Accueil Belgique Politique

L’experte: «Les résultats baissent alors que les questions ont été simplifiées»

Marie Jaspers est docteur en mathématiques et chef de travaux honoraire à la faculté des Sciences de l’Université de Liège. Elle donne aussi des cours particuliers ou bénévoles de mathématiques à des élèves de première à sixième secondaire. Elle est également active dans une école de devoirs. Elle analyse de longue date les épreuves et les résultats du CE1D, et nous livre ses observations.

Temps de lecture: 4 min

Comment analysez-vous les résultats du CE1D ?

Ils sont catastrophiques. Si l’on excepte le français, la moyenne est inférieure à 60 %. On peut vraiment se poser des questions.

L’exception, c’est le français. Les résultats sont bons.

Mais souvenez-vous, en juin, il y a eu une réaction des professeurs de français sur les réseaux sociaux et dans les journaux car ils trouvaient que les questions étaient trop faciles. La ministre a répondu qu’on visait des socles de compétences minimaux, et que la facilité pouvait donc s’expliquer. Mais quand on voit que pour trois des matières, la moyenne est inférieure à 60 %, on peut se poser des questions, surtout s’il s’agit de compétences minimales. Il y a eu un nivellement par le bas : globalement, on arrive à des résultats proches de 50 % tout en testant des compétences minimales. C’est dramatique.

Mais si les élèves ont de mauvais résultats, ce n’est pas justement parce que les questions sont suffisamment difficiles ?

Non. prenons les mathématiques. J’ai analysé les questions de manière approfondie, et qu’est-ce que j’ai constaté ? D’abord que trois des 44 questions de mathématiques du CE1D de 2016 sont trois questions du CEB 2016(l’examen de sixième primaire, NDLR). Et une question est similaire. Cela signifie que 11 % des questions du CE1D de 2016 sont identiques, similaires ou plus simples que des questions du CEB de 2016. C’est choquant. J’ai aussi constaté qu’un certain nombre de questions du CE1D de 2015 avaient été simplifiées pour la version de 2016. Il s’agit de 14 questions sur 44, soit 31 % ! Et aucune question de 2016 n’était d’un niveau supérieur par rapport à 2015. Conclusion : non seulement les résultats baissent, mais en plus les questions sont plus faciles. En juin, je disais que le nivellement par le bas allait provoquer une hausse des résultats, et que si c’était l’inverse, la situation serait d’une gravité que l’on ne peut pas mesurer. Hélas, c’est ce scénario qui s’est réalisé.

Comment expliquer cette situation ?

D’après l’analyse succincte des questions et réponses qui vient d’être faite, les causes sont nombreuses. Il y a tout d’abord le manque de maîtrise de ce qui relève du primaire (contenus et capacité de réflexion). Il y a aussi le refus de l’étude de la théorie, qui est pourtant essentielle : comment pourrait-on effectuer un calcul algébrique si l’on ne connaît pas les règles ? ; on ne peut procéder par intuition. Je pense aussi qu’il y a un manque de méthode pour maîtriser les maths (pourtant explicitée par tous les profs). Quatre : la culture de la moyenne que les parents et les profs connaissent très bien : beaucoup d’élèves disent se satisfaire de la moyenne, c’est-à-dire 50 %. Et cinq : il n’y a plus de redoublement entre la première et la deuxième, alors un certain nombre d’élèves ne voit pas pourquoi ils travailleraient puisque de toute façon ils sont assurés de passer en deuxième.

Vous dites que les compétences du primaire ne sont pas acquises. Pourtant, les résultats du CEB sont bons, non ?

Les taux de réussite aux CEB sont toujours supérieurs à 90 %, mais beaucoup commettent une erreur fondamentale à savoir celle de comparer le taux de réussite global aux CEB à la moyenne aux CE1D en maths : on ne peut comparer que ce qui est comparable c’est-à-dire les moyennes des deux types d’épreuves. Or les moyennes en maths aux CEB sont de 73,16 % en 2016, 75,38 % en 2015 et 72,38 % en 2014, c’est-à-dire des moyennes peu élevées. Il faut aussi tenir compte du fait que les questions des CEB ne demandent pratiquement aucune connaissance en dehors des formules de périmètres, d’aires, de volumes, de changement d’unités. J’ai aussi calculé que 6 à 25 % seulement des questions du CEB sont de niveau de sixième primaire, 40 % de cinquième primaire et le reste de niveau inférieur. J’ajoute que 70 % à 80 % des questions se reproduisent d’années en années. Il est urgent de cesser le nivellement par le bas dont on mesure aujourd’hui les conséquences.

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en Politique

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une