Jean-Claude Juncker malade? Fatigué? Des rumeurs persistantes

13 juillet 2016. Jean-Claude Juncker préside une réunion à la délégation européenne, en Chine.
13 juillet 2016. Jean-Claude Juncker préside une réunion à la délégation européenne, en Chine. - Reuters

Les rumeurs sur la mauvaise santé et le penchant alcoolique de Jean-Claude Juncker remontent avant l’entrée en fonction du Luxembourgeois. Plus récemment, elles ont été portées par le site Politico. Elles avaient constitué l’élément principal de la campagne - surtout britannique - contre la désignation de Juncker comme président de la Commission en 2014. Et elles reposaient sur une réputation confirmée par la presse grand-ducale: fumeur invétéré, Jean-Claude Juncker n’a jamais lésiné sur le vin ou le gin tonic. Certains collègues luxembourgeois affirment même, plaisantant à moitié, que c’est lorsqu’il n’a pas bu que Jean-Claude Juncker n’a pas l’air bien…

Depuis son entrée au Berlaymont, la rumeur n’a jamais cessé de circuler, particulièrement dans la salle de presse de la Commission. Alors, Jean-Claude Juncker serait-il alcoolique, diminué physiquement, voire mentalement comme le sous-entendait Politico? Toutes ces questions ne sont en réalité pertinentes que sous un seul angle: le président de la Commission a-t-il jamais été affecté dans ses capacités personnelles et lors d’événements politiques par quelque faiblesse que ce soit? Voici les éléments connus du dossier.

Deux moments publics étonnant.

Le premier a fait l’objet d’une séquence devenue un succès viral du Petit journal de Yann Barthès sur Canal+. C’était à un sommet européen à Riga (Lettonie) au printemps 2015: Jean-Claude Juncker y était paru pour le moins excentrique lors de l’accueil protocolaire des chefs d’Etat ou de gouvernement, flanquant des gifles, embrassant les fronts dégarnis (dont celui de Charles Michel) et saluant le premier ministre hongrois Orban d’un tonitruant « Voilà le dictateur  ».

22 mai 2015. Lors d'un sommet européen à Riga, Jean-Claude Juncker embrasser Charles Michel sur le front.
22 mai 2015. Lors d'un sommet européen à Riga, Jean-Claude Juncker embrasser Charles Michel sur le front.

Tous les observateurs s’étaient interrogés si le président de la Commission avait été dans son état normal, tandis que ses portes-parole mirent la scène sur le compte de la personnalité non conventionnelle et primesautière du Président.

Le second moment, qui ne fut pas du tout médiatisé (et dont les images vidéo n’ont, contrairement à l’habitude, pas été mises en ligne sur les sites de streaming officiels): la conférence de presse de nuit qui a suivi la première journée du Conseil européen de juin 2015. La discussion y avait été particulièrement orageuse sur la crise des réfugiés, et ce fut un Juncker non seulement très en colère, mais aussi visiblement chancelant et balbutiant - pas incohérent toutefois - qui y était apparu aux côtés du président du Conseil Donald Tusk.

Ces deux moments publics sont les seuls connus qui ont suscité des questions sur la sobriété de Jean-Claude Juncker.

Absent?

La rumeur veut que Jean-Claude Juncker soit souvent absent des réunions hebdomadaires de la Commission. Les comptes-rendus publics et les témoignages de son cabinet ne listent toutefois que quatre absences sur 74 réunions depuis l’entrée en fonction de la Commission - trois pour des déplacements à l’étranger et une pour une rencontre avec le dirigeant grec Alexis Tsipras. La rumeur veut aussi que le président ne soit physiquement présent que trois ou quatre jours au Berlaymont. Difficile à établir. Par contre, il est de notoriété publique qu’il passe des heures au téléphone, enchaînant les conversations avec les dirigeants européens et mondiaux, ce qu’il fait autant chez lui à Luxembourg qu’à Bruxelles.

Amoindri?

Quiconque a-t-il jamais vu Jean-Claude Juncker amoindri dans ses capacités lors d’une réunion ou rencontre dans le cadre de ses fonctions? A notre connaissance, strictement personne. Et Dieu sait que Le Soir a posé la question, depuis deux ans, à de nombreuses personnalités et officiels européens, y compris à des personnes pas spécialement fanatiques du Luxembourgeois: tout le monde, sans la moindre exception, confirme que Jean-Claude Juncker est d’une vivacité intellectuelle peu commune. Le Soir peut en témoigner: on a vu Juncker, en interview, s’interrompre au milieu d’une phrase pour répondre au téléphone et la reprendre, cinq minutes plus tard, précisément à l’endroit où il l’avait suspendue.

Fatigué?

Là-dessus, tout le monde est d’accord: Jean-Claude Juncker paraît aujourd’hui physiquement marqué par rapport à la période de son entrée en fonction. Il y a cependant beaucoup d’explications objectives à cela. La fonction est pesante, elle comporte de nombreux voyages, même si Juncker a laissé, beaucoup plus volontiers que Barroso à Van Rompuy, le président Tusk mener de nombreux déplacements seul pour représenter l’UE. Et le mandat de Juncker a jusqu’à présent été un enchaînement de crises hors du commun. L’entourage de Juncker ne reconnaît qu’un seul problème de santé à son président, qui expliquerait sa démarche empesée et claudiquante: des calculs rénaux persistants, qui l’avaient terrassé brièvement au début de son mandat.

 
 
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