Accueil Économie

Un élevage de «chèvres médicaments» débarque bientôt en Wallonie

La firme Bio-Sourcing veut installer à Marloie un troupeau de plusieurs centaines de chèvres transgéniques programmées pour produire des protéines thérapeutiques

Analyse - Journaliste au service Economie Temps de lecture: 5 min

Depuis des millénaires, l’homme pratique l’élevage afin de se nourrir. Et si demain, les fermes servaient aussi à produire des médicaments pour nous soigner ? Science-fiction ? Plus vraiment. Dès l’année prochaine, la société biotech Bio-Sourcing inaugurera sur le territoire wallon – vraisemblablement à Marloie – une chèvrerie d’un genre nouveau. Elle sera peuplée de centaines de chèvres dont les gènes ont été modifiés afin qu’elles produisent dans leur lait une protéine thérapeutique bien particulière. Celle-ci sera extraite du lait et purifiée afin de produire un médicament à usage vétérinaire pour le compte d’un des leaders mondiaux de la santé animale, partenaire de Bio-Sourcing. Aucun autre détail ne filtre pour l’instant sur l’identité de ce partenaire et la maladie traitée.

Derrière ce projet un peu fou, on retrouve le Français Bertrand Merot, ancien vice-président du LFB (laboratoire français de biotechnologie). Ce généticien cherche depuis des années à démocratiser l’accès aux protéines thérapeutiques. Celles-ci ont révolutionné la médecine en apportant de nouveaux traitements pour toute une série de maladies mais leur coût de production reste particulièrement élevé. « Aujourd’hui, on utilise essentiellement des cellules ovariennes de hamster pour les produire. Pour une petite usine de fermentation, il faut compter 400 à 500 millions d’investissement avec un rendement très faible : 150 kg par an ». Conséquence : les médicaments biotech coûtent des fortunes, ce qui les cantonne au traitement des maladies mortelles et aux pays riches.

Une protéine contre la mucoviscidose

Avec sa première société, Meristem Technologies, Bertrand Merot a d’abord misé sur les plantes transgéniques (tabac, maïs) pour produire une protéine luttant contre la mucoviscidose. Il a finalement dû jeter l’éponge. Sa société était devenue la bête noire de José Bové. Ses champs ont été dévastés par les activistes anti-OGM. Un traumatisme… « C’est déjà suffisamment compliqué d’entreprendre. Il faut convaincre des investisseurs, des régulateurs… Si en plus ces partenaires ont le sentiment que le projet se fait contre l’opinion publique, ça devient très difficile à gérer. En l’absence de bénéfices immédiats pour eux, les gens ne voyaient que les risques ».

Bertrand Merot a tourné la page mais n’a pas abandonné son idée de base : révolutionner la production de protéines en diminuant son coût et en augmentant les rendements. Il mise aujourd’hui sur la transgénèse animale avec sa nouvelle société Bio-Sourcing. S’il a choisi de se concentrer sur la médecine vétérinaire, c’est avant tout pour convaincre l’industrie pharmaceutique de la pertinence de son approche industrielle. La preuve scientifique et technique, elle, a déjà été apportée. Depuis dix ans, la filiale du LFB aux Etats-Unis produit l’Atryn, un anticoagulant pour la santé humaine issu de lait de chèvres transgéniques. Par contre, le LFB n’a pas réussi à convaincre les grands groupes pharmaceutiques d’adopter ce mode de production. « Il sera plus facile de le faire en médecine vétérinaire, estime Bertrand Merot, car contrairement à la santé humaine, le coût de production y est déterminant. Si le prix du médicament dépasse la valeur marchande de la bête, c’est l’équarrissage ».

Autorités régionales accueillantes

Il a trouvé en Wallonie une oreille très attentive des autorités régionales qui lui ont octroyé des aides pour mener à bien son projet en vue de l’attirer. Il y a aussi trouvé des investisseurs publics et privés : Meusinvest, Investsud, le fonds Nausicaa ventures, Philippe Janssens (expert en sciences du vivant pour l’Awex), Pierre Drion (ex-Petercam)… « Ce n’est pas un coup isolé mais la naissance d’une véritable filière industrielle de production de médicaments en Wallonie, s’enthousiasme Bertand Merot. Même si on décentralise en partie la production à terme, les activités à valeur ajoutée y seront toujours logées ». Après avoir levé 4,6 millions d’euros pour sa création, Bio-Sourcing prépare une nouvelle levée de fonds de 4 à 6 millions fin 2016 – début 2017 pour accélérer son développement.

