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Désobéissance civile: la nouvelle arme des activistes contre le TTIP

Les pétitions et les marches ne suffisent plus, d’après certains opposants au traité de libre-échange transatlantique. Depuis juillet, ils sont passés à la désobéissance civile. Mais leurs actions sont-elles efficaces ?

Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

Depuis le mois de juillet, un nouveau slogan a vu le jour : « TTIP Game over ». Il est apparu un peu partout, à Bruxelles surtout, sous la forme d’autocollants notamment, mais aussi de façon beaucoup plus visible. Voire carrément immanquable : début juillet, l’immense écran publicitaire de la place De Brouckère a été hacké et un clip « TTIP Game over » a remplacé pendant quinze minutes le traditionnel logo « Coca-Cola » - une enquête judiciare est en cours. Fin juillet, même destin pour l’écran géant de la Foire de Libramont.

Ce slogan anti-TTIP (donc opposé au traité transatlantique négocié par les Etats-Unis et l’Union européenne, lire ci-contre) a aussi été brandi, du 11 au 15 juillet, devant des bâtiments de la Commission européenne. Devant et même dedans : une cinquantaine d’activistes « TTIP Game over » s’est imposée, le 11 juillet, à l’intérieur d’un bâtiment, tous déguisés en animaux pour représenter « la nature qui se défend » contre le TTIP. C’était le premier jour de la quatorzième session de négociations entre fonctionnaires européens et américains. Les activistes leur ont demandé l’arrêt pur et simple des négociations sur le traité transatlantique – sans succès jusqu’à présent.

« Désaveu de la politique »

Qui se cache derrière toutes ces opérations « TTIP Game over » ? Beaucoup de jeunes mais pas seulement, répondent les porte-paroles du mouvement. « TTIP Game over » est un appel à passer à l’action directe (autrement dit : à la désobéissance civile). N’importe qui peut y répondre et organiser une action, expliquent-ils, du moment qu’elle est non-violente. Ceux qui participent sont « surtout des défenseurs de la justice sociale et environnementale » , indique une activiste de 23 ans qui a commencé à militer peu avant la COP21. « On partage aussi tous un désaveu de la politique. » D’ailleurs, « TTIP Game over » veut dépasser la critique des accords de libre-échange : les activistes plaident pour un renouveau de la démocratie.

Les manifestations anti-TTIP ne datent pas de cet été. Depuis trois ans, des collectifs comme StopTTIP ou D19-20 dénoncent ce projet d’accord qui, selon eux, ne bénéficiera qu’aux multinationales. Mais pour les activistes qui se regroupent désormais sous la bannière « TTIP Game over », les marches, les pétitions (trois millions de signatures en Europe) et les villes officiellement opposées au TTIP (1.500 dans l’UE, une quarantaine en Belgique) ne suffisent plus. D’où le passage à la désobéissance civile... « On veut rajouter une couche au-dessus des autres types d’actions. Montrer qu’il y a de la détermination et que des citoyens sont prêts à se faire arrêter pour cette cause » , expliquent deux porte-paroles de « TTIP Game over ». Ils précisent que les actions du mois de juillet n’étaient qu’un « échauffement » . Le mois de septembre sera celui de la « rentrée des actions » . Et en octobre, ils comptent bien se faire entendre quand les négociations entre Européens et Américains reprendront.

Ont-ils raison d’y croire ? Les actions directes de cet été (bloquer l’entrée de bâtiments européens, remplacer les affiches du métro par des slogans anti-TTIP…) ont-elles un impact sur les négociations ? Les activistes de « TTIP Game over » le pensent. Premièrement, parce que leurs actions ont été reprises par les médias et sur les réseaux sociaux, ce qui rajoute du poids aux revendications anti-TTIP dans le débat européen. Ensuite, parce que « les négociateurs n’ont pas pu nous éviter, explique Camille, porte-parole. Certes, on n’était qu’une centaine devant les bâtiments de la Commission, mais – sauf mauvaise foi – les négociateurs savent bien que l’on représente beaucoup plus de monde. »

« Protester ou faire bouger ? »

La Commission européenne (qui est mandatée par les 28 Etats membres pour négocier le TTIP) et les négociateurs européens relativisent. Les actions directes ont juste un peu retardé le programme des négociateurs, à l’une ou l’autre occasion, mais rien de plus, nous dit-on. Ignacio Garcia Bercero, le chef (côté européen) des négociations sur le TTIP, nous a quant à lui précisé que : « Si un groupe veut influencer le contenu d’un accord commercial, il n’y a pas vraiment d’alternative à une discussion de fond. La Commission est toujours prête à avoir ce genre de discussion. » La Commission insiste effectivement sur ce point : elle n’est pas dans une tour d’ivoire et elle invite la société civile et les activistes à discuter du TTIP. « Mais que veulent les activistes ? Protester pour protester ? Ou faire bouger les choses ? » , s’interroge un proche du dossier à la Commission.

Efficace ?

Par ailleurs, les pétitions et autres actions anti-TTIP préoccupent les Américains. Selon une source au cabinet de Cecilia Malmström (la commissaire européenne en charge du Commerce et donc du TTIP), à chaque rencontre entre cette commissaire et Michael Froman, son homologue américain, celui-ci lui demande si le projet d’accord commercial tient toujours – vu le mécontentement qu’il suscite en Europe.

