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Juventus: Gianluigi Buffon, les mains du destin

Le 9 juillet 2006, Gianluigi Buffon, l’emblématique portier de la Juve, soulevait la Coupe du monde avec l’Italie à Berlin.

Journaliste au service Sports Temps de lecture: 5 min

Le « Seven Nation Army » des White Stripes, hymne des champions du monde azzurri, résonne encore dans les rues de Rimini, ce 9 septembre 2006, alors que le club de la ville balnéaire s’apprête à recevoir la prestigieuse Juventus, rattrapée par l’affaire des matchs arrangés – Calciopoli – et reléguée administrativement d’une division pour la cause.

Deux mois plus tôt, jour pour jour, Gianluigi Buffon, l’emblématique portier de la Juve, soulevait la Coupe du monde avec l’Italie à Berlin. Du stade olympique au stade Romeo Neri, saturé de 10.000 spectateurs pour voir à l’œuvre les champions du monde (outre le gardien, le coach Didier Deschamps possédait aussi Del Piero et Camoranesi dans son effectif) sans la moindre transition, le saut est brutal pour Gigi, qui a quand même été pris d’une valse-hésitation sur sa permanence à Turin quand le verdict est tombé.

Acheté quelque 50 millions d’euros à Parme, cinq ans plus tôt, un montant record toujours en vigueur pour un gardien de but, Gigi avait failli signer au Milan. Sa fidélité envers la Vieille Dame a été plus forte toutefois que la peur du vide. « Un gentleman ne laisse pas choir sa lady », lui avait soufflé à l’oreille Alessandro Del Piero. Or, Gigi est tout sauf un goujat.

Toutefois, la joie pour ce prompt retour en Serie A, malgré les 9 points de pénalité, a-t-elle gommé les derniers regrets qu’il nourrissait peut-être à regarder les joueurs du Milan prendre leur revanche sur Liverpool et remporter la Ligue des champions cette saison-là ? Comme il les avait déjà observés en 2003, de plus près encore, depuis le camp des vaincus ? Quoi qu’il ne soit pas acquis que Buffon se soit plaint a posteriori de sa résolution de rester : ses décisions, Buffon les assume toujours. Et c’est peut-être cette rectitude morale que la providence souhaite récompenser. En tout cas, le sort a balisé cette longue route, faite de descentes, y compris pour ses propres prestations, et de remontées, amorcées avec l’arrivée d’Antonio Conte sur le banc de la Juventus en 2011, d’indices de bon augure pour cette apothéose berlinoise.

« Dieu existe »

Le premier clin d’œil céleste, Buffon l’a capté, lors de cette même intersaison 2011 avec le transfert d’Andrea Pirlo, confiné à un rôle subalterne dans le Milan de… Allegri.« Qu’un tel joueur nous rejoigne, c’est bien la preuve que Dieu existe ». Ce même Pirlo, à l’instar de l’autre Andrea, Barzagli, alors à Palerme, et titulaire dans quelques heures au centre de la défense, avait triomphé aussi en 2006 à Berlin !

« Da Berlino alla B, dalla B a Berlino. Questa e’ la vita ». « De Berlin à la (serie) B, de la B à Berlin. Ainsi va la vie. » En utilisant moins des 180 signes autorisés par Twittter, le portier juventino avait capturé au vol, avec cette élimination du Real Madrid en demies, un énième signe du destin. De son destin.

A vrai dire quand l’urne de Nyon avait mis Dortmund sur le chemin de la Juventus, le dernier rempart de la Nazionale avait déjà perçu que l’histoire était en marche. Ou plutôt qu’elle était encline à repasser les plats. « La route de Berlin passe par Dortmund ! » Le même trajet accompli par l’Italie il y a quasiment 9 ans, en se débarrassant de l’Allemagne en demi-finale dans le Westfallenstadion.

De Ricchiuti à Messi

Pour Giorgio Chiellini, l’autre joueur de champ avec Claudio Marchisio à avoir vécu le championnat de D2, la capitale allemande laisse une saveur plutôt douce-amère. Trop jeune – il avait 21 ans à l’époque – aux yeux du sélectionneur italien Marcello Lippi, il n’avait pas été retenu pour la campagne mondiale. Dans cette veillée d’armes-ci, le temps, trop court, lui joue un nouveau tour. Touché au mollet, le défenseur pisan doit se résoudre à regarder ses partenaires des tribunes. « On ne se lasse jamais de gagner », avait répondu l’international au soir du 4e Scudetto de rang, renvoyant à une série que la Juventus avait déjà alignée dans les années 30. Chiellini, le poissard – lors de la finale de l’Euro 2012, il avait dû quitter le terrain après 20 minutes, blessé au mollet ! – songeait sans doute à cette ingrate – mais ô combien fondatrice – parenthèse en Serie B. A ces matchs à Crotone, à Frosinone, etc.

A cette première journée au Romeo Neri de Rimini, où la Juventus avait été tenue en échec par l’équipe au maillot à damier et pour lequel jouait un certain Matri, sur le banc des Bianconeri ce samedi soir contre le FC Barcelone.

Quand Gigi Buffon rembobine sa mémoire et effectue à nouveau ce triple salto arrière de Berlin à Rimini, de la Coupe du monde à la Serie B, il revoit cette « floche » monumentale de Jean-Alain Boumsong, désormais consultant pour BeIN sports, qui ouvre la voie de son but à Adrian Ricchiuti. Un milieu offensif argentin avec le nº10 sur le dos ! ça ne vous rappelle personne ?! Et, hasard ou pas, mais Buffon vous répondra que celui-ci n’existe pas, que ce sont les choix qu’on pose qui conditionnent votre destin, Ricchiuti est revenu, à l’aube de la saison quasiment défunte, dans le club romagnol, remonté avec lui en Lega Pro (D3). A 37 ans, « El Chico » a bouclé la boucle. Pour Gianluigi Buffon, sans qu’il le sache, ce 9 septembre 2006, Rimini l’a peut-être fait renaître, après deux années de dépression, encore plus angoissante, quand on vous a affublé du surnom de « Superman » qui vous interdit de montrer vos failles.

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