Ne cherchez pas ses labos et ses chèvres transgéniques. Toute la recherche s’effectue au sein de la filiale américaine du LFB qui détient la propriété intellectuelle du procédé et dont Bio-Sourcing est une spin-off. Pour l’heure, trois chevreaux transgéniques sont nés. D’autres devraient suivre. « Nous prendrons celui qui exprime le mieux la protéine dans son lait, explique Bertrand Merot. Cet animal fondateur sera transféré de Boston en Wallonie où il pourra se reproduire de manière naturelle afin de constituer le troupeau. Il transmettra automatiquement le gène modifié à sa descendance. On a besoin de centaines, voire de milliers de chèvres ».

La chèvrerie devrait être basée à Marloie (Marche-en-Famenne) au sein du CER (centre d’économie rurale), un centre spécialisé dans la recherche biomédicale et l’agroalimentaire. « Aucun accord n’a encore été signé  », insiste néanmoins Bertrant Merot. Si tout se passe comme prévu, elle devrait ouvrir l’année prochaine. Ensuite, il faudra compter deux ans pour constituer le troupeau et mettre au point le processus industriel.

Quel cadre légal ?

Utiliser des animaux OGM pour produire des médicaments est autorisé en Europe. Une société néerlandaise, Pharming, a même obtenu en 2010 une autorisation de l’Agence européenne du médicament (EMA) pour mettre sur le marché une protéine obtenue à base de lait de… lapine transgénique. Des recommandations européennes encadrent ce type de pratique dont les principes généraux sont : une traçabilité parfaite de tout ce qui est produit, aucune souffrance animale, confinement total des animaux OGM de sorte à ce qu’il n’y ait aucun croisement possible avec d’autres animaux et contrôle strict de tout ce qui rentre et sort de la ferme médicament afin d’éviter que des produits (viande, lait) ne puissent rentrer dans la chaîne alimentaire. Bertrand Merot dit ne pas craindre des réactions négatives. «  Ce qui effrayait les gens dans les cultures OGM, c’est le risque de dissémination via le pollen. Ici, on évoluera dans un environnement confiné qui répondra aux normes d’une usine pharmaceutique avec tous les contrôles que cela implique. Et puis les gens verront bien l’intérêt de produire des médicaments meilleur marché, surtout pour les pays émergents ».

A lire gratuitement sur Le Soir+

Quel cadre légal?

Temps de lecture: 1 min

Utiliser des animaux OGM pour produire des médicaments est autorisé en Europe. Une société néerlandaise, Pharming, a même obtenu en 2010 une autorisation de l’Agence européenne du médicament (EMA) pour mettre sur le marché une protéine obtenue à base de lait de… lapine transgénique. Des recommandations européennes encadrent ce type de pratique dont les principes généraux sont : une traçabilité parfaite de tout ce qui est produit, aucune souffrance animale, confinement total des animaux OGM de sorte à ce qu’il n’y ait aucun croisement possible avec d’autres animaux et contrôle strict de tout ce qui rentre et sort de la ferme médicament afin d’éviter que des produits (viande, lait) ne puissent rentrer dans la chaîne alimentaire. Bertrand Merot dit ne pas craindre des réactions négatives. «  Ce qui effrayait les gens dans les cultures OGM, c’est le risque de dissémination via le pollen. Ici, on évoluera dans un environnement confiné qui répondra aux normes d’une usine pharmaceutique avec tous les contrôles que cela implique. Et puis les gens verront bien l’intérêt de produire des médicaments meilleur marché, surtout pour les pays émergents. »

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

1 Commentaire

  • Posté par Francine SERGANT , mercredi 10 août 2016, 11:08

    Une honte!! Depuis quand le confinement d'animaux est il compatible avec "bien être animal" Usine pharmaceutique ...et les êtres vivants exploités à vie dans tout ça!!!!! Pincez moi, je pense que je fais un cauchemar !!!!

Sur le même sujet

Aussi en Économie

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

Retrouvez l'information financière complète

L'information financière