gagner », avait répondu l’international au soir du 4e Scudetto de rang, renvoyant à une série que la Juventus avait déjà alignée dans les années 30. Chiellini, le poissard – lors de la finale de l’Euro 2012, il avait dû quitter le terrain après 20 minutes, blessé au mollet ! – songeait sans doute à cette ingrate – mais ô combien fondatrice – parenthèse en Serie B. A ces matchs à Crotone, à Frosinone, etc.

A cette première journée au Romeo Neri de Rimini, où la Juventus avait été tenue en échec par l’équipe au maillot à damier et pour lequel jouait un certain Matri, sur le banc des Bianconeri ce samedi soir contre le FC Barcelone.

Quand Gigi Buffon rembobine sa mémoire et effectue à nouveau ce triple salto arrière de Berlin à Rimini, de la Coupe du monde à la Serie B, il revoit cette « floche » monumentale de Jean-Alain Boumsong, désormais consultant pour BeIN sports, qui ouvre la voie de son but à Adrian Ricchiuti. Un milieu offensif argentin avec le nº10 sur le dos ! ça ne vous rappelle personne ?! Et, hasard ou pas, mais Buffon vous répondra que celui-ci n’existe pas, que ce sont les choix qu’on pose qui conditionnent votre destin, Ricchiuti est revenu, à l’aube de la saison quasiment défunte, dans le club romagnol, remonté avec lui en Lega Pro (D3). A 37 ans, « El Chico » a bouclé la boucle. Pour Gianluigi Buffon, sans qu’il le sache, ce 9 septembre 2006, Rimini l’a peut-être fait renaître, après deux années de dépression, encore plus angoissante, quand on vous a affublé du surnom de « Superman » qui vous interdit de montrer vos failles.

La (re)prise de Berlin

Et ce soir, dans « sa » Berlin, avec l’aide de la bonne fortune de surcroît, ses équipiers espèrent que le grand Gigi ne trahisse aucune imperfection devant Lionel Messi. « On a encore moins de chances de battre Barcelone qu’on en avait de sortir le Real au tour précédent », calcule Buffon. Et à combien évaluait-il ses possibilités de disputer une deuxième finale de Ligue des champions, le 9 septembre 2006 ? Après tout, il suffirait que le destin soit plus fort encore que Messi pour que résonne le nouvel hymne de la Juventus ; « Riprendersi Berlino » (« Se réapproprier Berlin »), composé par un groupe de rock alternatif italien, les Afterhours. Ah oui, le morceau a été écrit en 2009, alors que la Juventus traînait encore comme un boulet les sanctions de Calciopoli.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Sur le même sujet

Aussi en Sports

Voir plus d'articles
La Une Le fil info Commentaires Partager

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

références Voir les articles de références références Tous les jobs