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L’étranger, gibier électoral

Le PS et la N-VA ont à leur façon chacun « dérapé » sur le terrain de « l’étranger ». La chronique de Béatrice Delvaux dans « De Standaard ».

- Temps de lecture: 4 min

Ah rentrer. Que c’est difficile. Pour le PS et pour la N-VA en tout cas, la rentrée se fait à reculons. Le fait est notable : chacun a « dérapé » sur le même terrain, pas dans le même sens évidemment : l’un sur sa gauche et l’autre sur sa droite. Mais avec pour tous deux, l’obligation de rétropédaler.

Le terrain ? « L’étranger » qui est devenu le sujet tentant pour marquer des points électoraux. Au PS il s’agit de voir comment utiliser le « cheptel » pour accroître les scores aux élections. A la N-VA, il s’agit de séduire l’électeur en lui montrant qu’on est intraitable et que tout n’est pas permis. Attirer dans un cas, cadenasser dans l’autre. Mais le PS s’est heurte à la sensibilité de l’opinion publique tandis que la N-VA se prenait, elle, le droit en pleine figure. Comme si le PS n’avait pas assez réfléchi « N-VA » et la N-VA n’avait pas assez réfléchi « PS ».

Dans le camp PS. C’est le 12 août dernier que Philippe Close, échevin socialiste bruxellois du tourisme et chef de groupe PS au Parlement régional met le feu aux poudres politiques. Dans une interview au « Soir  », il déclare : « La richesse des Bruxellois, c’est leur diversité et leur ouverture. Pour montrer cela, il est temps (.) de dire que tous ceux qui résident en Belgique depuis plus de 5 ans doivent pouvoir voter aux élections régionales  ». Et c’est parti.

La N-VA tire à boulets rouges sur les socialistes francophones et leurs vieux démons laxistes, mais à l’intérieur du PS, ça chauffe aussi. Si le parti assume le 12 août, chez nombre d’élus qui vivent près du terrain, on avale de travers. En Wallonie surtout où Jean-Claude Marcourt torpille son collègue bruxellois en nous déclarant ce week end  : «  Sur le fond c’est une excellente idée, mais je m’interroge sur le moment. Je pense que cette proposition va engendrer une réaction épidermique d’une partie de la population  ». C’est calmement dit, mais le message est clair : Vous êtes fou à Bruxelles ? Ce n’est pas du tout le moment de sortir ce truc. Di Rupo ce lundi matin, donne le coup final, accusant d’abord le MR (!) d’avoir lancé ce débat en proposant de donner le droit de vote aux étrangers européens – à chacun son gibier électoral –, et décrétant ensuite que ce débat n’existait pas en Wallonie. On passe à autre chose ? Pas facile car voilà la rentrée d’un président socialiste, déjà bien à la peine, qui fait flop en démontrant le malaise de la gauche sur ses valeurs de base. Mais Di Rupo n’a pas le choix et Marcourt a raison : la peur de l’étranger, le sentiment que l’intégration n’a pas réussi, l’idée que « trop c’est trop » ont gagné du terrain suite à la crise des migrants et aux actes terroristes, et pas qu’à droite.

Dans le camp N-VA. C’est la saga « Burkini  » et le Philippe Close de la N-VA s’appelle ici Nadia Sminate, qui en cette fin aout, veut faire interdire le port du burkini via une loi sur l’ensemble du territoire. L’idée n’a d’ailleurs pas tenté d’ailleurs qu’une élue N-VA. La classe politique française, de droite comme de gauche, s’est ruée sur ce costume de plage comme la vérole sur le bas clergé. Quelle aubaine en effet que ce morceau de tissu pour montrer qu’on est inflexible et que la religion musulmane ne peut pas tout dicter, y compris sur les plages.

C’est la réaction épidermique qui guide ces « croisés » politiques, mais c’est la raison qui va les arrêter. Ils ont agité les esprits, chauffé la salle, appelé à « montrer ces corps que l’on ne peut cacher  », pour se rendre compte que c’est tout simplement impossible, techniquement et illégal.

Dans les deux cas, N-VA et PS ont agi avec leurs instincts et leurs calculs, centrés qu’ils étaient sur leur nombril électoral. Sans considérer la situation, l’enjeu et la complexité du dossier, mais en fonçant tête baissée, pour marquer des points. Avec au bout du compte, une opinion publique qu’on a voulu instrumentaliser et qu’on continue à utiliser à ses propres fins, plus qu’on ne l’aide à traverser cette période périlleuse pour notre démocratie où, c’est une évidence, le sentiment xénophobe a gagné du terrain depuis des mois. C’est en fait à ce stade, le seul gagnant de ces pauvres jeux politiques.

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2 Commentaires

  • Posté par Bernard Philippe, jeudi 1 septembre 2016, 4:24

    La religion aura ma peau.

  • Posté par Stenuit Fernand, mercredi 31 août 2016, 13:09

    Madame Delvaux sous-entend que les valeurs de base du PS sont l'électoralisme .C'est vrai aussi que la" religion musulmane ne peut pas tout dicter" . Ceci dit , l'attaque sur le burkini est assez ridicule . comme le fait de le porter . Du moment qu'on ne vient pas en burkini à l'école ...Ou avec des cornettes ...ou en soutane...

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