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«Terroriste», une appellation controversée

Mohamed Laouaiej Bouhlel, Anders Behring Breivik, Yassin Salhi et Nordine Amrani ont tous tué. Certains ont été qualifiés par les politiques et les médias de tueurs de masse, de forcenés. D’autres davantage de terroristes. Quel est le terme exact à utiliser ?

Décodage - Journaliste au service Forum Temps de lecture: 3 min

Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’auteur de l’attaque de Nice, qui a fait 84 morts et de nombreux blessés le 14 juillet dernier, est-il un terroriste, un tueur de masse ou un déséquilibré ? Devant le bilan humain de l’attaque et les traumatismes qui y sont liés, cette question de terminologie peut paraître secondaire. Certains font cependant valoir qu’étendue aux principaux auteurs d’attaques qui ont sévi ces dernières années, elle contient le souci d’éviter amalgames et confusions, voire d’identifier des tentatives de manipulations politiques sous la forme de deux poids deux mesures.

En France, le débat a surgi alors que des détails sur Mohamed Lahouaiej Bouhlel étaient rendus publics. Ses problèmes psychiques et ses liens flous avec une organisation telle que Daesh ont fait naître des doutes quant au fait qu’il ait pu mener un « projet terroriste ». Le profil psychologique de Mohamed Lahouaiej Bouhlel soulève une ambiguïté, reconnaît Vincent Seron, criminologue et membre du centre d’étude sur le terrorisme et la radicalisation de l’ULg. « Néanmoins, radicalisation et profil psychologique perturbé peuvent très bien cohabiter dans un même individu. Ce qui fait selon moi le terrorisme, en plus de la terreur qu’il vise, c’est l’idéologie dont l’individu doit être animé. L’action qu’il mène doit aussi s’inscrire dans une sorte de répétition avec, pour la violence exercée, des cibles qui sont aussi des symboles. Le projet terroriste a en outre une visée propagandiste. » Tanguy de Wilde d’Estmael, qui dirige le Centre d’études des crises et des conflits internationaux à l’UCL, donne une définition similaire : « Le terroriste doit répondre à l’appel d’une organisation, il souhaite semer la terreur et faire des émules au travers de ses actes ».

Les deux universitaires seraient du coup plutôt d’avis de ranger Anders Behring Breivik, qui en 2011 a tué 77 personnes en Norvège, dans la catégorie des tueurs de masse. « Il y avait dans son cas une forte dimension idéologique mais il n’avait pas d’organisation derrière lui », affirme Tanguy de Wilde d’Estmael.

S’il avait perpétré son attaque en 2016, l’auteur de la tuerie de Liège, Nordine Amrani aurait vraisemblablement, dans un premier temps du moins, été qualifié de terroriste alors que jusqu’à aujourd’hui, ses motivations restent obscures, notent plusieurs interlocuteurs. En tuant son patron en juin 2015 en France, Yassin Salhi a hérité de l’étiquette. L’enquête qui a suivi a révélé une autre complexité : fâché avec son patron, Yassin Sahli aurait ainsi pu le tuer avant de « maquiller » son crime en attentat terroriste. « Il a cherché le mimétisme le plus total puisqu’il a finalement eu recours à un drapeau islamiste, affirme Mathieu Guidère, islamologue à l’Université de Toulouse 2. Mais ce n’est pas un acte islamiste d’après moi. »

Selon l’islamologue français, le climat actuel a imposé une « synonymie » qui associe désormais terrorisme et islamisme. « Dans les années 70, après une série d’attentats, le marxisme était devenu le synonyme de terrorisme. Ce genre de réflexes n’est pas propice à une analyse sereine et travaille à réserver aux auteurs d’origines étrangères l’appellation de terroriste. Par exemple, selon moi, Anders Behring Breivik devait aussi être qualifié de terroriste. Ce climat pesant s’est ressenti après plusieurs attentats lorsque leurs auteurs, de nationalité française pourtant, n’ont plus été identifiés que par leurs origines. Dans certains esprits, le terrorisme n’était alors plus qu’une affaire d’origines. »

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1 Commentaire

  • Posté par Collet Didier, vendredi 22 juillet 2016, 17:43

    On ne devrait pas donner les noms des "terroristes", "tueurs de masse" ou "simples" malfaiteurs dans les médias. Juste les initiales. Exemple: M.L.B., l'auteur de l'attaque de Nice. Cela éviterait une médiatisation excessive des malfaiteurs par rapport aux victimes, une stigmatisation des origines des malfrats, les dérives possibles de glorification par certains fanatiques. Qu'en pensez-vous?

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