Autre conséquence des manifestations : l’UE a changé sa ligne dans ce dossier par rapport à 2013. « La Commission a admis que c’était suite à la pression du public qu’elle a modifié sa proposition pour le système d’arbitrage, qui était très contestée. C’est un signe clair que la pression publique fonctionne » , indique Fabian Flues, du réseau associatif Friends of the Earth Europe, qui suit de près les négociations. Depuis 2013, la Commission a aussi rendu les négociations plus transparentes, vu les critiques à cet égard dans la société civile.

Mais ces évolutions sont davantage le résultat des manifestations « classiques » contre le TTIP que des actions directes récentes. Une autre source non-gouvernementale, très proche des négociations parce que fréquemment autour de la table, minimise l’impact de la désobéissance civile dans ce cas-ci : « Les activistes mettent une pression sur la Commission qu’elle n’a pas l’habitude d’avoir. C’est très neuf, plus direct et ça rend les choses inconfortables. Mais est-ce que ça arrête les négociations ? Non. Par contre, des grosses manifestations comme celles prévues en Allemagne ou en Espagne peuvent jouer un rôle. Davantage que des actions directes du mois de juillet. »

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L’arme de la désobéissance civile anti-TTIP: qu’en pensent les élus belges?

Bien que ce soit la Commission européenne qui négocie le TTIP au nom de ses 28 Etats membres (qui l’ont mandatée pour le faire), les députés et eurodéputés belges ont leur mot à dire dans ce dossier puisqu’il revient au final aux parlements nationaux et au Parlement européen de valider (ou non) le traité transatlantique.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

Richard Miller (MR)  : « Ne correspond pas à l’avis général sur le TTIP »

« Avec tout le respect que j’ai pour les personnes qui expriment un point de vue, ce type d’action militante est un peu limite , indique le député fédéral MR. Ces actions ne correspondent pas à l’avis général et elles visent à imposer un point de vue à la population. Au MR, on pense qu’il vaut mieux un bon accord que rien du tout ; c’est notre ligne depuis le début. Mais nous restons attentifs aux critiques qui sont parfois tout à fait valables. Comme à la question de la transparence, par exemple. »

Marie-Dominique Simonet (CDH) : « C’est important que la société civile s’exprime »

La députée wallonne CDH est suppléante au sein de la commission sur les questions européennes. « Au Parlement wallon, on n’a pas attendu qu’il y ait des actions organisées par des activistes pour mener un travail de fond sur le TTIP. On le fait depuis trois ans. Les activistes n’ont donc pas changé mon avis sur le TTIP, qui est construit depuis longtemps (le CDH a émis les réserves les plus strictes concernant le TTIP et le CETA, NDLR). Mais c’est important que la société civile dise qu’elle ne veut pas du TTIP, du moins dans les conditions actuelles. »

Marie Arena (PS) : « Mettre la pression sur les inconditionnels du libre-échange »

L’eurodéputée PS est membre de ma commission sur le commerce international et s’oppose au TTIP. « Je travaille depuis deux ans et demi avec les activistes. Leurs actions sont importantes pour mettre de la pression sur les inconditionnels du libre-échange. Des grandes manifestations anti-TTIP en Allemagne ont eu des répercussions jusqu’au Parlement européen, par exemple. Elles ont poussé des eurodéputés allemands, de droite, à être plus critiques envers le TTIP en commission Commerce. »

Benoît Hellings (Ecolo) : « Ça a un impact »

« Les actions de désobéissance civile ont un impact, parce qu’elles font partie d’un éventail d’actions , estime le député fédéral Ecolo. Bloquer l’entrée d’un bâtiment n’embête personne, sauf ceux qui sont visés. Diffuser des slogans anti-TTIP dans le métro, c’est inoffensif pour le grand public mais très offensif pour ceux qui sont derrière ces négociations opaques. C’est très intéressant ! » Avec ou sans actions directes, Ecolo s’est toujours opposé au TTIP.

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3 Commentaires

  • Posté par Roosemont Charles, samedi 13 août 2016, 12:01

    Oui,oui! Mais avant de prendre position , je voudrais savoir de quoi il s'agit concrètement. Donc savoir ce qu'il y a dans le contrat . A l'heure actuelle, je ne vois rien ! Mais ne serait ce pas le travail de la presse? Analyser le contenu et faire son métier d'information. Dès que cela sera disponible, je déciderai si c'est bon ou pas . Pas avant et surtout pas parce qu'il y a des "Green Peacers TTIP" en chasse!

  • Posté par Léonard Jean-luc, samedi 13 août 2016, 11:02

    A première vue, ce n'est pas la peine de se tracasser pour le TTIP: les deux candidats à la présidentielle américaine sont contre. Surtout Trump, parce que pour Clinton, il y a quelques doutes (elle a appuyé le TTIP quand elle était Secrétaire d'Etat d'Obama) mais ce ne serait pas la première fois qu'elle tournerait casaque. Wall Street tient au TTIP et Wall Street, c'est Hillary.

  • Posté par Renette Michel-julien, samedi 13 août 2016, 13:33

    Voilà 70 ans qu'ils nous refilent tous leurs excédents de malbouffe et autres joyeusetés alors que nos producteurs sont sanctionnés en cas de surproduction, même légère et d'eux, on va tout accepter; déjà qu'ils nous entraînent dans des conflits qui ne nous regardent pas et qui risquent, à chaque fois de nous entraîner dans un conflit mondial, tout cela pour défendre les intérêts anglos-américains, comme toujours.

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